Apprendre à distance n’a pas été facile pour les élèves et les enseignants. Avec la multiplication des atteintes au coronavirus, certains y sont revenus après les fêtes. D’autres espèrent y échapper, d’autant qu’une régression du niveau des élèves a été notée au début de l’année scolaire, notamment chez les plus jeunes.

La reprise des cours au lendemain des vacances de fin d’année, prolongées dans une tentative de lutte contre la propagation du Covid-19, n’a pas été facile pour tous les élèves. Du moins pour ceux à qui la direction de leurs écoles a décidé de procéder à un enseignement en ligne dans une première phase, en raison d’une forte contamination au coronavirus parmi leurs enseignants et élèves.
" L’enseignement en ligne me stresse, parce que je ne comprends pas toujours ce que l’enseignante explique ni les consignes de travail qu’elle donne, confie Fouad 9 ans. Chez nous, la connexion Internet est très mauvaise. J’étais très heureux de retourner à l’école, de revoir mes amis et de rencontrer mes enseignants. Je ne veux pas que ça recommence. "
C’est également le cas de Jane, 8 ans, qui assure préférer les cours en présentiel. " Pendant les autres confinements, je suivais les cours sur ma tablette, raconte-t-elle. C’était très ennuyant. Je ne voyais pas toujours le visage de l’enseignante. Le son coupait. Je m’amusais alors à regarder ma série préférée sur YouTube ". Ce qu’elle risque de faire durant cette semaine supplémentaire de cours à distance.

Enseignante du cycle 2 du primaire (classes de 11e, 10e et 9e), Marie, titulaire d’un diplôme de conception des ressources pédagogiques multimédias, affirme que " l’enseignement en ligne dans les petites classes est une tâche très difficile ". " Il faut parvenir à capter et maintenir l’attention des élèves, sinon ils s’ennuient, explique-t-elle. Lors des confinements précédents, pour motiver mes élèves et rendre les cours plus intéressants, je créais des capsules qui facilitent la compréhension et l’acquisition des notions. Je préparais également des exercices interactifs pour les faire participer aux séances et pour m’assurer qu’ils ont bien compris la leçon. "

Bien que sa méthodologie ait réussi auprès de ses élèves, elle ne désire pas retourner à l’enseignement à distance. " Celui-ci a renforcé les inégalités et amplifié la régression des élèves fragiles ", constate-t-elle.

Même son de cloche chez Hyam, également enseignante au cycle 2. Elle fait remarquer que " de nombreuses compétences ont été difficiles à travailler en ligne, comme la dictée et la production écrite à titre d’exemple, d’autant que nous n’avions pas la possibilité de surveiller le travail des élèves derrière l’écran ".

" De retour en classe, l’impact de l’enseignement à distance a été flagrant, poursuit-elle. Les élèves n’arrivaient plus à se concentrer comme ils avaient l’habitude de le faire et leur rythme de travail est devenu lent. Ils mettent beaucoup de temps pour accomplir des tâches simples, sans mentionner la baisse du niveau due aux notions ratées ou non consolidées. "

Conséquences de l’enseignement en ligne

" L’enseignement en ligne a développé certaines compétences essentiellement liées à la manipulation du numérique ", explique à *Ici Beyrouth*, Pauline el-Hage, psychopédagogue responsable des cycles de la maternelle et du primaire 1 dans un établissement scolaire à Beyrouth. " Mais il est indéniable qu’il a eu des répercussions négatives notamment au niveau de l’attention et de la concentration prolongée, la manipulation des livres et des cahiers, l’orientation spatiale dans l’espace de l’école et sur le cahier, la bonne tenue assise en classe, l’autonomie, la compréhension des consignes collectives, le respect des règles de la classe, poursuit-elle. Le niveau a certainement été altéré, surtout concernant les langues où la régularité du travail oral n’a pas été respectée puisqu’il fallait faire des choix pour passer de classe. "

Mme Hage explique que cette baisse du niveau est due au fait que " l’attention et la concentration qu’exigeait le travail scolaire sur tablette ou ordinateur diffèrent de ce que les enseignants attendent en classe ". Et de préciser: " Nous avons été tous plongés malgré nous dans un monde numérique où l’élève ne peut être que réceptif et passif, même s’il essaie de répondre aux questions, car l’interaction à distance devant un écran est vidée de tout registre interpersonnel, de contact direct avec l’enseignant, de son regard bienveillant, de son passage parmi les élèves, de son encouragement, de même que le travail en petits groupes ou encore en ateliers en classe, et dans les jeux éducatifs. Tout cela a été écarté de nos démarches éducatives en ligne. "

Impact psychologique sur les enfants

" Au début de l’année scolaire, nous étions face à des élèves qui pleuraient ou paniquaient devant un obstacle, d’autres qui n’arrivaient pas à supporter les contraintes des cours ou qui ne savaient plus jouer les uns avec les autres ", constate Mme Hage, soulignant qu’il s’agit de signes d’anxiété. " L’individu évolue et passe d’un stade psychologique à un autre grâce aux expériences vécues et aux relations interpersonnelles qui dépassent le cercle familial, insiste-t-elle. Le confinement imposé à cause de la pandémie a arraché l’enfant de son entourage, ruinant ainsi ses relations sociales tout en augmentant son anxiété face à toute nouveauté ou tout changement dans ses habitudes. Heureusement cette situation est réversible, les enfants ont juste besoin de se sentir en sécurité, je conseille aux parents de toujours les rassurer et de maintenir une présence continue à l’école. "