Une Amérique plus mesurée mais qui ne dissipe pas les doutes, et une Europe mobilisée mais qui doit passer aux actes: Rachel Ellehuus, directrice générale du centre de recherche britannique Rusi, livre à l'AFP ses points clés de la conférence de Munich (MSC).
Les États-Unis rassurent à court terme
Un an après le discours incendiaire de JD Vance, les États-Unis ont «envoyé les adultes de l'administration Trump, le secrétaire d'État Marco Rubio et le sous-secrétaire à la Guerre Eldridge Colby», aux discours plus policés.
«Ils ont signalé qu'ils considèrent l'Europe comme un partenaire, que les États-Unis estiment que l'Otan est bénéfique pour eux et qu'ils veulent faire fonctionner ce partenariat», explique Mme Ellehuus, si les Européens se prennent en main.
M. Colby a eu des propos «très directs: les États-Unis ont beaucoup de responsabilités, les Européens sont assez riches, et il est temps pour l'Europe de prendre la conduite des opérations en matière de défense conventionnelle dans l'OTAN. Il est important de souligner qu'ils n'ont pas dit que les États-Unis allaient remballer le parapluie nucléaire».
Pour autant, de gros points d'interrogation demeurent sur la confiance à placer en Washington.
«J'ai participé à des réunions avec les pays nordiques, ils restent très préoccupés par le risque que le désir de Trump d'acheter le Groenland refasse surface et qu'il y ait d'autres surprises».
Par ailleurs, «Colby a employé le terme réalisme flexible. Je ne vois pas très bien comment le réalisme peut être flexible. Cela veut-il dire que l'on peut choisir quand on souhaite respecter les principes du réalisme ?», s'interroge Mme Ellehuus, inquiète que les États-Unis différencient «les bons membres de l'Otan qui ont fait des efforts, comme l'Allemagne et la Norvège qui vaudraient plus la peine d'être défendus que d'autres» qui font moins d'efforts, comme l'Espagne.
«Autre sujet de préoccupation : les nombreuses références de Rubio aux valeurs chrétiennes et aux liens civilisationnels entre les États-Unis et l'Europe» qui pourraient laisser craindre des ingérences américaines dans les élections en Europe au profit des mouvements d'extrême droite, selon Mme Ellehuus.
Les Européens apparemment décidés
Le chancelier Friedrich Merz a donné dans son discours «une impulsion très forte en faveur d'une Otan plus européenne. Keir Starmer a dit son désir d'une relation plus étroite avec l'Europe continentale et l'Union européenne, ce que j'ai trouvé assez audacieux politiquement. Et Emmanuel Macron a parlé d'une défense européenne, et non juste de l'UE, beaucoup plus inclusive pour les pays comme la Norvège, la Turquie et le Royaume-Uni», résume-t-elle.
«Tout cela constitue de bons pas en avant, les grands pays européens s'alignent davantage en faveur d'une défense européenne», y compris sur le volet nucléaire.
Mais il y a aussi des obstacles à surmonter selon elle: La France et le Royaume-Uni sont dans des mauvaises situations budgétaires limitant leur capacité d'investissement, la montée en puissance des dépenses de défense décidée dans le cadre de l'OTAN prend du temps, et les projets de coopération industrielle sont difficiles à mettre en place, etc.
La Chine en embuscade
Le ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi a proposé de renforcer les liens avec l'Allemagne, de «redémarrer» la relation avec le Canada, ou s'est encore dit prêt à fournir «une nouvelle aide humanitaire» à l'Ukraine, envahie par son partenaire russe.
Pékin est «enchanté d'occuper le siège que les États-Unis sont en train de libérer, de se présenter comme les gardiens du multilatéralisme. Personne n'y croit, mais ils ont présenté un visage très aimable qui pourrait être tentant pour certains».
Les Européens «sont conscients du risque mais pourraient se laisser tenter par les avantages économiques qu'une relation plus étroite avec la Chine, pensant probablement qu'ils peuvent en gérer les effets négatifs, faisant la même erreur que les États-Unis il y a quelques années», dit Mme Ellehus.
Négociations sur l'Ukraine
Les dirigeants européens ne croient pas en un cessez-le-feu prochain. «Le sentiment général était que la Russie n'était pas sincère quant à la fin de la guerre et que les négociations actuelles n'étaient qu'une tentative de sa part pour gagner du temps et poursuivre les combats».
Pour autant, nombre d'entre eux «ont tenté de contrecarrer le récit selon lequel les Russes sont en train de gagner», selon elle, en soulignant les pertes importantes subies pour des gains territoriaux minimes, la dégradation économique et la pression subie par la société russe. «Ce n'est pas exactement gagner».
AFP

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