Le Pakistan a bombardé vendredi plusieurs grandes villes afghanes, dont la capitale Kaboul, le gouvernement pakistanais ayant déclaré une «guerre ouverte» aux autorités talibanes à la suite d'une offensive afghane lancée la veille à sa frontière.
Longtemps proches, le Pakistan, puissance nucléaire, et l'Afghanistan s'affrontent sporadiquement depuis que les dirigeants talibans ont repris le contrôle de Kaboul en août 2021.
Le Pakistan accuse les autorités afghanes d'abriter des activistes armés qui lancent des attaques sur le territoire pakistanais, ce que l'Afghanistan dément.
La plupart de ces hostilités ont été revendiquées par les talibans pakistanais (TTP), groupe armé qui se réclame de la même idéologie que les talibans afghans.
Des coups de feu et des tirs d'artillerie ont été entendus vendredi par des journalistes de l'AFP en territoire afghan, près du poste-frontière stratégique de Torkham, l'un des rares restés ouverts entre Afghanistan et Pakistan.
Près du poste-frontière, le camp d'Omari, qui accueille des Afghans rapatriés en masse du Pakistan, a essuyé des tirs nocturnes, poussant des personnes à fuir.
«J'ai vu du sang, (des tirs) ont blessé deux ou trois enfants et deux ou trois femmes», a déclaré vendredi à l'AFP Gander Khan, rapatrié afghan de 65 ans.
Les heurts se sont intensifiés dernièrement. Depuis les combats d'octobre, qui ont fait 70 morts de part et d'autre, la frontière commune reste largement fermée.
«Guerre ouverte»
Le Pakistan a frappé dans la nuit Kaboul, Kandahar et la province frontalière de Paktia (est). Une «réponse appropriée» à l'attaque afghane de la veille, selon le ministre pakistanais de l'Intérieur Mohsin Naqvi.
«Notre patience a atteint ses limites. C'est désormais la guerre ouverte entre nous et vous», a déclaré le ministre de la Défense pakistanais, Khawaja Asif, sur X.
«Nos troupes ont toute la capacité nécessaire pour écraser toute ambition agressive», a renchéri le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, sur le compte X de son gouvernement.
À Kandahar (sud), Zabihullah Mujahid, porte-parole des autorités talibanes, a répondu que son gouvernement souhaitait résoudre le conflit par le «dialogue».
«Nous avons insisté à plusieurs reprises sur la nécessité d'une solution pacifique et souhaitons toujours que le problème soit résolu par le dialogue», a déclaré M. Mujahid lors d'une conférence de presse.
La présidente du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a appelé vendredi à la «désescalade».
«Nous assistons à une grave escalade des hostilités entre l'Afghanistan et le Pakistan (...). Aucune réponse humanitaire ne saurait remplacer la volonté politique de respecter les règles de la guerre et de privilégier la désescalade», a souligné Mirjana Spoljaric dans un communiqué.
Des journalistes de l'AFP à Kaboul ont entendu plusieurs violentes explosions, ainsi que des avions de chasse tôt vendredi.
À Kandahar, où réside le chef suprême des talibans Hibatullah Akhundzada, un autre journaliste de l'AFP a également indiqué avoir entendu des avions.
Vendredi matin, les rues de Kaboul étaient calmes après le lever du jour en ce mois de ramadan. Des journalistes de l'AFP n'ont pas observé de présence renforcée des forces de sécurité dans la ville.
En réponse aux bombardements nocturnes, les autorités talibanes ont annoncé vendredi de nouvelles frappes à «grande échelle contre des positions» pakistanaises.
Poste-frontière
Jeudi, l'armée afghane avait lancé des «attaques massives» à la frontière, en riposte à des bombardements pakistanais le week-end dernier.
Islamabad avait assuré vouloir viser des camps «terroristes» en réponse à des attentats-suicides au Pakistan. Selon une source sécuritaire pakistanaise, «plus de 80» membres de groupes armés ont été tués dans ces bombardements.
Le gouvernement taliban a confirmé vendredi les frappes pakistanaises.
Le ministère afghan de la Défense a indiqué que huit de ses soldats avaient été tués lors de l'offensive terrestre de jeudi.
Le chef du service de communication de l'armée pakistanaise, le général Ahmed Sharif Chaudhry, a déclaré aux journalistes vendredi que «274 membres du régime taliban et terroristes» avaient été tués, ainsi que 12 soldats pakistanais lors des dernières opérations.
Il est difficile de vérifier de manière indépendante les bilans des pertes annoncés par chacune des parties.
Le ministère pakistanais de l'Information a accusé l'Afghanistan d'avoir «ouvert le feu unilatéralement».
Offres de médiation
Selon la mission de l'ONU en Afghanistan, les bombardements du week-end dernier ont tué au moins 13 civils. Pour sa part, le gouvernement taliban a affirmé qu'au moins 18 personnes avaient péri.
Avec ces raids nocturnes, «le Pakistan semble avoir étendu ses frappes, qui ne visent plus seulement le TTP (talibans pakistanais) mais désormais aussi le régime taliban», a observé sur X Michael Kugelman, spécialiste de l'Asie du Sud, notant une «escalade significative et dangereuse».
L'Arabie saoudite et le Qatar multiplient les contacts diplomatiques pour mettre fin aux combats meurtriers entre le Pakistan et l'Afghanistan, a indiqué vendredi à l'AFP une source proche des négociations.
Une brève trêve entérinée le 19 octobre avait été jugée caduque neuf jours plus tard par Islamabad qui avait accusé l'Afghanistan d'orchestrer des attentats menés par les TTP.
AFP



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