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- Art Basel s’installe au Qatar
À la recherche d'acheteurs dans un marché de l'art au ralenti en Europe et en Amérique du Nord, galeristes et foires d'art contemporain se tournent vers les monarchies du Golfe, qui investissent également massivement dans la culture.
La prestigieuse foire suisse Art Basel, leader mondial du marché de l'art, qui se tient chaque année à Bâle mais aussi à Hong Kong, Miami et Paris, a lancé début février une nouvelle édition dans le riche émirat gazier du Qatar.
«Dès que vous atterrissez ici, vous percevez l'ambition. C'est l'avenir», explique à l'AFP depuis Doha Andisheh Avini, directeur de la galerie d'art new-yorkaise Gagosian.
«Nous voyons énormément de potentiel dans cette région et au Qatar», poursuit-il, expliquant qu'il est «extrêmement important» pour les galeries d'explorer de nouveaux bassins de consommateurs et de collectionneurs.
«C'est pour cela que nous sommes ici. Avec de la patience et une vision à long terme, je pense que cet endroit va devenir un pôle majeur», estime-t-il.
Selon le baromètre UBS 2025, publié par Art Basel, les ventes sur le marché de l'art mondial moderne et contemporain ont baissé de 12% en 2024 à 57,5 milliards de dollars.
Il pointe des ventes en diminution dans les marchés les plus actifs que sont l'Europe et l'Amérique du Nord.
«Le moment est venu»
«La valeur des ventes a diminué ces deux dernières années et je pense que nous sommes à un moment charnière en termes de confiance et d'activité sur le marché», décrypte pour l'AFP Noah Horowitz, directeur général d'Art Basel.
«Au regard des évolutions dans le secteur mondial de l'art, nous avons estimé que le moment était venu de nous implanter dans la région» Moyen-Orient, Afrique du Nord et Asie du Sud, confie-t-il à Doha.
Les monarchies du Golfe ont investi des milliards dans des musées et la culture pour diversifier leurs économies encore trop dépendantes des hydrocarbures.
En 2021, Abou Dhabi, où se trouve la seule antenne étrangère du célèbre musée parisien du Louvre, a annoncé un plan quinquennal de six milliards de dollars d'investissements pour développer ses industries culturelles et créatives.
Doha, qui a ouvert un Musée d'art islamique et un Musée national, a indiqué disposer d'un budget annuel d'environ un milliard de dollars pour l'acquisition d'œuvres.
Quant à l'Arabie saoudite, elle a annoncé l'an dernier que ses investissements culturels avaient dépassé 21,6 milliards de dollars depuis 2016.
À Art Basel Qatar, la galerie Gagosian a exposé des œuvres de l'artiste bulgare Christo.
Connu pour ses œuvres monumentales créées avec sa partenaire française Jeanne-Claude, comme l'empaquetage de l'Arc de Triomphe à Paris en 2021 ou du Reichstag à Berlin en 1995, le public à Doha a pu découvrir des sculptures enveloppées de taille plus modeste.
Elles ont attiré un «mélange intéressant» de visiteurs et d'acheteurs potentiels, constate M. Avini. Outre les Qataris, «vous rencontrez d'autres galeristes, d'Arabie saoudite et d'autres régions», se réjouit-il.
«Nouveaux publics»
Parmi les pièces de Christo exposées, figurent des «Barils de pétrole empaquetés», réalisés entre 1958 et 1961, après que l'artiste a fui le bloc communiste.
Les barils, revêtus d'un tissu rigidifié et noirci, évoquent les immenses richesses en hydrocarbures du Golfe.
Mais Vladimir Yavachev, neveu de Christo chargé de la succession du duo d'artistes, souligne que les œuvres ont été conçues sans «aucune connotation à l'industrie pétrolière ou critique».
«Il aimait vraiment les proportions de cet objet très simple, du quotidien», précise-t-il à propos de son oncle.
M. Horowitz perçoit l'émergence «de nouveaux publics» dans la région.
Hazem Harb, artiste palestinien, expose plusieurs œuvres à la foire Art Basel Qatar.
Parmi elles, des piles de grandes clés anciennes rappelant celles portées par les Palestiniens déplacés lors de la «Nakba» («Catastrophe» en arabe), qui a vu la fuite et l'expulsion d'environ 760.000 d'entre eux lors de la création de l'État d'Israël.
Une deuxième pile de clés modernes est constituée de répliques imprimées en 3D de la clé de l'appartement de l'artiste à Gaza, détruit récemment dans la guerre.
Une «révolution» est en cours dans l'art arabe, «du Caire à Beyrouth, en passant par Bagdad et le Koweït, il y a une nouvelle ère dans la culture et l'art», assure-t-il.
Par Callum PATON et Jacqueline PENNEY/AFP
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