Rafah rouvre partiellement: une «fenêtre d’espoir» pour les malades de Gaza
De jeunes patients palestiniens, assis dans des fauteuils roulants, attendent dans l’enceinte de l’hôpital du Croissant-Rouge d’être évacués de la bande de Gaza via le point de passage de Rafah vers l’Égypte pour recevoir des soins à l’étranger, à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 2 février 2026. ©Bashar Taleb / AFP

Des Gazaouis malades et blessés ont commencé lundi à traverser vers l’Égypte afin d’y recevoir des soins médicaux, après qu’Israël a autorisé une réouverture limitée du point de passage de Rafah, seul accès de la bande de Gaza vers l’extérieur ne menant pas à Israël.

Environ 150 personnes devaient quitter le territoire lundi et 50 y entrer, selon des responsables égyptiens, plus de 20 mois après la fermeture du passage par les forces israéliennes engagées dans les combats à Gaza.

«Trois ambulances sont arrivées jusqu’à présent, transportant plusieurs malades et blessés, qui ont été immédiatement examinés à leur arrivée afin de déterminer vers quels hôpitaux ils seront transférés», a indiqué à l’AFP un responsable du ministère égyptien de la Santé.

Cette reprise partielle intervient après que la Défense civile de Gaza a fait état de dizaines de morts lors d’une vague de frappes israéliennes durant le week-end, que l’armée israélienne a présentées comme des représailles après la sortie de combattants palestiniens d’un tunnel à Rafah.

Mahmud, 38 ans, atteint de leucémie et originaire de la ville de Gaza, a confié à l’AFP se sentir chanceux de pouvoir se rendre en Égypte pour se faire soigner, après avoir obtenu l’autorisation israélienne de voyager avec sa sœur.

«À Gaza, il n’y a ni traitement ni vie… Bien sûr, je suis chanceux, mais je reste triste parce que mon père et ma mère sont toujours à Gaza», a-t-il déclaré.

Ali Shaath, à la tête d’un comité technocratique palestinien chargé de la gestion quotidienne de Gaza, a estimé que la réouverture de Rafah offrait une «fenêtre d’espoir» au territoire.

La reprise partielle a débuté dimanche dans le cadre d’une phase pilote strictement encadrée, qui n’incluait pas initialement le passage de personnes, après des mois d’appels lancés par des organisations humanitaires.

Khaled Mogawer, gouverneur du Nord-Sinaï, qui comprend le côté égyptien de Rafah, a indiqué à la chaîne publique AlQahera News que 50 patients palestiniens et 84 accompagnants étaient attendus en Égypte lundi.

La radio-télévision publique israélienne Kan a rapporté que le passage serait ouvert environ six heures par jour, tandis qu’AlQahera News a affirmé que le côté égyptien resterait ouvert 24 heures sur 24.

«Je vais serrer ma mère dans mes bras»

Abdul Rahim Mohamed, 30 ans, a dit attendre avec impatience le retour à Gaza de sa mère, partie se faire soigner contre un cancer en Égypte en mars 2024.

«Il y a deux jours, on lui a annoncé qu’elle pouvait rentrer à Gaza et elle m’a dit au téléphone : Viens m’attendre au passage», a-t-il raconté à l’AFP. «Je suis très heureux aujourd’hui… je vais serrer ma mère dans mes bras».

Rafah se situe dans une zone tenue par les forces israéliennes après leur retrait derrière une «ligne jaune» prévue par un cessez-le-feu négocié par les États-Unis, en vigueur depuis le 10 octobre. Les troupes israéliennes contrôlent toujours plus de la moitié de Gaza, le reste restant sous l’autorité du Hamas.

La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a salué l’ouverture du passage comme une «étape concrète et positive» du plan de paix pour le territoire, où la situation humanitaire demeure critique.

Le point de passage de Rafah avait brièvement rouvert début 2025, mais était resté largement fermé depuis sa prise par les forces israéliennes en mai 2024.

L’émissaire américain Steve Witkoff, qui a participé aux négociations du cessez-le-feu, doit rencontrer mardi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, selon un responsable israélien, sans préciser le lieu ni l’objet des discussions. Witkoff et l’émissaire Jared Kushner avaient déjà rencontré Netanyahu fin janvier et auraient plaidé pour la réouverture de Rafah.

Pas d’entrée d’aide

Le directeur de l’hôpital Al-Shifa de Gaza-Ville, Mohammed Abu Salmiya, a indiqué que 20 000 patients avaient un besoin urgent de soins dans le territoire, dont 4 500 enfants.

AlQahera News, citant le ministère égyptien de la Santé, a rapporté que 150 hôpitaux et 300 ambulances avaient été mobilisés pour accueillir les patients palestiniens, avec 12 000 médecins et 30 équipes d’intervention rapide.

Le COGAT, organe du ministère israélien de la Défense chargé des affaires civiles palestiniennes, n’a pas évoqué l’autorisation d’une entrée massive d’aide humanitaire à Gaza.

Israël avait auparavant lié la réouverture de Rafah à la restitution de la dépouille de Ran Gvili, dernier otage israélien retenu dans le territoire. Son corps a été récupéré et enterré la semaine dernière, conduisant Israël à annoncer une réouverture progressive.

La guerre à Gaza a été déclenchée par l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui a fait 1 221 morts, selon un décompte de l’AFP basé sur des chiffres officiels israéliens. Les représailles israéliennes ont causé au moins 71 800 morts à Gaza, d’après le ministère de la Santé du territoire dirigé par le Hamas, des chiffres jugés fiables par l’ONU.

AFP

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