Inauguré pour la rentrée scolaire de 1971, le bâtiment du Collège Louise Wegmann (CLW) situé à Bchémoun fermera ses portes à la fin de cette année scolaire. Dans une circulaire distribuée aux parents d’élèves, aux enseignants et encadrants, la présidente du conseil d’administration Leila Khalaf a annoncé la relocalisation des élèves du site de Bchémoun à partir de l’année scolaire 2022-2023.

L’institution a été fondée en hommage à Mme Louise Wegmann, directrice du Collège protestant français de 1928 à 1965, par des anciennes élèves : Nabila Drooby, Leila Khalaf, Nadia Khlat, Nada Oueini, Aline Parséghian, Hélène Badaro et Séta Séférian. " Je serai fière de vous si vous créez une école ", affirma Louise Wegmann lorsque le projet lui fut présenté. L’objectif était clair : fonder une institution francophone de choix, laïque, mixte et multiconfessionnelle.

Le CLW a débuté à Hazmieh en 1965 et elle est répartie depuis 1998 entre trois sites : Bchémoun et Jouret el Ballout – Joura pour les connaisseurs – accueillent les élèves de la petite section jusqu’à la classe de 5ᵉ, et le site de Badaro dans les locaux des Franciscaines accueille les élèves de la 4ème à la Terminale.

La première pierre du site de Bchémoun a été posée le 5 décembre 1970 sous le patronage de Ghassan Tuéni, ministre de l’Éducation nationale à l’époque. Le terrain de 20.000 mètres carrés, offert par Michel Doumit, accueillit en 1971 les élèves de la petite section à la 6ᵉ, et chaque année une nouvelle section était inaugurée. À partir de 1975, les guerres du Liban bouleversèrent la tranquillité du collège.

Louise Wegmann lors de la cérémonie de pose de la première pierre du collège à Bchémoun. (Photo tirée du livre de Raymonde Abou, Petite histoire d’un grand collège, Presse USJ, 2014)

Située à l’Ouest, l’accès à l’école n’était plus facile pour les élèves et le corps professoral. Mais le collège est resté ouvert pour les élèves qui pouvaient y accéder à partir de Aley et du Chouf, tandis que différents locaux entre Beyrouth Est et Beyrouth Ouest furent aménagés pour permettre la poursuite de la scolarité de tous les élèves inscrits. En 1977, alors que l’on pensait la guerre terminée, le site retrouve l’ensemble de ses élèves et voit sa première promotion de bacheliers.

La guerre des 100 jours en 1978 troubla une nouvelle fois l’année scolaire, mais le site de Bchémoun devait garder ses portes ouvertes malgré les barrages de l’armée syrienne postés aux alentours. En 1982, l’armée israélienne envahit le pays et occupa le bâtiment de Bchémoun.

La directrice de l’époque Raymonde Abou et la présidente du Comité Leila Khalaf se démenèrent pour que l’armée israélienne libère l’établissement saccagé et pillé, ce qu’elle fit après avoir fait exploser plusieurs bombes à fragmentation. Les Israéliens ont également organisé une soirée dansante la veille de leur départ avec des soldates israéliennes qui choquèrent le concierge Ahmad le lendemain matin en traversant toutes nues la route pour prendre leur douche. Les locaux réaménagés, les cours reprirent, mais cette fois-ci avec les barrages de l’armée israélienne aux alentours.

La directrice Raymonde Abou dans le parking du collège. En arrière-plan, des véhicules militaires israéliens. (Photo tirée du livre de Raymonde Abou, Petite histoire d’un grand collège, Presse USJ, 2014)

Entre 1982 et 1990, le site de Bchémoun ouvrit et ferma plusieurs fois en fonction des combats. Parfois, les élèves se réfugiaient dans les sous-sols pour se protéger des bombardements. Une ancienne élève contactée par Ici Beyrouth se souvient de ces moments inoubliables selon elle : " Je n’oublierais jamais ces moments quand on devait arrêter les cours et se réfugier dans les sous-sols. Finalement, on n’avait pas peur et c’était des moments où l’on se sentait bien entourés. On en parle encore entre nous et c’est l’un des souvenirs qui revient le plus souvent entre anciens du collège. "

À la fin de la guerre, les élèves du CLW étaient divisés entre les secteurs Est et Ouest de Beyrouth : ceux de Jouret el Ballout étaient, et sont encore, à majorité chrétiens, et ceux de Bchémoun à majorité musulmane. Pour maintenir la cohésion, et surtout persister dans la mission que le collège soit un lieu de vivre ensemble multiconfessionnel, les locaux de Badaro sont inaugurés en septembre 1998 pour accueillir les élèves de Bchémoun et Jouret el Ballout, de la 4ème à la Terminale.

Ces dernières années, comme tous les établissements scolaires au Liban, le CLW a été fortement impacté par les différentes crises qui touchent le pays. Avant 2019, le site de Bchémoun était déjà confronté à des difficultés au niveau de l’effectif des élèves. Les crises économique et sanitaire n’ont fait qu’enfoncer le clou et ont poussé la direction à prendre cette décision difficile.

Les élèves et employés qui ont évolué entre ces murs ne peuvent qu’être nostalgiques. Zeinab Khalil, institutrice à Bchémoun, se confie à Ici Beyrouth : " Cette école m’a façonné et m’a tout appris. L’humanisme, le partage, la citoyenneté, la laïcité et l’amour m’ont accompagné toutes ces années. J’y ai été élève, stagiaire et enseignante. Mais toute fin s’accompagne d’un nouveau départ. "

 

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