Venezuela: report de l’adoption de la loi d’amnistie générale
Vue générale de l'Assemblée nationale lors d'un débat sur un projet de loi d'amnistie proposé par la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, à Caracas, le 12 février 2026. ©Photo by PEDRO MATTEY / AFP

L'Assemblée nationale vénézuélienne a reporté, faute de consensus, l'adoption de la loi d'amnistie générale devant conduire à des libérations massives de prisonniers politiques et promise, sous pression de Washington, par la présidente par intérim Delcy Rodriguez.

L'adoption a été repoussée «afin de préserver le climat de conciliation et de consensus nécessaire», a déclaré Jorge Arreaza, président de la commission en charge de la rédaction de la loi, après le vote à l'unanimité du report, assurant qu'elle figurerait à l'ordre du jour «de la prochaine séance de l’Assemblée nationale».

Cette décision a conduit une demi-douzaine de proches de détenus politiques à s'enchaîner près de l'entrée de la prison de Zona 7 de Caracas, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Des milliers de personnes ont par ailleurs participé dans la matinée à la première grande manifestation d'opposition depuis la chute de Nicolas Maduro, capturé par l'armée américaine le 3 janvier.

«Amnistie maintenant» a-t-on pu lire sur une banderole déployée à l'entrée de l'Université centrale du Venezuela (UCV) de Caracas, la plus grande du pays et le lieu d'une critique du chavisme, la doctrine d'inspiration socialiste fondée par le feu président Hugo Chavez (1999-2013).

«LE VENEZUELA SERA LIBRE ! Vive nos étudiants !», s'est réjouie la cheffe de l'opposition et prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado, sur X.

Dans un entretien à NBC diffusé jeudi mais enregistré mercredi, la présidente par intérim, répondant à une question sur la tenue d'élections, a répondu: «Absolument, conformément à la Constitution. Des élections libres et équitables. Cela implique aussi un pays libéré des sanctions. C’est la justice pour le Venezuela et la justice pour le peuple vénézuélien».

La loi d'amnistie était attendue par de nombreux citoyens. Elle avait été approuvée en première lecture le 5 février et devait être votée jeudi.

Les discussions à l'Assemblée nationale ont cependant achoppé sur son article 7 qui prévoit, en l'état, que les personnes amnistiées doivent «se mettre en règle».

«Cet article (dit) tout simplement que la personne qui va se prévaloir de la loi d'amnistie, en se mettant en règle, est coupable», s'est notamment insurgé le député Luis Florido, ajoutant que les détenus politiques étaient des «victimes (...) persécutées par la justice».

«Celui qui n'a commis aucun crime n'a pas à demander l'amnistie», a elle aussi souligné Iris Varela, ancienne ministre réputée appartenir à l'aile radicale du chavisme.

La députée d'opposition Nora Bracho a fait valoir que «le Venezuela a besoin de stabilité pour qu'il y ait une transition démocratique. Nous voulons une paix avec mémoire. La réponse ne peut pas être simplement de tourner la page».

«Nous ne votons pas seulement une loi, nous votons une opportunité historique pour le pays», avait-elle martelé avant le report.

Le procureur général Tarek William Saab, qui a participé à la consultation sur la loi, a estimé mercredi dans un entretien à l'AFP qu'il fallait «que tout soit débattu par le dialogue».

L'amnistie, a-t-il estimé, doit conduire à un geste des États-Unis : la libération du président déchu Maduro et son épouse, détenus à New York.

Le débat sur la loi d'amnistie coïncidait avec un déplacement de deux jours du ministre américain de l'Énergie Chris Wright, qui a visité des champs de pétrole jeudi en compagnie de la présidente par intérim. Mercredi, il avait évoqué un «tournant» dans les relation bilatérales, soulignant que «la mise en quarantaine du pétrole (vénézuélien) est pour l'essentiel terminée».

«Nous venons de terminer un programme très intense» avec M. Wright et «je dois avouer que j'ai ressenti une grande fierté (...) de pouvoir montrer la vérité du Venezuela, un Venezuela qui, malgré le blocus criminel contre notre pays, ne s'est pas rendu», a déclaré Mme Rodriguez jeudi à la télévision publique.

Le pouvoir a également organisé jeudi une manifestation qui a attiré des milliers de participants en cette journée de la Jeunesse.

Dans la manifestation d'opposition à l'UCV, Dannalice Anza, étudiante en géographie de 26 ans, a fait part de sa détermination.

«Nous avons passé beaucoup de temps dans la clandestinité, muets, silencieux face à tout ce que le Venezuela a vécu avec la répression (...) mais aujourd'hui nous nous levons», a-t-elle dit à l'AFP.

 

Par Ahiana FIGUEROA

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