Le gouvernement français a salué dimanche la démission de la présidence de l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris, présentée par l'ancien ministre Jack Lang, après l'ouverture d'une enquête judiciaire pour ses liens supposés avec le financier américain et criminel sexuel Jeffrey Epstein.

«Je crois que Jack Lang a pris la seule décision possible, la seule décision souhaitable en l'état. La situation était, me semble-t-il, intenable», a affirmé la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, à la radio Franceinfo. Pointant «une question morale» qui se posait «de façon évidente», la porte-parole a rappelé qu'il revenait  «à la justice de dire pour l'ensemble des parties prenantes quelles sont les responsabilités».

Les services du président Emmanuel Macron avaient demandé à l'ex-ministre socialiste de 86 ans de «penser à l'institution» qu'il dirigeait, après les révélations des dossiers publiés aux États-Unis le 30 février sur l'affaire Epstein, avant de «prendre acte» sobrement de sa démission.

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, dont le ministère a la tutelle du prestigieux institut, instrument des relations de la France avec le monde arabe, a annoncé lancer la procédure de désignation d'une présidence par intérim de l'IMA.

«Je propose de remettre ma démission lors d’un prochain conseil d’administration extraordinaire», a écrit samedi Jack Lang, dans une lettre au chef de la diplomatie française consultée par l'AFP, après avoir dans un premier temps exclu de quitter son poste.

Ex-figure du Parti socialiste français, l'ancien ministre de la Culture, célèbre pour avoir lancé dans les années 80 le concept de la Fête de la musique repris par plusieurs pays, avait assuré que les accusations portées à son encontre étaient «infondées», dans un communiqué transmis à l'AFP.

Si aucune charge ne pèse à ce stade contre lui, les documents rendus publics par la justice américaine mentionnent son nom à 673 reprises dans des échanges avec Jeffrey Epstein, et révèlent des liens d'intérêt avec le financier américain.

Vendredi, le Parquet national financier (PNF), entité chargée de la lutte contre la grande délinquance économique, a ouvert une enquête pour "blanchiment de fraude fiscale aggravée" le concernant ainsi que sa fille Caroline.

«Les accusations portées à mon encontre sont inexactes et je le démontrerai», a réagi M. Lang samedi dans son courrier au ministre des Affaires étrangères.

D'après son avocat, Me Laurent Merlet, interrogé samedi sur BFM TV, Jack Lang «est à la fois très triste de quitter une institution muséale qu'il aime beaucoup» mais également «extrêmement combatif et ne laissera pas les calomnies prendre le terrain».

Jack Lang dirigeait l'IMA, une fondation de droit privé créée en 1980, depuis 2013.

L'ex-ministre avait été proposé à ce poste par les autorités françaises, mais c'est le conseil d'administration de l'IMA, composé à parité d'ambassadeurs de pays arabes et de personnalités choisies par le ministère français des Affaires étrangères, qui l'avait formellement désigné et reconduit à sa tête.

«Extrême gravité»

Depuis Beyrouth, le ministre français des Affaires étrangères avait souligné vendredi que la priorité était «de garantir le bon fonctionnement et la continuité et l'intégrité de l'Institut du monde arabe».

«Les premiers éléments qui ressortent de ces dossiers (Epstein) sont inédits et d'une extrême gravité» et «exigent un travail d'enquête rigoureux et approfondi», avait-il ajouté.

L'avocat de M. Lang avait rejeté cette semaine l'idée que les documents Epstein prouvent «d'intenses liens d'amitié» entre le criminel sexuel américain et son client.

Jack Lang avait invoqué sa «naïveté» face aux révélations sur ses liens passés avec Epstein, mort en prison en 2019.

Après avoir déclaré lundi «assumer pleinement (ses) liens» passés avec le financier américain, il avait assuré mercredi qu'il ignorait tout du passé criminel de cet homme quand il l'avait rencontré il y a "une quinzaine d'années" par l'entremise du réalisateur américain Woody Allen.

Sa fille Caroline avait démissionné lundi de la tête d'un syndicat de producteurs de cinéma après les révélations sur une société «offshore» qu'elle avait fondée en 2016 avec l'homme d'affaires américain.

Parmi les documents publiés par les autorités américaines consultés par l'AFP figurent différents échanges éclairant la relation entre les deux hommes. Jack Lang «a personnellement insisté pour que tu viennes à son anniversaire», écrit en 2017 à Jeffrey Epstein l'homme d'affaires Etienne Binant, mécène de l'IMA. «C'est pour le cercle intime uniquement, il ne fait pas ce genre d'invitations à la légère».

«Cher Jeffrey, (...) votre générosité est infinie» aurait écrit lui-même Jack Lang en 2017. «Puis-je encore abuser ?» demande-t-il avant de solliciter le milliardaire pour qu'il le transporte en voiture à une fête organisée par l'Aga Khan hors de Paris.

AFP

 

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