Les artistes britanniques s’unissent pour protéger le droit d’auteur face à l'IA
L’auteur-compositeur britannique Sting (à droite) se produit lors de son spectacle Sting 3.0 à la Farmasi Arena de Rio de Janeiro, le 14 février 2025. ©Pablo Porciuncula / AFP

Face à un projet gouvernemental visant à assouplir le droit d’auteur pour les entreprises d’intelligence artificielle, les artistes britanniques montent au créneau. Musiciens, écrivains et médias s’unissent pour dénoncer une réforme jugée dangereuse pour l’avenir des industries créatives.

Le monde artistique britannique, avec des figures emblématiques comme Elton John et Dua Lipa, s'élève contre un projet du gouvernement travailliste visant à faciliter l'utilisation des œuvres protégées par le droit d'auteur pour entraîner des intelligences artificielles (IA).

Ce projet prévoit d’introduire une "exception au droit d’auteur", permettant aux entreprises développant des modèles d’IA d’utiliser certains contenus sans autorisation préalable des créateurs. Toutefois, les auteurs auraient la possibilité de "réserver leurs droits" pour interdire l’exploitation de leurs œuvres par ces technologies.

Cette réforme suscite de vives critiques au Royaume-Uni, où les industries créatives génèrent plus de 120 milliards de livres par an et emploient 2,4 millions de personnes, selon des chiffres officiels. Elles sont considérées comme un atout essentiel du rayonnement culturel et économique du pays.

Mardi, plus d’un millier d’artistes, dont Damon Albarn, Annie Lennox et Kate Bush, ont sorti un album silencieux en guise de protestation contre cette mesure. Intitulé Is This What You Want? (Est-ce cela que vous voulez ?), cet album rassemble des enregistrements de lieux et de studios d’enregistrement vides, avec une liste de morceaux formant un message explicite: "Le gouvernement britannique ne doit pas légaliser le vol au profit des sociétés d'intelligence artificielle."

Ed Newton-Rex, musicien à l'origine du projet, dénonce une réforme qui "offrirait gratuitement l’œuvre de toute une vie des musiciens du pays à des entreprises d’IA, leur permettant d’exploiter le travail des artistes pour les concurrencer".

Parallèlement, une trentaine d’auteurs et artistes, parmi lesquels Elton John, Sting, Dua Lipa et le prix Nobel de littérature Kazuo Ishiguro, ont signé une lettre ouverte dans The Times, qualifiant cette réforme d’"inutile et contre-productive".

Dans un geste rare, plusieurs journaux britanniques, dont The Daily Mail, The Sun, The Guardian, The Times et The Daily Telegraph, ont affiché à leur message commun sur fond bleu: "Make it Fair" (Faites que cela soit juste).

La News Media Association, à l'origine de cette initiative, alerte sur les conséquences d’un tel projet: "Sans rémunération, nos industries créatives ne survivront tout simplement pas."

Le gouvernement travailliste, qui a lancé cette consultation en décembre, affirme vouloir offrir "un meilleur contrôle" aux créateurs tout en explorant les opportunités offertes par l’IA. Le Premier ministre Keir Starmer a souligné en décembre la nécessité d’un équilibre entre protection des artistes et innovation technologique.

L’exécutif ambitionne de faire du Royaume-Uni un "leader mondial" de l’IA, en attirant les entreprises du secteur et en leur permettant de tester leurs innovations avant toute régulation.

Au-delà des frontières britanniques, cette problématique inquiète la communauté artistique mondiale. Début février, 34 000 artistes français ont signé une tribune dénonçant le pillage de leurs œuvres et appelant à des "solutions justes et pérennes".

Depuis 2023, des grèves contre l’absence de garde-fous en matière d’IA ont également secoué Hollywood et l’industrie du jeu vidéo aux États-Unis, sous l’impulsion du syndicat des acteurs américains (SAG-AFTRA).

Avec AFP

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