Groenland: les Européens s'activent pour répondre aux menaces américaines
Un porte-conteneurs arrive au terminal Delta d’ECT (Europe Container Terminals) dans le port de Rotterdam, le 1er août 2022. ©John Thys / AFP

Le président français Emmanuel Macron et la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni sont montés au créneau dimanche contre les menaces de surtaxes douanières brandies par Donald Trump contre plusieurs pays européens s'opposant à ses velléités de s'emparer du Groenland, territoire autonome danois.

Emmanuel Macron a fait savoir dans la matinée qu'il comptait demander «l'activation de l'instrument anti-coercition» de l'UE en cas de nouveaux droits de douane américains sur les produits européens.

Cet outil, dont la mise en œuvre requiert la majorité qualifiée des pays de l'UE, permet, entre autres, le gel de l'accès aux marchés publics européens ou le blocage de certains investissements.

Giorgia Meloni, en déplacement à Séoul, a pour sa part affirmé avoir parlé à Trump pour lui notifier l'«erreur» que constituaient selon elle ces menaces de surtaxes, que le ministre néerlandais des Affaires étrangères, David van Weel, a aussi qualifiées d'«incompréhensibles» et d'«inappropriées».

«C'est du chantage. Ce qu'il (Trump) fait en ce moment est du chantage», a asséné David van Weel dans l'émission télévisée WNL Op Zondag, tandis que son homologue irlandaise Helen McEntee a évoqué des menaces «totalement inacceptables et profondément regrettables».

«Compte tenu du contexte, nous estimons que cette polémique sur les tarifs douaniers est une erreur. Nous pensons qu'elle est profondément inutile et contre‑productive», a déclaré de son côté la ministre britannique de la Culture, Lisa Nandy, à la BBC.

Depuis son retour au pouvoir il y a un an, le président américain parle régulièrement de prendre le contrôle de l'immense île située entre l'Amérique du Nord et l'Europe, invoquant des raisons de sécurité nationale face aux avancées russes et chinoises en Arctique.

Il a encore haussé le ton samedi à la suite de l'envoi ces derniers jours de militaires européens sur l'île, dans le cadre de manœuvres danoises.

«Le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande se sont rendus au Groenland dans un but inconnu. (...) Ces pays, qui se livrent à ce jeu très dangereux, ont pris un risque inacceptable», a écrit le président américain sur Truth Social.

Réunion d'urgence

Irrité par ce déploiement, Donald Trump a menacé de leur imposer de nouveaux droits de douane jusqu'à ce qu'«un accord soit conclu pour la vente complète et intégrale du Groenland». Cette surtaxe, de 10%, sera effective à partir du 1er février et pourrait s'envoler à 25% au 1ᵉʳ juin.

Face à ces menaces, une réunion d'urgence des ambassadeurs de l'UE est prévue dimanche après-midi à Bruxelles.

En parallèle, le ministre danois des Affaires étrangères a entamé dimanche une visite diplomatique en Norvège, au Royaume-Uni et en Suède, trois alliés proches et membres de l'OTAN, afin de discuter du renforcement du rôle de l'Alliance dans la sécurité de la région arctique.

Lars Lokke Rasmussen sera à Oslo dimanche, avant de se rendre lundi à Londres et jeudi à Stockholm.

Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump emploie l'arme des barrières commerciales tous azimuts dans les relations internationales, y compris avec les partenaires traditionnels de Washington. Mais il franchit là un pas inédit: les États-Unis, piliers de l'OTAN, menacent leurs alliés de sanctions pour s'emparer d'un territoire rattaché à l'un de leurs partenaires, le Danemark, pays souverain et démocratique.

Samedi, plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés, notamment à Copenhague et à Nuuk, la capitale du Groenland, pour dénoncer ces ambitions territoriales en scandant «le Groenland n'est pas à vendre».

Selon le dernier sondage publié en janvier 2025, 85% des Groenlandais sont opposés à leur rattachement aux États-Unis. Seuls 6% y sont favorables.

AFP

Commentaires
  • Aucun commentaire