Après une édition organisée en ligne en raison notamment du Covid-19, la cérémonie s’est déroulée samedi soir au Casino du Liban.

C’est au casino du Liban, devant un parterre de personnalités avides de retrouvailles, que s’est déroulée la onzième cérémonie de Takreem, qui récompense des talents et institutions arabes dans plusieurs domaines, de la culture à l’humanitaire en passant par l’écologie et la science, ainsi que des acteurs et promoteurs du changement, du progrès, du dialogue et de la diversité. Takreem se veut une plateforme qui permet d’établir une connexion et un modèle pour les générations à venir. Une soirée tout en sobriété et de l’optimisme en demi-ton, qui a mis en avant onze personnalités dont le travail contribue au progrès de la région, voire du monde.

Sabis, Bkerzay et la Women’s Program Association
Carl Bistany a été distingué dans la catégorie leadership d’entreprise. Président de Sabis, le Libanais œuvre pour changer le monde grâce à l’éducation. Il gère des écoles dans plus de vingt pays. Pour la culture, c’est cheikha Hoor al-Qasimi des Émirats arabes unis, PDG de la Sharjah Art Foundation, qui a été distinguée.
Le trophée dans la catégorie du développement environnemental durable a été attribué à Bkerzay, un projet respectueux de l’environnement dans le Chouf qui vise la promotion et la conservation du terroir. Dans la même catégorie, l’Irakienne Raya Ani, a été distinguée. Fondatrice et directrice du bureau de design de RAW-NYC Architects, son travail s’étend de Bagdad jusqu’aux États-Unis, en passant par Dubaï et l’Allemagne.
Autre institution sous les feux de la rampe au Liban dans la catégorie des services humanitaires et civiques, la Women’s Program Association, une organisation non-gouvernementale à but non lucratif qui œuvre pour une génération de jeunes aux chances et droits égaux qui peuvent assumer un rôle actif dans le développement de leur communauté.

La Libye, le Qatar et la Tunisie également à l’honneur
Dans la même catégorie, Takreem a consacré le Libyen Osama al-Thini, qui a consacré sa carrière à la préservation du patrimoine en danger et à donner aux personnes vivant dans les zones vulnérables et reculées de la Libye, un accès indispensable à l’éducation et aux soins de santé.
Le trophée de la catégorie éducation est revenu au Qatar avec Wise, une plateforme internationale et multisectorielle pour la pensée créative, le débat et l’action ciblée dans le domaine de l’éducation.
Couronnée du prix Femme arabe exceptionnelle, la professeure Balghis Badri du Soudan est une militante féministe qui fait pression pour le changement sur des questions aussi cruciales que l’égalité des genres, l’introduction du quota féminin et l’autonomisation politique des femmes. Elle se bat férocement par ailleurs contre les mutilations génitales féminines.
En sciences et technologies, c’est Mohamed-Slim Alouini, né à Tunis et professeur émérite de génie électrique et informatique à l’Université des sciences et technologies King Abdullah (Kaust), qui a été récompensé. Expert en modélisation, conception, évaluation des performances et optimisation des systèmes de communication sans fil, il est membre fondateur du corps professoral de Kaust.

Visio et le Centre Riwaq
Le Libanais Omar Itani a été distingué dans la catégorie Jeune entrepreneur. Il estime que l’importance et l’efficacité des entreprises sociales, le pouvoir de la jeunesse et l’engagement civique dans la résolution des problèmes sociaux et environnementaux sont fondamentaux. Il a cofondé Visio, sa propre entreprise pour la gestion des déchets.
Enfin, c’est la Palestinienne Suad al-Amiry qui a été honorée. Architecte, écrivaine, fondatrice du Centre Riwaq pour la conservation architecturale à Ramallah, elle a été distinguée pour l’ensemble de sa carrière. Dans une note d’humour, Mme Amiry a déclaré qu’on n’est jamais trop vieux pour entreprendre et qu’elle avait envie maintenant de faire du théâtre.

"Beyrouth, ville de culture et d’ancrage"
Ricardo Karam, président de la Fondation Takreem, a expliqué que la cérémonie visant la célébration des dix ans de Takreem était prévu en 2019 au Liban. Le mouvement de contestation populaire du 17 octobre et le Covid-19 en ont toutefois décidé autrement. Après une édition virtuelle c’était, dit-il, "une évidence" d’organiser la cérémonie au Liban. "Malgré la vie impossible au quotidien, la misère, l’étau, Beyrouth est et restera la ville de la culture et de l’ancrage, poursuit-il. Nous allons vivre encore des moments difficiles. Mais ce n’est pas le béton qui fait une ville, mais ses gens."
Et si c’était l’occasion ou jamais de célébrer Takreem dans un pays arabe, pour contribuer à dissiper la tension avec les pays du Golfe à la suite des propos tenus par l’ancien ministre, Georges Cordahi? "Les ponts ne sont pas détruits, affirme Ricardo Karam. Nous sommes unis avec les Arabes par une consanguinité. Le clivage est politique. Il peut prendre fin à tout moment. C’est temporaire."
Ricardo Karam souligne en outre que cette cérémonie est "un cri du cœur", mais c’est surtout "une lueur d’espoir pour les Libanais dans le pays et à l’étranger, un événement de qualité qui injecte du sang patriotique". Ce patriotisme était porté par l’Orchestre philarmonique libanais, dirigé par Loubnan Baalbacki, qui revisitait des airs du patrimoine musical libanais.
Un vent de nostalgie soufflait sur la soirée marquée par ailleurs par la présence de Georgina Rizk, comme un goût de faste et de gloire surannée à laquelle s’accroche ce Liban dont on a, pendant cette soirée, dit qu’il ne meurt jamais car il ne sait que rayonner. Mais comme l’a mentionné Ricardo Karam dans son mot d’ouverture: "On a peut être confondu liberté avec chaos."

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