Le comité scientifique de vaccination au Liban attend les résultats des études mondiales pour se prononcer sur la nécessité d’une quatrième dose du vaccin contre le Covid-19. Pour Jacques Mokhbat, spécialiste en maladies infectieuses, il est nécessaire avant de donner un avis sur cette question de convaincre le plus de gens possibles à recevoir au moins les deux doses du vaccin.

À l’heure où le variant Omicron du SARS-CoV-2 – et depuis récemment un sous-variant d’Omicron – progresse rapidement dans le monde, certains pays envisagent d’administrer à leur population une quatrième dose du vaccin contre le Covid-19, notamment aux personnes vulnérables et celles qui ont déjà reçu leur dose de rappel il y a plus de quatre mois.

Au Liban, la quatrième dose vaccinale est actuellement à l’étude par le comité scientifique de vaccination, qui attend avant de se prononcer sur la question les résultats des études internationales qui sont menées dans ce sens dans plusieurs universités du monde.

" Nous savons que la troisième dose du vaccin protège à plus de 90% contre les variants Delta et Omicron ", explique à Ici Beyrouth Jacques Mokhbat, spécialiste en maladies infectieuses. " Des études sont menées dans plusieurs universités au monde pour déterminer la nécessité et la valeur d’une quatrième dose, poursuit-il. De leur côté, les compagnies pharmaceutiques œuvrent à développer le vaccin pour qu’il puisse cibler des régions plus stables du virus, donc théoriquement plusieurs variants. "

Pour le spécialiste, " vu que le taux d’anticorps chute rapidement – en l’espace de six mois dans la majorité des cas – les rappels vaccinaux réguliers contre le Covid-19 pourraient être nécessaires notamment chez les personnes à plus haut risque, c’est-à-dire celles qui ont une immunodéficience ou qui présentent des maladies chroniques (diabète, hypertension, asthme…) ". Toutefois, insiste Jacques Mokhbat, " avant de se prononcer sur la nécessité d’une quatrième dose, il faut attendre les résultats des études scientifiques ", mais il faut surtout " accélérer le processus vaccinal et convaincre le plus de gens possibles de recevoir au moins les deux doses du vaccin ".

Effets secondaires rarissimes

Or de nombreuses personnes restent toujours réticentes. De fait, depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, le nombre des personnes qui se font vacciner pour la première fois est en très faible hausse. Depuis le début de la campagne le 14 février 2021, seules 47,7% des personnes éligibles à la vaccination (c’est-à-dire âgées de 12 ans et plus) et inscrites sur la plateforme du ministère de la Santé (3.695.209 soit 67,8% de la population libanaise) ont déjà reçu la première dose, selon les chiffres du ministère.
" Les gens sont mal informés sur le rôle de la vaccination, constate Jacques Mokhbat. Ils ont peur d’un vaccin qui a été développé rapidement, comme ils ont peur des effets potentiels d’un vaccin de genre nouveau. Or les ARN messagers ont déjà été utilisés il y a plus de dix ans pour le traitement de certaines formes de cancer. Nous savons que ce ne sont pas des produits potentiellement dangereux. Et c’est parce qu’ils sont utilisés depuis plusieurs années que le vaccin contre le Covid-19 a pu être développé rapidement. À ce jour, plus de 9 milliards de doses ont déjà été administrées dans le monde. Avec un an de recul, les effets secondaires signalés sont rarissimes. D’ailleurs, aucun médicament au monde est dépourvu d’effets secondaires. "

Protection individuelle

Jacques Mokhbat rappelle en outre que " le vaccin est utile à l’échelle individuelle, parce qu’il diminue la gravité de la maladie, le risque d’hospitalisation, de transfert à l’unité de soins intensifs et de mortalité ". " De plus, il baisse la charge virale au niveau de la région du pharynx et du nez et par conséquent, il diminue la transmission à autrui, poursuit-il. Grâce à ce vaccin, qui n’est pas idéal, on a réussi à transformer une maladie grave et potentiellement mortelle (1 à 2% contre 0,01% pour la grippe) en une maladie banale et bénigne qui ressemble de plus en plus à un rhume. Et c’est aussi grâce à la vaccination que de nombreux pays ont levé les restrictions imposées dans le cadre de la lutte contre la pandémie pour que la vie sociale puisse reprendre. Ce que le Liban ne peut pas encore se permettre, puisque le taux de vaccination est toujours faible ". Selon le ministère de la Santé, au 4 février, seules 39,9% des personnes éligibles à la vaccination et inscrites sur la plateforme ont déjà reçu les deux doses du vaccin et 21,1% de celles qui sont complètement vaccinées ont eu leur dose de rappel.

" Si les gens qui refusent de se faire vacciner sont contaminés au coronavirus et que leur état de santé s’aggrave (ce qui pourrait se passer dans 10 à 15% des cas selon les chiffres internationaux, ndlr), ils vont occuper des lits d’hôpitaux nécessaires pour d’autres malades, insiste le Dr Mokhbat. Ce qui est grave, puisqu’on n’a pas le droit sous prétexte de rejet du vaccin, d’occuper un lit d’hôpital et de contribuer à l’augmentation des dépenses médicales qui auraient dû être limitées et dirigées pour soigner d’autres maladies. "

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