Après avoir contré une offensive des séparatistes yéménites, l’Arabie saoudite aura la lourde tâche d’unifier les factions rivales du sud du Yémen et de soutenir financièrement le pays, afin d’éradiquer l’influence des Émirats arabes unis et de maintenir à distance les Houthis et Al-Qaïda, estiment des analystes.
Plus d’une décennie de guerre civile a laissé le Yémen divisé entre les Houthis, soutenus par l’Iran, qui contrôlent le nord du pays, et le gouvernement soutenu par la communauté internationale, appuyé par une coalition dirigée par l’Arabie saoudite dans le sud.
Des fractures au sein du gouvernement ont récemment éclaté au grand jour lorsque des combats ont opposé des forces soutenues par Riyad à d’autres appuyées par les Émirats arabes unis.
Mais les factions proches de Ryad, appuyées par des frappes saoudiennes, ont repoussé l’avancée des séparatistes soutenus par Abou Dhabi, qui a fini par retirer ses dernières forces du Yémen, laissant des responsables pro-saoudiens installés dans l’ensemble du sud.
Que se passe-t-il sur le terrain
À première vue, l’Arabie a remporté une victoire sans appel chez son voisin : ses alliés contrôlent aujourd’hui l’ensemble du sud et le chef des séparatistes, Aidarous al-Zoubaidi, a fui pour Abou Dhabi, selon Riyad.
Le gouvernement, longtemps divisé entre figures pro-émiraties et pro-saoudiennes, a été remanié pour écarter les ministres proches d’Abou Dhabi, tandis que les forces militaires ont été placées sous commandement saoudien.
En parallèle, Riyad prépare des pourparlers entre les factions sudistes pour remodeler le paysage politique.
«L’Arabie saoudite a remporté un succès tactique rapide», dit l’analyste saoudien Hesham Alghannam, du centre Carnegie Endowment for International Peace.
Mais Riyad doit désormais assurer seule la gestion des différents groupes et le financement d’un État en lambeaux, y compris les coûts de reconstruction du sud et les salaires des forces armées.
«Tout cela sera un fardeau» pour le royaume, estime Farea al-Muslimi, expert du Yémen à Chatham House.
Et malgré sa dissolution controversée, annoncée depuis Riyad, le mouvement du Conseil de transition du Sud (STC) de M. Zoubaidi reste populaire. Samedi, des milliers de ses partisans ont bravé l’interdiction de manifester à Aden, scandant des slogans hostiles à l’Arabie saoudite.
Selon M. Alghannam, les Saoudiens sont conscients de la difficulté d’unifier les rangs. Selon lui, Riyad veut que le «sud du Yémen ne soit ni une sphère d’influence des Émirats arabes unis, ni un vide politique exploité par les Houthis» et/ou les groupes extrémistes, dont «Al-Qaïda».
Un coup dur pour les Émirats ?
Après le retrait de ses troupes du pays, Abou Dhabi a «remis le dossier yéménite à l’Arabie saoudite», a affirmé à l’AFP un responsable yéménite, sous couvert d’anonymat.
Le STC avait consolidé pendant des années son pouvoir le long de la côte sud du Yémen avec le soutien des Émirats. Mais le Yémen n’est pas la seule zone d’influence du pays du Golfe, souligne l’analyste émirati Abdulkhaleq Abdulla.
Abou Dhabi détient notamment des intérêts de l’autre côté du golfe d’Aden, dans l’État autoproclamé du Somaliland, récemment reconnu par son allié israélien.
«Le Yémen n’était qu’un élément parmi d’autres dans le vaste réseau d’amis dont nous disposons. Les Émirats sont une puissance régionale montante. Et cela ne va pas changer simplement parce que nous nous sommes retirés du Yémen», dit le chercheur.
Quel impact sur les relations saoudo-émiraties ?
Le conflit au Yémen a attisé les tensions entre les deux monarchies pétrolières, qui sont intervenues ensemble au Yémen en 2015 pour combattre les Houthis, dans le cadre d’une coalition militaire.
Mais les deux voisins soutiennent depuis des factions rivales au Yémen, et dans d’autres pays, notamment au Soudan.
Cette crise diplomatique est la plus importante dans le Golfe depuis que les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont boycotté le Qatar en 2017 en raison de ses liens avec les Frères musulmans et l’Iran.
Depuis l’offensive des séparatistes au Yémen, les médias saoudiens ne ménagent pas leurs critiques contre les Émirats.
«Je ne pense pas que la crise puisse être surmontée de sitôt (…) pour la simple raison qu’elle est devenue une crise très publique», estime M. Muslimi.
David STOUT Sahar AL ATTAR Aya ISKANDARANI / AFP



Commentaires