Offrir un espace de dialogue autour d’enjeux actuels. Tel est l’objectif de la Nuit des idées, lancée il y a sept ans par l’Institut français de Paris. Cette année, la thématique choisie a un écho particulier dans un Liban en crise: " (Re)construire ensemble ".

Acteurs du soft power français avec pour mission la promotion de la culture de l’Hexagone, les 98 instituts français établis dans le monde sont libres d’interpréter la thématique de la Nuit des idées comme ils le souhaitent, en fonction du contexte local dans lequel ils se trouvent. Mais avec pour thème " (Re)construire ensemble ", l’édition 2022 semble taillée sur mesure pour le pays du Cèdre. " Le thème nous a particulièrement touchés ", explique Marie Buscail, directrice de l’Institut français du Liban. " Il est susceptible de répondre à de nombreuses préoccupations des Libanais, en particulier de la jeunesse, alors que le pays traverse une crise économique profonde depuis plus de deux ans ", poursuit-elle.

L’édition sera donc axée sur " ceux qui restent ", résistent et luttent pour faire avancer leur pays. " La question qui se pose aujourd’hui est celle de savoir ce que nous pouvons faire et comment pouvons-nous contribuer à construire le Liban d’aujourd’hui et de demain, ajoute Mme Buscail. C’est à ces questions que s’efforcera de répondre la Nuit des idées. "

Tables rondes, ateliers pour la jeunesse, installations artistiques, café des idées, participation du réseau scolaire francophone, rendez-vous en région… l’approche se veut plurielle et pluridisciplinaire, afin de refléter la complexité des enjeux qui animent le pays.

Trois tables rondes proposeront ainsi des thématiques émanant de faits d’actualité, mais invitant à pousser la réflexion plus loin. Au niveau économique, la table ronde se penchera sur la question de savoir si au-delà de la crise, faut-il remettre en cause le modèle économique libanais ou seulement sa mise en application. De même, la thématique de l’énergie s’étendra au-delà de l’effondrement du système de l’électricité, pour aborder d’autres thèmes comme celui des énergies renouvelables ou encore les enjeux pétroliers au Liban. Quant à la conférence sur l’action sociale, " elle est particulièrement intéressante, car elle interroge sur la possibilité d’un partenariat entre l’État et les ONG ", note Fouad Khoury-Hélou, directeur exécutif de L’Orient-Le Jour, ayant participé à l’organisation de ces débats.

Fondateurs d’ONG, universitaires ou issus du secteur public, les intervenants sont en grande partie des acteurs du terrain. Une place importante sera accordée à la participation du public et aux interactions entre participants et intervenants. À cet effet, toutes les conférences seront traduites en arabe.

Programme jeunesse
Quant au programme jeunesse, il a été conçu pour inspirer les nouvelles générations et les aider à se projeter dans un contexte économique et politique compliqué. Au total, dix activistes, écologistes et fondateurs d’initiatives leur présenteront les actions qu’ils mettent en place pour reconstruire le pays. " Nous leur avons demandé de faire une présentation adaptée à des participants âgés de 10 à 18 ans ", explique Mathieu Diez, attaché pour le livre et le débat d’idées à l’Institut français. " Nous voulions que la Nuit des idées soit une plateforme entre ce qui se crée en ce moment et la jeunesse, insiste-t-il. Cela est d’autant plus important après deux années d’enseignement à distance et de socialisation à travers les écrans. " Le but : montrer des exemples d’action positives et inciter les jeunes à s’investir à leur tour. " Parallèlement nous avons mis en place une cuisine des idées, accessible dès l’âge de 5 ans, annonce-t-il. La médiathèque de l’Institut proposera également des livres adaptés à ces jeunes publics, sur des thèmes d’économie, d’écologie et de changement. "

La Nuit des idées sera également hautement artistique. Dans les six antennes de l’Institut français du Liban (Tripoli, Jounieh, Baalbek, Zahlé, Tyr, Saïda et Nabatieh), une collecte d’idées a lieu en ce moment-même. Les habitants sont invités à répondre à la question suivante : " Pourquoi rester au Liban ? " À travers leurs performances – poésie, musique, projection de lumière, installation scénographique –, plusieurs personnalités invitées par le journaliste et artiste Ibrahim Nehmé s’inspireront de ces réponses.

À noter que la réalisation de ce programme reste conditionnée par un éventuel confinement, alors que le Covid-19 frappe durement le pays. " Les débats seront dans tous les cas retransmis en direct sur notre site. Mais nous avons fait le pari d’organiser cette édition en présentiel ", affirme Marie Buscail.