85 secondes avant l'apocalypse alerte l’horloge de la fin du monde
Les membres du Bulletin of the Atomic Scientists, Siegfried S. Hecker, Daniel Holz, Sharon Squassoni, Mary Robinson et Elbegorj Tsakhia, présentent le dévoilement de l'horloge de l'apocalypse 2023 avant un événement diffusé en direct le 24 janvier 2023 à Washington, DC. ©ANNA MONEYMAKER/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/GETTY IMAGES VIA AFP

L'horloge de l'apocalypse, qui symbolise depuis 1947 l'imminence d'un cataclysme planétaire, s'est rapprochée plus que jamais de minuit, alors que les inquiétudes grandissent concernant les armes nucléaires, le changement climatique et la désinformation.

Le Bulletin of the Atomic Scientists l'a réglée mardi à 85 secondes avant minuit, soit quatre secondes de moins qu'il y a un an.

La Russie, la Chine, les États-Unis et d'autres grands pays sont «devenus de plus en plus agressifs, hostiles et nationalistes», a indiqué ce groupe de scientifiques dans un communiqué annonçant l'avancement de l'horloge, décidé après consultation d'un comité incluant huit lauréats du prix Nobel.

«Les accords internationaux obtenus de haute lutte sont en train de s'effondrer, accélérant une compétition entre grandes puissances où le vainqueur remporte tout et sapant la coopération internationale essentielle pour réduire les risques de guerre nucléaire, de changement climatique, d'utilisation abusive des biotechnologies, de menace potentielle de l'intelligence artificielle et d'autres dangers apocalyptiques», ont-ils affirmé.

Les experts se sont également inquiétés de la montée des autocraties dans le monde, citant en particulier les États-Unis.

«Nous constatons avec inquiétude les récentes tragédies survenues dans le Minnesota et l'érosion des droits constitutionnels des citoyens américains», a affirmé Daniel Holz, physicien à l'université de Chicago et membre du Bulletin of Atomic Scientists lors d'une conférence de presse virtuelle.

Il faisait référence aux événements des dernières semaines à Minneapolis et à la mort de deux Américains tués par des agents fédéraux, sur fond de manifestations contre la présence de la police de l'immigration.

«L'histoire a montré que lorsque les gouvernements ne rendent plus de comptes à leurs propres citoyens, les conflits et la misère s'ensuivent», a-t-il dit.

Le comité a également mis en garde contre les risques accrus d'une course aux armements nucléaires, alors que le traité New Start sur la réduction des armes nucléaires entre les États-Unis et la Russie doit expirer la semaine prochaine et que M. Trump fait pression pour mettre en place un système de défense antimissile coûteux, le «Dôme d'or», qui placerait des armes en orbite.

Si le traité venait à expirer, «pour la première fois en un demi-siècle, rien ne pourra prévenir une course incontrôlée à l'armement nucléaire», a dit M. Holz.

Le comité d'experts a aussi souligné les niveaux record d'émissions de dioxyde de carbone, principal facteur du réchauffement climatique. Là aussi, Donald Trump a radicalement inversé la politique américaine en matière de lutte contre le changement climatique.

«Nous vivons un Armageddon de l'information – la crise sous-jacente à toutes les crises – alimenté par une technologie prédatrice qui propage les mensonges plus vite que les faits et tire profit de nos divisions», a par ailleurs déclaré Maria Ressa, journaliste d'investigation philippine et lauréate du prix Nobel de la paix en 2021.

Un indicateur symbolique

Créée en 1947 par des scientifiques du Bulletin of the Atomic Scientists, l’horloge de l’apocalypse (Doomsday Clock) est un indicateur symbolique destiné à alerter sur le niveau de danger auquel l’humanité est confrontée. Parfois nommée horloge de la fin du monde, elle avait été réglée l’année de sa création à minuit moins sept minutes.

Initialement conçue dans le contexte de la Guerre Froide et de la course aux armements nucléaires, l’horloge mesure la proximité de l’humanité avec une catastrophe globale, représentée par minuit. Plus l’aiguille se rapproche de cette échéance symbolique, plus les menaces sont jugées graves.

Au fil des décennies, les critères pris en compte se sont élargis. Outre le risque nucléaire, les experts évaluent désormais l’impact du changement climatique, la multiplication des conflits armés, les pandémies, la désinformation ou encore les dangers liés aux nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle.

Chaque année, un groupe de scientifiques et d’experts en sécurité internationale, parmi lesquels figurent plusieurs lauréats du prix Nobel, décide de l’ajustement de l’horloge en fonction de l’évolution de la situation mondiale.

Basé à Chicago, le Bulletin of the Atomic Scientists a été fondé en 1945 par Albert Einstein et des scientifiques ayant travaillé sur le projet «Manhattan», qui produisit la première bombe atomique. Le groupe d'experts fixe chaque année la nouvelle heure.

L’horloge de la fin du monde, régulièrement citée par les dirigeants et les médias, se veut avant tout un outil de sensibilisation, appelant les responsables politiques à agir pour réduire les risques existentiels pesant sur l’humanité.

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