Mon âme est transparente comme deux ailes légères de papillon. Mon corps est lourd comme un rocher vieilli. Mes mains tremblent du froid des hautes cimes des montagnes enneigées. Je suis moi-même de me sentir une autre.
Un bruit pousse un autre et l’éclat du jour est une nuit composée de millions de tourmentes. Emmenez-moi dans ce lieu où fleurit le silence. Où la terre dort en elle-même. J’ai laissé s’envoler l’aube et la tourmente est malade au lointain. Je mélange le sang qui coule et l’eau qui stagne au bord des gouffres. Et un instant d’éternité s’éveille en moi. Je suis l’ombre et la lumière et mon corps tremblant confond le froid et la peur. J’ai caché dans le creux de ma main la fleur unique qui guérit et le temps lointain de la jeunesse. Mon ombre, donnez-moi un autre moi-même qui meurt en se réveillant. De la mort et de la vie, je ne connais la différence et je confonds le ciel de l’enfer. Je cherche la fleur éternelle qui pousse sur le sommet de la montagne enneigée et je pleure de la tenir dans ma main fermée.
Dieu que l’aube est belle quand elle arrive dans le silence.
Que le berger ramène ses moutons et cherche sa brebis égarée et pleure de ne pas la retrouver.
Le ciel est un immense brasier que divise l’horizon. Il regrette ses nuages et leur langage secret. Il s’arrête alors près du feu et des flammes pour écouter leurs prières, et de la pluie et de l’orage se réveillent les grondements timides. Les nuages s’endorment en écoutant tomber la pluie.
Un manteau de laine enveloppe la terre et plus personne n’a froid.
J’aimerais tant partir sur une vague échappée de la mer, ne plus reconnaître de moi-même le sommeil et fermer les yeux dans le silence alors que les tumultes sont ensommeillés et cherchent un lit pour s’endormir.
Dieu que le monde est grand quand on se sent petit.
Que l’on partage avec soi-même l’incertitude d’un lendemain.
Ce rien que l’on ne peut nommer tant il est terrible.