Le Parlement adopte le budget 2026 après une séance tendue
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Réuni en séance plénière jeudi en fin de journée, le Parlement a approuvé le projet de loi de budget pour l’année 2026 à l’issue d’une session marquée par de vifs échanges sur la question des salaires du secteur public. Le texte a été adopté à la majorité de 59 voix, contre 34 oppositions et 11 abstentions.

Débats houleux

La séance du soir, ouverte à 17 heures, a été consacrée à la discussion puis au vote du projet de loi. Au cours des débats, plusieurs députés ont contesté l’absence de clarification sur la valeur exacte de la hausse promise des rémunérations, évoquée à hauteur de 80 dollars, et ont demandé le report de la séance au lendemain. Dans ce contexte tendu, le président de la Chambre, Nabih Berry, a demandé l’arrêt de la retransmission télévisée en direct.

Négociations parallèles avec les militaires retraités

Parallèlement aux discussions dans l’hémicycle, des négociations se poursuivaient dans le bureau du vice-président du Parlement, Élias Bou Saab, avec des représentants des militaires retraités. M. Berry a exigé que le Premier ministre Nawaf Salam et le ministre des Finances Yassine Jaber se joignent à cette réunion avant l’intégration de la formule finale de revalorisation salariale dans le budget.

Tout en reconnaissant la légitimité des revendications salariales, le gouvernement a affirmé privilégier une correction progressive compatible avec la stabilité monétaire, laissant à de prochaines discussions la fixation précise des montants d’augmentation.

Malgré ces tractations, l’Assemblée a entamé le vote des premiers articles, portant sur les dépenses et les budgets des ministères, administrations et établissements publics, avant de procéder à l’adoption finale du texte.

Discipline budgétaire et stabilité financière

Dans son intervention, le ministre des Finances, Yassine Jaber, a défendu une approche fondée sur la discipline budgétaire afin de préserver les équilibres financiers atteints en 2025. Il a assuré que le gouvernement restait engagé à améliorer les salaires du secteur public après l’adoption du budget, tout en plaidant pour des hausses fixes ne provoquant pas de pression sur le taux de change.

M. Jaber a également mis en avant une série de financements extérieurs concessionnels destinés exclusivement à l’investissement: 250 millions de dollars pour l’électricité, 257 millions pour l’eau, 250 millions pour la reconstruction (auxquels s’ajoutent 75 millions d’euros), 200 millions pour l’agriculture, 200 millions pour les affaires sociales dans le cadre du programme de soutien aux plus vulnérables, et 150 millions pour la transformation numérique de l’administration.

Selon lui, ces prêts de long terme accordés notamment par la Banque mondiale, l’Agence française de développement et des fonds arabes constituent une alternative plus soutenable que l’endettement de marché à taux élevés. Il a en outre fait état de dons européens pour moderniser la numérisation des services fiscaux et douaniers, sous supervision internationale pour garantir la transparence.

Lutte contre l’évasion fiscale et hausse des recettes

Sur le plan des recettes, le ministère des Finances a annoncé l’intensification de la lutte contre l’évasion fiscale, avec la transmission de dossiers de près de 200 grandes entreprises au parquet financier et le recouvrement accéléré de la TVA, permettant à environ 1.800 sociétés de régulariser leur situation en une semaine. Ces mesures auraient contribué à dégager un excédent primaire proche de 4% du PIB.

Renforcement du contrôle douanier

Concernant les douanes, M. Jaber a annoncé le début de l’utilisation de nouveaux scanners dans les ports de Beyrouth et de Tripoli, capables d’inspecter jusqu’à 100 conteneurs par heure, reliés à des systèmes d’intelligence artificielle pour analyser les images et les risques, parallèlement à des négociations en vue d’adopter un dispositif renforçant la transparence et limitant la contrebande.

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