Effondrement meurtrier à Tripoli : le bilan s’alourdit à neuf morts

Un nouvel effondrement d’immeuble a plongé la capitale du Nord dans le deuil et la panique. Le drame s’est produit dans le quartier de Bab el-Tabbané, à Tripoli, où un immeuble composé de deux blocs de cinq étages, comprenant une douzaine d’appartements, s’est brutalement écroulé.

Le bâtiment abritait des familles originaires de différentes régions, notamment de Minié et de Jabal Mohsen, ainsi que des travailleurs syriens. Le bilan humain s’est alourdi à neuf morts, a annoncé le directeur général de la Défense civile, Imad Kreich, aux alentours de 23 heures. Huit personnes sont toujours portées disparues sous les décombres, selon les estimations des forces de secours, tandis que les opérations de recherche se poursuivent.

Des opérations de secours extrêmement délicates

Les équipes de secours font face à des conditions particulièrement difficiles. S’exprimant à notre confrère Houna Loubnan, le directeur des secours et des urgences de la Croix-Rouge libanaise, Alexis Nehmé, a expliqué que le travail sur le terrain reste extrêmement périlleux. « Nous rencontrons de grandes difficultés. Nous venons de sauver un enfant de 10 ans et nous sommes prêts à administrer une perfusion sous les décombres à toute personne blessée. Mais le bruit ambiant nous empêche d’entendre les appels à l’aide sous les gravats. Les engins lourds ne doivent pas intervenir aujourd’hui, car cela représente un danger réel. »

Il a confirmé que six survivants ont été secourus, en plus du garçon récemment extrait des décombres.

La Défense civile a, de son côté, annoncé avoir secouru six personnes vivantes de l’immeuble effondré, tandis qu’un citoyen âgé d’une cinquantaine d’années a également été extrait des décombres lors d’une autre intervention à Tripoli.

Disparus toujours recherchés

Le responsable du service des urgences et des secours, Rachid Mansour, a indiqué que huit personnes restent portées disparues et que les recherches se poursuivent sans interruption, malgré les risques d’effondrements secondaires.

Selon le secrétaire général de la Croix-Rouge libanaise, Georges Kettaneh, le nombre initial de personnes piégées sous les gravats pourrait avoir atteint entre 12 et 15 personnes. Pas moins de onze ambulances ont été mobilisées, appuyées par des équipes spécialisées et des brigades cynotechniques.

Évacuations préventives et climat de panique

Par mesure de sécurité, plusieurs immeubles ont été évacués à Tripoli. Un immeuble situé dans le quartier de Qobbé, rue al-Baqqar, a été vidé de ses habitants après l’apparition de fissures structurelles, tandis qu’un autre a été évacué dans le quartier de Tarbi‘a par la police municipale.

L’effondrement a également provoqué des incendies dus à l’explosion de bonbonnes de gaz, aggravant la situation et semant la panique dans les environs. Des tirs en l’air ont été signalés à proximité du site, traduisant un climat de chaos et de forte tension.

Appels à l’état d’urgence et réactions officielles

Face à l’ampleur de la catastrophe, le président du conseil municipal de Tripoli a lancé un cri d’alarme: « Nous déclarons Tripoli ville sinistrée en raison de l’état critique des bâtiments menaçant de s’effondrer. Des milliers d’immeubles sont aujourd’hui en danger à cause de la négligence. »

Il a annoncé avoir placé la démission du conseil municipal à la disposition du ministre de l’Intérieur, appelant l’État à un plan d’urgence immédiat.

Sur le plan officiel, le président de la République, Joseph Aoun, a suivi l’évolution de la situation et ordonné la mobilisation de l’ensemble des services de secours, ainsi que la prise en charge et l’hébergement des habitants de l’immeuble sinistré et des bâtiments évacués.

Le Premier ministre, Nawaf Salam, a présenté ses condoléances aux familles des victimes et souhaité un prompt rétablissement aux blessés. Il a ordonné la mobilisation immédiate de la Défense civile, des équipes de secours et du ministère de la Santé, chargeant Bassam Naboulsi, secrétaire général du Haut comité de secours, ainsi que le responsable de l’Unité de gestion des catastrophes à la présidence du Conseil, de coordonner les opérations sur le terrain.

Des fonds ont été débloqués afin de sécuriser les bâtiments dangereux, avec un appel clair à ne pas politiser la catastrophe et à tenir les responsables de la négligence pour comptables.

Le ministère de l’Intérieur a confirmé que la Défense civile et les forces de sécurité ont été mobilisées sur instruction du ministre Ahmad Hajjar, tandis que le ministre de la Santé a assuré que tous les blessés seront pris en charge aux frais de l’État.

De son côté, le président du Parlement, Nabih Berri, a appelé l’ensemble des autorités concernées à faire de la restauration et du renforcement des bâtiments menaçant de s’effondrer à Tripoli une priorité nationale, soulignant qu’« il n’est plus acceptable de tarder, que ce soit pour sécuriser, restaurer ou héberger et indemniser rapidement les familles touchées ».

Une tragédie qui se répète

Ce drame survient deux semaines seulement après un précédent effondrement, le 24 janvier, dans le quartier de Qobbé, qui avait coûté la vie à deux personnes. Il ravive les inquiétudes sur l’état catastrophique du parc immobilier de Tripoli et l’inaction prolongée des autorités face à un danger devenu mortel.

 

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