Jusqu’ici, l’escalade entre l’Iran et les États-Unis était surtout perçue comme une menace pour le marché pétrolier. Elle frappe désormais de plein fouet celui du gaz.
Lundi, des frappes iraniennes ont visé les installations gazières de Ras Laffan et de Mesaïed, au Qatar. À la suite de ces attaques, QatarEnergy a annoncé la suspension totale de la production de gaz naturel liquéfié (GNL) et de ses dérivés.
Le choc est immense : en quelques heures, le marché mondial a perdu près d’un cinquième de l’offre mondiale de GNL. Le Qatar est en effet le deuxième exportateur mondial, derrière les États-Unis. L’Union européenne dépend de ce fournisseur pour environ 14 % de ses importations de GNL, tandis que l’essentiel du reste de la production qatarienne est destiné à l’Asie, notamment la Chine et le Japon, qui absorbent à eux seuls près de 82 % des exportations vers cette région.
Le GNL pris au piège du détroit d’Ormuz
La crise énergétique actuelle s’explique par un double choc. D’une part, l’arrêt de la production qatarienne. D’autre part, le blocage du détroit d’Ormuz par Téhéran empêche pratiquement l’exportation des cargaisons disponibles.
Conséquence : les livraisons vers des marchés majeurs — Chine, Inde, Japon ou encore plusieurs pays européens — se retrouvent brutalement interrompues.
Contrairement au pétrole, qui peut parfois être redirigé par oléoduc, le GNL ne dispose d’aucune alternative terrestre. Il doit impérativement être transporté par méthaniers et franchir ce goulet d’étranglement stratégique.
Face à cette pénurie soudaine, une véritable course mondiale au gaz s’est engagée. Acheteurs asiatiques et européens rivalisent pour sécuriser des cargaisons auprès de fournisseurs alternatifs, notamment aux États-Unis et en Australie. Dans ce marché sous tension extrême, chaque cargaison devient un enjeu stratégique.
L’Europe sous pression énergétique
L’arrêt de la production qatarienne a immédiatement secoué les marchés européens. Les prix du gaz ont bondi de près de 50 % en une seule journée, dépassant 46 euros le MWh.
La situation est d’autant plus préoccupante que les stocks européens sont tombés sous la barre des 30 %. Selon plusieurs analystes, si la crise devait durer, les prix pourraient atteindre 80 à 100 euros le MWh.
La tension se répercute aussi sur le transport maritime : dans l’Atlantique, la location d’un méthanier dépasse désormais 200 000 dollars par jour, soit presque le double en seulement 24 heures.
Malgré cette flambée, les prix restent encore 87 % en dessous du pic atteint lors de la crise énergétique provoquée par l’invasion russe de l’Ukraine.
Inflation et croissance : les risques pour l’économie européenne
Une hausse durable des prix du gaz pourrait avoir des répercussions macroéconomiques importantes. Selon certaines estimations, elle pourrait augmenter l’inflation dans la zone euro d’environ 0,8 % tout en amputant la croissance de 0,6 %.
Avec une inflation déjà proche de 2,4 %, un tel choc énergétique pourrait pousser les banques centrales à resserrer à nouveau leur politique monétaire.
L’Inde commence à rationner le gaz
La situation est d’autant plus délicate que le commerce du GNL repose largement sur des contrats de long terme, souvent conclus pour plusieurs décennies entre producteurs et acheteurs.
Dans ce contexte, l’arrêt d’un fournisseur majeur comme le Qatar peut provoquer de fortes perturbations dans les chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales.
En Inde, certaines entreprises ont déjà commencé à rationner le gaz, réduisant les volumes livrés à plusieurs industries afin de faire face à la tension sur l’offre.
La stratégie énergétique de Téhéran
Pour l’Iran, la crise énergétique constitue aussi un levier stratégique. Téhéran espère qu’une flambée des prix de l’énergie alimentera l’inflation en Occident et accentuera les tensions économiques chez les alliés de Washington dans le Golfe.
Mais cette stratégie comporte un revers : l’arrêt des exportations pétrolières iraniennes pèse également sur l’économie du pays, déjà fortement fragilisée par les sanctions et les déséquilibres internes.




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