Précision, visibilité, durée de vol: malgré les progrès technologiques dans l’armement de pointe, les conditions météorologiques exercent-elles encore des limites aux opérations de bombardement aérien? Une question plus complexe qu’il n’y paraît, car elle dépend de nombreux facteurs.
Parmi les variables, il faut notamment distinguer le type d’appareil utilisé, les différents paramètres météorologiques, ou encore la catégorie de munitions.
«Toutes les bombes n’ont pas besoin d’avoir une bonne météo», explique à Ici Beyrouth un expert militaire en aéronautique qui a requis l’anonymat, «c’est important essentiellement pour les bombes de précision qui ont besoin de voir leur cible pour frapper, comme celles guidées par laser, ou par imagerie infrarouge ou optique».
Un impact différent selon la munition
On distingue ainsi différents systèmes de guidage de bombes :
– Les bombes guidées par laser : la cible est éclairée par un faisceau laser invisible qui peut être émis par l’avion lui-même, un drone ou des forces spéciales au sol. La bombe va alors suivre la réflexion de ce laser jusqu’à l’impact.
– Les bombes guidées par imagerie optique ou infrarouge : la bombe possède une caméra ou un capteur infrarouge qui reconnaît la cible.
– Les bombes guidées par GPS : la bombe rejoint les coordonnées GPS de la cible.
– Les munitions guidées par radar : la munition possède un radar embarqué qui détecte la cible.
Certaines munitions combinent également plusieurs systèmes de guidage en même temps pour assurer une meilleure fiabilité. L’impact météorologique dépend ainsi du système de guidage utilisé.
«Pour le guidage laser, les nuages doivent être au-dessus de la bombe, pour bien s’assurer qu’elle capte le signal laser au sol», souligne l’expert. «Pour l’imageur optique ou infrarouge, c’est un capteur passif, mais il faut qu’il ait le temps de traiter l’image qu’il reçoit. Il doit être en capacité de reconnaitre sa cible, ce qui nécessite un traitement de l’image, et si les nuages sont trop bas, il ne pourra pas le faire», poursuit-il.
Ce contact «visuel» entre la bombe et sa cible n’est cependant pas forcément nécessaire pour toutes les munitions. «Pour les bombes guidées par GPS en revanche, la visibilité n’est pas un problème. Les munitions guidées par imagerie radar fonctionnent également, même s’il y a des nuages» confirme l’expert.
En termes de visibilité, «la meilleure condition météo est donc que les nuages soient suffisamment haut dans le ciel pour pouvoir agir le plus efficacement», estime-t-il.
Le vent, un facteur déterminant ?
Parmi les paramètres météorologiques potentiels, le vent paraît comme l’un des obstacles les plus évidents, mais son impact varie selon le type d’armement utilisé. «Le vent peut être plus ou moins un facteur en fonction de la munition », estime l’expert, pour qui «cela concerne surtout les munitions les plus anciennes».
«Il peut par exemple écarter une bombe de sa trajectoire ou dégrader beaucoup de son énergie à l'impact. Certaines catégories de bombes peuvent corriger leur trajectoire durant leur descente, mais si on dépasse des gabarits de vent précis, la bombe risque de frapper à côté», explique-t-il.
Le vent exerce également une influence importante sur les appareils les plus légers comme les drones. «De manière générale, s’il y a beaucoup de vent, ce n’est pas un temps adapté pour les drones», confirme l’expert.
«Pour le reste, cela dépend des types de drones utilisés. En Ukraine, par exemple, ils utilisent des drones guidés à vue, qui sont donc impactés par les nuages. A contrario, les drones de type Shahed sont guidés par GPS, donc ils n’ont pas de problème de visibilité. En revanche ils ne peuvent pas être utilisés sur de longues distances s’il y a trop de vent de face, par exemple», poursuit-il.
Des paramètres généralement combinés
Avec les avancées technologiques, ce n’est souvent pas un seul facteur qui limite les opérations de bombardement, mais plutôt la combinaison de plusieurs d’entre eux. La pluie, le brouillard et la position du soleil comme les nuages peuvent ainsi réduire la visibilité et gêner les frappes de précision.
Des vents violents ou des tempêtes peuvent dévier la trajectoire des bombes, empêcher les vols de drones ou compliquer la manœuvre des avions. Les fortes chaleurs réduisent la densité de l’air, ce qui diminue la portance des ailes et la performance des moteurs, rendant le décollage plus difficile. Au Moyen-Orient, les tempêtes de sable ont également un impact, limitant fortement la visibilité et pouvant provoquer une usure accélérée des matériaux de l’avion, notamment dans le moteur.
Lorsque plusieurs de ces conditions sont cumulées, des opérations de bombardement peuvent ainsi être retardées, reportées ou modifiées. Ce fut notamment le cas durant la première guerre du Golfe, où le brouillard et des tempêtes de sable ont fortement perturbé les forces américaines.
Un facteur financier
L’influence de la météo sur les opérations de bombardement dépend également d’un autre paramètre plus pragmatique : le coût des armements. «Dans tous ces systèmes de guidage, il y a une question de prix», souligne l’expert, «la bombe à guidage laser est la moins chère du lot, mais l’avion doit aller jusqu’à son point de tir. Les missiles balistiques peuvent, eux, aller plus loin, et l'on doit multiplier les systèmes de guidage afin de s’assurer qu’ils atteignent la cible».
Dans le cadre d’un conflit de longue durée, ou pour des opérations qui nécessitent des frappes massives, les forces armées peuvent ainsi privilégier l’utilisation de munitions plus rustiques. Mais ces dernières sont souvent aussi les plus sensibles aux conditions météorologiques. Ainsi, en cas d’orage par exemple, les opérations de bombardement peuvent être limitées ou reportées.
Une situation que l’on peut observer au Liban durant les jours et les nuits d’orages, où les drones et les frappes israéliennes se font généralement plus rares. En ces temps troublés, il ne nous reste donc à lever les yeux vers le ciel.




Commentaires