Wasl : La Sagesse marche sur Riyadi et relance la guerre des châteaux
Paris Bass laisse éclater sa joie : l’ailier de La Sagesse, injouable face à Riyadi, a enflammé Ghazir et fait rugir toute la Green Nation. ©©fiba.basketball

Depuis trente ans, ils s’aiment mal. La Sagesse et Riyadi, meilleurs ennemis d’un basket libanais qu’ils ont façonné à coups de finales, de derbys sulfureux et de nuits blanches à Ghazir ou à Manara. Même si, ces dernières saisons, les Jaunes ont écrasé la concurrence sur la scène locale et régionale, il est une vérité immuable : il y a des soirs plus simples à vivre qu’un derby à Ghazir, dans une fournaise verte où chaque ballon joué vire à la guérilla sportive. Mercredi, le choc n’a pas fait exception… et c’est Riyadi qui a grillé dans le chaudron.

FIBA WASL – West Asia League, nouvelle page, même casting : Riyadi, triple champion de la zone et patron autoproclamé du basket arabe, débarque à Ghazir en costard de favori. La Sagesse, elle, traîne encore les stigmates d’un départ raté (0-3), avant de se relancer enfin. Sur le papier, le “Yellow Castle” reste l’équipe à battre. Sur le parquet, la réalité est tout autre : à Ghazir, personne ne vient “gérer” un match.
Depuis une bonne trentaine d’années, un derby Sagesse–Riyadi à domicile, c’est toujours la même équation : tension maximale, gradins debout, sifflets à chaque dribble jaune, et la sensation très claire, côté visiteurs, qu’il vaut mieux avoir le cœur bien accroché. Il y a des rencontres qu’on aborde sereinement ; une soirée à Ghazir, elle, ne pardonne aucun relâchement.
Le scénario est resté fidèle à la légende des lieux… sauf que c’est la Sagesse qui a dicté le tempo, et Riyadi qui a couru derrière l’allumage vert. Score final : 105-91. Un “Beirut Derby” à sens unique, comme on n’en voit pas souvent.

Bass au four, au panier

Le Green Castle a pris les commandes d’entrée, mais c’est au retour des vestiaires que la digue a cédé. Paris Bass, déjà étincelant depuis le début de la campagne WASL, a encore monté le curseur : 35 points, 13 rebonds, 58,3 % de réussite, des dunks qui font trembler l’arceau et les tribunes, 3 passes, 3 interceptions et une impression générale de joueur injouable.
Quinze points dès la première mi-temps pour installer le décor, puis une deuxième période à punir à chaque mismatch, à attaquer le cercle comme si chaque drive était une affaire personnelle. L’Américain a mis le feu au match, et Ghazir a répondu en écho.
Autour de lui, Sagesse a joué juste. Kevin Murphy, l’ex de la maison jaune, a rajouté sa couche de vengeance sportive (18 points, 5 rebonds, 5 passes), Walter Hodge a géré le trafic (15 points, 6 passes) et surtout les tempos, accélérant ou calmant au rythme des runs verts.
Yoyo Khayat a choisi son moment pour sortir de la boîte : 12 points, 6 rebonds, et surtout une action symbole, un quatre points rarissime sur la tête de Hayk Gyokchyan pour porter l’écart à +18 (82-64) à la fin du troisième quart. La salle explose, Riyadi accuse le coup. Un peu plus tard, une autre inspiration de Khayat pour une passe décisive vers Murphy, ficelle à trois points, et l’écart enfle jusqu’à +22 (93-71).
En sortie de banc, Gerard Hadidian a complété l’œuvre (10 points, 8 rebonds), dans un collectif qui a parfaitement exploité chaque faille défensive jaune. La Sagesse ne s’est pas contentée de surfer sur l’ambiance : elle a dominé, posé sa patte, et rappelé qu’un derby, surtout ici, se joue autant dans les têtes que dans les systèmes.

Riyadi dominé, mais prévenu

En face, Riyadi n’est pas venu en touriste. Nuni Omot a tout tenté (29 points, 6 rebonds), Perrin Buford a rempli la ligne de stats (17 points, 7 rebonds, 4 passes), Karim Zeinoun a planté ses 16 points et Gyokchyan a ajouté 15 points, 7 rebonds et 5 passes. Sur une soirée ordinaire, ce genre de performances suffit pour repartir avec la victoire. Pas à Ghazir, pas ce soir-là.
La défense jaune a pris l’eau, incapable de contenir les drives de Bass, les coups de chaud de Murphy, les éclairs d’Hodge et l’énergie des role players. À chaque tentative de retour, la Sagesse a répondu par un run, un tir longue distance, une séquence de folie qui remettait la pression sur les épaules des hommes d’Ahmad Farran.
Oui, ces dernières années, Riyadi a imposé sa loi sur le championnat du Liban et sur la West Asia League. Oui, le Yellow Castle reste la référence régionale, celui que tout le monde veut faire tomber. Mais ce derby-là a rappelé une évidence : sur une soirée brûlante à Ghazir, les titres accumulés ne valent pas une seule possession bien gérée, ni un rebond arraché au milieu des hurlements.
La Sagesse signe là sa victoire la plus convaincante en WASL cette saison, la deuxième de rang après un départ catastrophique, et se replace clairement dans la course aux demi-finales. Les Verts ont retrouvé du caractère, une identité, et surtout un poison permanent : Paris Bass, qui joue chaque match comme si on avait osé insulter le parquet.

Une rivalité qui a encore de beaux jours devant elle

Sur le coup de sifflet final, les sourires sont verts, les mines fermées sont jaunes. Mais derrière le score et les émotions, une réalité : depuis plus de trente ans, Sagesse–Riyadi continue d’écrire l’histoire du basket libanais.
Riyadi domine peut-être l’ère moderne, empile les trophées et s’affiche en patron sur la scène régionale. Pourtant, il suffit d’une nuit comme celle-là pour que la hiérarchie se fissure, que la Green Nation se remette à y croire et que le message parte très clairement : à Ghazir, personne n’est à l’abri, pas même le roi.
Le Yellow Castle a pris une leçon de ce que signifie “jouer un derby à l’extérieur”. Et La Sagesse, elle, a rappelé à tout le monde qu’entre les deux meilleurs ennemis du pays, rien n’est jamais définitivement écrit. Surtout quand la fournaise tourne au vert.

 

Commentaires
  • Aucun commentaire