Ormuz, un goulet d’étranglement sans alternative réelle
©Roudi Baroudi

Le détroit d’Ormuz reste au cœur d’un bras de fer récurrent entre les États-Unis et l’Iran. Véritable carte de pression géopolitique, il constitue un point névralgique qui déséquilibre le système énergétique mondial. Peut-on réellement s’en affranchir alors que plus de 20% des flux pétroliers mondiaux y transitent?

La réponse est claire: des alternatives existent, mais aucune ne peut, à ce stade, s’y substituer.

L’alternance des fermetures et réouvertures du détroit, principal goulet d’étranglement pétrolier entre le golfe Persique et le golfe d’Oman, a été qualifiée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) de «plus grave perturbation de l’approvisionnement jamais enregistrée», dépassant le choc pétrolier des années 1970 et la perte des livraisons de gaz russe après l’invasion de l’Ukraine.

Arabie saoudite: l’axe stratégique vers la mer Rouge

Deux infrastructures structurent aujourd’hui les principales routes de contournement. La première est l’oléoduc Est-Ouest saoudien, qui relie les champs pétroliers de l’est du pays au port de Yanbu, sur la mer Rouge, avec une capacité d’environ 5 millions de barils par jour. Situé sur la mer Rouge, Yanbu s’impose comme le principal point de sortie hors du Golfe, pleinement opérationnel et relié aux marchés internationaux via le canal de Suez.

Émirats arabes unis: une voie déjà opérationnelle

La seconde alternative est l’oléoduc Habshan–Fujairah, qui relie les champs pétroliers émiratis au golfe d’Oman, en contournant Ormuz. Avec une capacité proche de 1,5 million de barils par jour, il offre un accès direct à l’océan Indien. Déjà utilisé de manière régulière, il reste toutefois contraint par des capacités limitées en cas de hausse des flux. Ensemble, ces deux axes atténuent la dépendance au détroit sans pouvoir en absorber l’ensemble des volumes.

Kirkouk–Ceyhan: une route méditerranéenne instable

D’autres options existent mais restent plus incertaines. Le pipeline Kirkouk–Ceyhan, reliant l’Irak à la Turquie, permet un accès à la Méditerranée via le port de Ceyhan, évitant ainsi Ormuz. Son efficacité reste toutefois limitée par son fonctionnement irrégulier, les tensions entre Bagdad et le Kurdistan irakien et un environnement sécuritaire fragile.

Goreh–Jask: une alternative iranienne incomplète

L’Iran développe de son côté l’oléoduc Goreh–Jask, destiné à exporter du pétrole via la mer d’Oman. D’une capacité d’environ un million de barils par jour, ce projet demeure inachevé. Bien qu’un test de chargement ait été effectué en 2024, le terminal n’est pas encore pleinement opérationnel, limitant son impact réel.

Des projets encore théoriques

À plus long terme, plusieurs initiatives restent au stade de projet. L’Irak envisage un oléoduc reliant Bassorah au port omanais de Duqm, avec des tracés encore incertains et des coûts très élevés. L’oléoduc Irak–Jordanie vers Aqaba, approuvé en principe, est toujours bloqué pour des raisons financières et sécuritaires. Enfin, le projet d’un canal reliant le golfe Persique à la mer d’Oman, à l’image de Suez ou Panama, demeure hautement spéculatif, tant les contraintes techniques et financières sont considérables.

Une hiérarchie claire des alternatives

Au final, la hiérarchie est nette: Yanbu constitue aujourd’hui la seule véritable alternative à grande échelle, Fujairah joue un rôle de complément, tandis que les autres routes restent limitées, instables ou inachevées. Malgré ces options, le détroit d’Ormuz demeure un passage incontournable et un verrou stratégique dont dépend toujours une part majeure du système énergétique mondial.