Irak: un groupe armé pro-iranien s'engage, sous conditions, à ne pas viser l'ambassade américaine
Des membres des Brigades du Hezbollah (Kataëb Hezbollah) défilent lors des funérailles de combattants tués dans une frappe aérienne américano-israélienne contre leur quartier général à Al-Qaim, près de la frontière syrienne, lors d’une cérémonie à Bagdad le 2 mars 2026. ©Ahmad Al-Rubaye / AFP

Un influent groupe armé irakien pro-iranien, les Brigades du Hezbollah, s'est engagé tôt jeudi à cesser pendant cinq jours les attaques contre l'ambassade américaine à Bagdad, tout en présentant une série de conditions.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, aucun tir de drone ou de roquette n'a été recensé dans l'immédiat par l'AFP sur l'ambassade américaine de Bagdad.

Avec la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par une attaque israélo-américaine contre l'Iran, l'Irak a été aspiré dans un conflit qu'il voulait éviter à tout prix.

Des groupes irakiens pro-iraniens revendiquent quotidiennement des attaques contre des militaires américains ou des sites pétroliers, tandis que ces factions armées sont visées par des frappes imputées à Washington ou Israël.

«Le secrétaire général des Brigades du Hezbollah a donné pour ordre d'arrêter de prendre pour cible l'ambassade américaine à Bagdad pendant cinq jours», indique un communiqué.

Le texte cite plusieurs conditions:tout d'abord «d'empêcher l'entité sioniste (Israël, ndlr) de bombarder la banlieue (sud) de Beyrouth.»

Mais aussi un engagement des adversaires – qui ne sont pas nommés – «à ne pas bombarder les zones résidentielles à Bagdad ou dans les provinces» irakiennes.

À chaque fois que «l'ennemi ne respectera pas» cette trêve, «la riposte sera immédiate», avertit le groupe «avec une montée en intensité des frappes après la fin du délai» de cinq jours.

Plusieurs fois l'ambassade américaine a été la cible d'attaques de drones et de roquettes ces derniers jours, la plupart interceptées par les défenses antiaériennes.

De même, un centre diplomatique et logistique américain à l'aéroport international de Bagdad qui accueille des militaires a aussi été régulièrement visé.

Dans le nord de l'Irak, des journalistes de l'AFP ont mercredi matin entendu plusieurs explosions à Erbil, capitale du Kurdistan autonome. Les défenses anti-aériennes ont été activées pour abattre des projectiles, mais il n'était pas clair dans l'immédiat quelle était la cible de cette attaque.

Erbil abrite un consulat américain et dans son aéroport international stationnent des troupes de la coalition internationale antijihadiste emmenée par Washington.

Et trois combattants du Hachd al-Chaabi, alliance d'anciens paramilitaires irakiens — englobant aussi des groupes armés pro-iraniens — ont été tués mercredi dans une frappe sur l'ouest, d'après un communiqué.

Défis économiques

L'impact de la guerre régionale est aussi économique.

Les centrales électriques en Irak ont été privées mercredi de leur crucial approvisionnement en gaz iranien, qui s'est «totalement interrompu» alors que Téhéran a rapporté une frappe sur des infrastructures gazières.

Le ministère de l'Electricité irakien a annoncé que «les livraisons de gaz iranien ont été totalement interrompues», citant sans détailler «les développements dans la région».

Téhéran avait plus tôt dénoncé une frappe israélo-américaine sur ses installations sur un important site gazier du Golfe, le South Pars/North Dome, partagé avec le Qatar.

La suspension du gaz iranien prive le réseau électrique irakien de 3.100 mégawatts, a expliqué le porte-parole du ministère, Ahmad Moussa, cité par l'agence de presse étatique INA.

Il pronostique «des répercussions» sur l'approvisionnement électrique, mais assure que son ministère va compenser cette pénurie de gaz avec «du carburant alternatif».

L'Irak s'approvisionne en électricité et en gaz chez son voisin iranien, couvrant un tiers de ses besoins énergétiques.

Avec cette nouvelle crise, Bagdad aura à peine eu le temps de se réjouir de la reprise, mercredi matin, d'une fraction de ses exportations pétrolières:totalisant d'ordinaire 3,5 millions de barils de pétrole par jour (bpj), elles étaient jusqu'à présent à l'arrêt à cause du blocage du détroit d'Ormuz, qui a contraint les autorités irakiennes à chercher des routes alternatives.

L'Irak a toutefois annoncé que 250.000 bpj vont être acheminés jusqu'au port turc de Ceyhan, grâce à un oléoduc traversant le Kurdistan autonome (nord).

Cette relance, «après une période d'interruption qui a représenté un grand défi pour le secteur pétrolier», s'est faite grâce à un «accord entre le gouvernement fédéral et le gouvernement de la région du Kurdistan», précise un communiqué officiel.

AFP

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