En marge des pourparlers visant à mettre fin au conflit entre les États-Unis et l'Iran, Donald Trump a surpris ses interlocuteurs en liant la conclusion d'un accord de paix à une expansion des accords d'Abraham. Lors d'un appel avec plusieurs dirigeants de la région, puis dans une série de publications sur Truth Social, le président américain a appelé l'Arabie saoudite, le Qatar et le Pakistan – entre autres – à rejoindre ces traités de normalisation avec Israël.
«Je demande impérativement que tous les pays signent immédiatement les accords d'Abraham», a-t-il écrit, ajoutant qu'il serait même prêt à accueillir l'Iran au sein de cette coalition, dans l'hypothèse où Téhéran signerait un accord avec Washington. Trump a inscrit cette demande dans une vision ambitieuse: «Cela apportera une véritable puissance, force et paix au Moyen-Orient pour la première fois depuis 5.000 ans», a-t-il posté. Il a également envisagé publiquement que l'Iran rejoigne un jour ces accords, y voyant «quelque chose de vraiment spécial».
Mais pourquoi lier une normalisation régionale avec Israël à un accord de cessez-le-feu avec l'Iran?
Élargir le cadre d'un accord complexe
L'accord en cours de négociation avec l'Iran porte principalement sur une prolongation du cessez-le-feu de 60 jours, en échange d'une exemption de sanctions sur les exportations pétrolières iraniennes et d'une réouverture du détroit d'Ormuz. Plusieurs points restent en suspens, notamment le sort du stock d'uranium enrichi iranien et la question du Liban. Trump a indiqué sur Truth Social que cet uranium serait «remis aux États-Unis, détruit sur place, ou dans un autre lieu acceptable, en présence de la Commission de l'énergie atomique».
C'est dans ce contexte que l'annonce sur les accords d'Abraham a été interprétée par plusieurs observateurs comme une tentative d'élargir la portée symbolique des négociations. Aaron David Miller, ancien négociateur américain au Moyen-Orient et chercheur à la Carnegie Endowment for International Peace, explique à Middle East Eye que Trump «essaie de créer un accord plus grand», ajoutant que «c'est une manœuvre typique». Du côté républicain, le sénateur Lindsey Graham, d'abord critique des termes de l’accord, a qualifié l'appel aux accords d'Abraham de «tout simplement brillant» après l'annonce de Trump, selon le Washington Post.
Répondre aux critiques internes
La démarche intervient alors que Trump fait face à des réserves au sein de son propre camp. Les sénateurs Ted Cruz, Roger Wicker et Lindsey Graham ont exprimé des inquiétudes sur les termes de l'accord avec l'Iran, craignant qu'il ne ressemble trop au deal nucléaire conclu sous Obama et que Téhéran n'en ressorte renforcé. Cruz a parlé d'«erreur désastreuse» potentielle alors que Wicker a estimé que les acquis militaires de l'opération américaine risquaient d'être annulés.
Un diplomate arabe cité par Middle East Eye avance que l'expansion des accords d'Abraham pourrait également offrir un cadre diplomatique plus solide pour justifier la conclusion du conflit, notamment en direction des alliés d'Israël. De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avait déclaré début mai à CBS qu'il voyait désormais «la possibilité d'une expansion de ces accords», qu'il attribuait au «changement dans le rapport de forces en faveur d'Israël».
Des obstacles persistants
Sur le plan diplomatique, les obstacles à une telle expansion restent significatifs. L'Arabie saoudite, considérée comme le partenaire le plus important dans tout processus de normalisation régionale, a maintenu sa position: une voie crédible vers un État palestinien demeure une condition préalable à toute normalisation avec Israël. Selon The Times, cette position n'a pas évolué, et l'entourage du prince héritier Mohammed ben Salmane indique qu'il faudra continuer à répéter ce refus.
Par ailleurs, certains des pays cités par Trump entretiennent déjà des relations diplomatiques avec Israël: la Turquie depuis 1949, l'Égypte depuis 1979 et la Jordanie depuis 1994, rappelle le Washington Post. L'ancienne ambassadrice américaine aux Émirats arabes unis Barbara Leaf, citée par l'Associated Press, a indiqué que la demande de Trump avait été accueillie par «un silence stupéfait» lors de l'appel avec les dirigeants régionaux, même si une source proche de la conversation a nuancé cette description, précisant que certains alliés avaient répondu positivement.
Malgré les difficultés immédiates, l'administration Trump maintient le cap. Le secrétaire d'État Marco Rubio a déclaré à New Delhi que les négociations progressaient et qu'un «accord solide» était sur la table. Trump lui-même a affirmé que les pourparlers avançaient «très bien». L'inclusion des accords d'Abraham dans l'équation iranienne s'inscrit dans une ambition plus large: transformer la fin du conflit en socle d'une nouvelle architecture régionale, quelles qu'en soient les difficultés pratiques à court terme.