Le président américain Donald Trump a officiellement lancé jeudi son «Conseil de la paix», une nouvelle instance internationale présentée comme un instrument destiné, dans un premier temps, à consolider le cessez-le-feu à Gaza.
Lors de son annonce, Trump a toutefois clairement laissé entendre que cet organe pourrait voir son rôle s’élargir bien au-delà de l’enclave palestinienne, suscitant déjà l’inquiétude de plusieurs puissances et alliés occidentaux. «Une fois ce conseil complètement formé, nous pourrons faire à peu près tout ce que nous voulons», a déclaré le président américain, précisant que cette action se ferait «en coordination avec les Nations unies», qu’il estime dotées d’un potentiel «pas pleinement exploité».
Si la Maison-Blanche insiste sur la complémentarité avec l’ONU, cette initiative soulève d’emblée des interrogations sur l’équilibre des pouvoirs, la portée réelle du mandat du Conseil et la volonté de Donald Trump de redéfinir les mécanismes traditionnels de gestion des conflits internationaux.
Une initiative née de l'après-guerre à Gaza
Le Conseil de la paix a été dévoilé par Donald Trump dans le cadre de la phase II d'un plan de cessez-le-feu en vingt points entre Israël et le Hamas, soutenu par le Conseil de sécurité de l'ONU en novembre 2025. Selon la vision initiale de l'administration américaine, l'organe devait superviser la démilitarisation, la reconstruction et la remise en place d'une gouvernance technocratique dans la bande de Gaza, ravagée par plus de deux années de guerre.
D'après Al Jazeera, le Conseil était censé encadrer le «renforcement des capacités de gouvernance, les relations régionales, la reconstruction, l'attraction des investissements et la mobilisation de financements à grande échelle» dans l'enclave palestinienne. Dans ce schéma, Gaza devenait un laboratoire d'un nouveau modèle de gestion postconflit, piloté depuis l'extérieur.
Un mandat qui s'élargit bien au-delà de Gaza
Toutefois, les contours du projet se sont rapidement élargis. Des lettres envoyées par Donald Trump à des dizaines de chefs d'État, accompagnées d'un projet de charte, laissent apparaître une ambition beaucoup plus globale. Le texte, consulté notamment par Reuters et le Financial Times, définit le Conseil de la paix comme une «organisation internationale» visant à «promouvoir la stabilité, restaurer une gouvernance fiable et assurer une paix durable dans les zones affectées ou menacées par des conflits».
Fait notable, la charte ne mentionne pas explicitement Gaza, alors même que le mandat accordé par le Conseil de sécurité de l'ONU est limité à ce territoire et valable jusqu'à fin 2027. Cette omission alimente l'idée, reprise par plusieurs diplomates, d'un «Trump United Nations», une structure parallèle qui se voudrait plus «agile» que l'ONU, jugée par l'ancien président américain comme inefficace.
Une gouvernance très personnalisée
La charte, révélée intégralement par le Times of Israel, accorde un rôle central à Donald Trump. Il en est le président inaugural, doté d'un droit de veto sur les décisions, du pouvoir de nommer son successeur et de créer ou dissoudre des sous-comités. Le Conseil est composé de chefs d'État invités par le président américain, avec des mandats de trois ans, renouvelables.
Un Conseil exécutif, également nommé par Trump, est chargé de la mise en œuvre opérationnelle. Pour Gaza, une instance spécifique – le «Gaza Executive Board» – doit superviser un comité de technocrates palestiniens chargé de la gestion quotidienne du territoire en remplacement du Hamas. Aucun Palestinien ne siège toutefois au Conseil de la paix ni à son exécutif.
La question sensible du financement
L'un des points les plus controversés du dispositif concerne son financement. Selon la charte et plusieurs enquêtes de Bloomberg et de CNN, les États souhaitant obtenir un siège permanent doivent verser une contribution d'un milliard de dollars.
La Maison-Blanche affirme qu'il ne s'agit pas d'un droit d'entrée obligatoire, mais d'une option réservée aux pays désireux de démontrer un «engagement profond» sur le long terme, les fonds devant notamment servir à la reconstruction de Gaza.
Soutiens, réticences et fractures diplomatiques
Sur le plan international, l'initiative divise. Des pays du Moyen-Orient – Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Égypte, Qatar, Turquie – ont accepté de rejoindre le Conseil, tout comme l'Argentine, le Paraguay ou encore la Hongrie.
Israël a également donné son accord, tout en exprimant de fortes réserves sur la composition du Gaza Executive Board, notamment la présence de responsables turcs et qataris.
À l'inverse, plusieurs alliés occidentaux, dont la France, le Royaume-Uni, la Norvège et la Suède, ont décliné l'invitation, invoquant des interrogations sur la compatibilité du Conseil avec le rôle central de l'ONU. La Russie et la Chine ont été invitées ; Moscou n'a pas encore confirmé sa participation, tandis que Pékin a rappelé son attachement à «un système international avec l'ONU en son cœur».
Des critiques sur le terrain et sur le fond
Au-delà des débats institutionnels, des analyses critiques soulignent le décalage entre l'architecture du Conseil et la réalité sur le terrain. Le think tank américain Quincy Institute for Responsible Statecraft estime que la phase II du plan de Trump est lancée alors même que la phase I du cessez-le-feu n'a jamais été pleinement respectée.
Les combats se poursuivent, l'aide humanitaire reste insuffisante et la démilitarisation exigée du Hamas apparaît irréaliste.
Selon cette analyse, ni le Conseil de la paix ni ses sous-comités ne peuvent produire une paix durable tant que le rapport de force militaire et politique sur le terrain demeure inchangé.
Un projet encore incertain
Pour l'administration américaine, le Conseil de la paix reste officiellement centré sur Gaza, toute extension de son rôle étant qualifiée d'«aspiratoire». Mais la charte, les invitations envoyées et les déclarations de Donald Trump laissent peu de doute sur sa volonté de laisser une empreinte durable sur l'architecture internationale de résolution des conflits.
Reste à savoir si cette structure parviendra à s'imposer comme un outil crédible de stabilisation, ou si elle restera, comme le craignent ses détracteurs, un instrument hautement personnalisé, contesté et difficilement compatible avec l'ordre multilatéral existant.



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