Xi a discuté avec Poutine et Trump: qu'en retenir?
Xi Jinping mène des discussions stratégiques avec Poutine et Trump sur l’Ukraine, l’Iran, le commerce et Taïwan, illustrant la volonté de Pékin de se positionner comme un acteur clé de la scène internationale et de montrer sa stature politique face aux incertitudes internes et mondiales. ©AFP

En quelques heures, Xi Jinping s'est entretenu avec Vladimir Poutine puis avec Donald Trump, un enchaînement inhabituel et significatif, qui illustre la volonté de Pékin d'incarner une puissance mondiale garante de stabilité, estiment jeudi des analystes. Voici ce qu'il faut retenir de ces échanges.

Pourquoi le même jour? 

L'entretien en visioconférence du président chinois avec son homologue russe, mercredi après-midi, a précédé un appel téléphonique dans la soirée avec Donald Trump.

«Le timing (...) est rare et intéressant. Il n'est pas fréquent que M. Xi s'entretienne avec MM. Poutine et Trump le même jour», écrit George Chen, du cabinet américain The Asia Group.

Xi Jinping et Vladimir Poutine ont échangé pendant une heure et demie, selon un conseiller diplomatique du Kremlin. Donald Trump a lui qualifié sa conversation avec le président chinois de «longue et approfondie».

«Cela démontre que Xi peut s'affirmer comme un interlocuteur incontournable et décrocher facilement son téléphone pour parler aux deux puissants dirigeants mondiaux», estime Dylan Loh, professeur à l'Université technologique de Nanyang, à Singapour.

Quels sujets ont été discutés? 

Donald Trump affirme avoir évoqué avec Xi Jinping le commerce, la guerre en Ukraine et l'Iran. Selon lui, la Chine s'est également engagée à augmenter ses achats de soja américain à 20 millions de tonnes cette saison.

Cet entretien confirme que «malgré ce qui se passe dans le monde, il y aura une stabilisation tactique à court terme des relations» sino-américaines, juge Dylan Loh.

Sur le dossier ultrasensible de Taïwan, Xi Jinping a toutefois appelé Donald Trump à la «prudence» en matière de ventes d'armes américaines aux autorités de l'île, revendiquée par la Chine.

«Nous ne nous inquiétons pas outre mesure de cette communication téléphonique. En fait, nous pensons qu'elle contribuera à stabiliser la situation», a commenté auprès de l'AFP le vice-ministre taïwanais des Affaires étrangères, Chen Ming-chi.

De leur côté, Xi Jinping et Vladimir Poutine ont salué le renforcement des relations bilatérales et cherché à présenter un front uni face à l'Occident.

Ces appels se sont déroulés au moment où des négociateurs russes, ukrainiens et américains étaient réunis à Abou Dhabi pour un nouveau cycle de discussions visant à mettre fin à la guerre en Ukraine.

Xi Jinping et Vladimir Poutine ont également échangé leurs «points de vue» sur les États-Unis, selon le Kremlin.

Quelle est l'importance de ces échanges? 

Xi Jinping cherche à se positionner à équidistance de Vladimir Poutine et de Donald Trump, juge Benjamin Ho, professeur à l'école d'études internationales S. Rajaratnam de Singapour.

«La Chine veut se donner une marge de manœuvre sur l'international pour s'assurer que, quoi qu'il arrive sur la scène mondiale, elle ne se retrouve pas acculée», indique-t-il à l'AFP.

L'actualité politique chinoise a été marquée récemment par l'annonce fin janvier d'une retentissante enquête pour corruption visant Zhang Youxia, le plus puissant général du pays – considéré jusqu'alors comme un allié de Xi Jinping.

Dans ce contexte d'incertitude, ces deux appels du président chinois relèvent aussi «sans doute d'une posture de politique intérieure», destinée à montrer aux Chinois sa «stature politique sur la scène internationale», estime M. Ho.

Quelle portée pour les relations? 

Vladimir Poutine a accepté, durant l'entretien, une invitation à se rendre en Chine au premier semestre 2026, selon le Kremlin. Donald Trump a déclaré attendre avec impatience son déplacement à Pékin, prévu en avril.

Le président russe participera également au sommet de l'Asie-Pacifique, que Xi Jinping accueillera en novembre.

Les deux appels s'inscrivent dans le cadre d'une intense activité diplomatique du président chinois, qui veut présenter son pays comme un pôle de stabilité – en comparaison avec les États-Unis.

Mais, les liens entre Pékin, Washington et Moscou conservent de la volatilité, notent certains analystes.

Les relations sino-russes «ne sont pas indéfectibles», souligne Yue Su, analyste du cabinet Economist Intelligence Unit (EIU), selon qui Chinois et Américains continuent d'avoir de fortes exigences les uns envers les autres.

«Pour obtenir une coopération significative de la Chine» afin qu'elle mette la pression sur la Russie sur le dossier ukrainien, les États-Unis « devront sans doute lui présenter un accord exceptionnellement attractif», note ainsi Mme Su.

AFP

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