Hongrie: Viktor Orban reconnaît sa défaite aux législatives, victoire historique de Peter Magyar
Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán s'adressant à ses partisans au centre Balna à Budapest, concédant sa défaite aux élections législatives en Hongrie, le 12 avril 2026. ©ATTILA KISBENEDEK / AFP

Le Premier ministre hongrois sortant, Viktor Orban, a reconnu sa défaite aux législatives de dimanche lors d’un bref discours dans son QG de campagne.

«Les résultats des élections, bien que non encore définitifs, sont clairs; pour nous, ils sont douloureux mais sans ambiguïté. Nous n’avons pas reçu la responsabilité ni la possibilité de gouverner», a dit le dirigeant nationaliste au pouvoir depuis 16 ans, ajoutant avoir «félicité le parti vainqueur».

Plus tôt, son opposant, le conservateur pro-européen Peter Magyar, avait annoncé avoir reçu un appel de Viktor Orban pour le féliciter de sa victoire aux législatives, dans un post sur Facebook, où il a aussi écrit «Merci la Hongrie».

Selon les données du Bureau électoral, après dépouillement de 66,69% des bulletins de vote, le parti Tisza de Peter Magyar peut se prévaloir de 137 des 199 sièges de l’assemblée hongroise, soit une super-majorité des deux tiers lui laissant les mains libres pour des réformes constitutionnelles.

"Un immense soulagement" et "une victoire pour la démocratie"

La défaite du Premier ministre hongrois, proche de Donald Trump et de Vladimir Poutine, a été saluée dimanche soir au sein des institutions européennes.

"La Hongrie a choisi l'Europe", et "ce soir, le coeur de l'Europe bat un peu plus vite en Hongrie", s'est réjouie la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, à l'annonce des résultats, devançant le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz ou le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, qui ont également adressé leurs félicitations à Peter Magyar. 

 

"La place de la Hongrie est au coeur de l'Europe", a abondé la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, tandis que le président du Conseil de l'Union européenne, Antonio Costa, saluait "l'esprit démocratique" du peuple hongrois.

Le président français Emmanuel Macron a déclaré s’être entretenu dimanche avec Peter Magyar «pour le féliciter de sa victoire en Hongrie» lors des législatives qui l’opposaient au Premier ministre sortant Viktor Orban.

 

Le chancelier allemand Friedrich Merz a, de son côté, appelé Peter Magyar à «joindre ses forces pour une Europe unie».

 

Pendant toute la campagne des législatives, les dirigeants de l'UE avaient dû observer une stricte réserve et s'abstenir de tout commentaire politique, comme c'est la règle pendant les campagnes électorales nationales.

Mais ils n'avaient pas caché ces dernières semaines leur agacement grandissant face à l'attitude de plus en plus hostile de Viktor Orban, plus proche allié de la Russie au sein de l'Union européenne, qui a notamment bloqué le versement d'un prêt européen de 90 milliards d'euros à l'Ukraine après l'avoir pourtant approuvé en décembre dernier.

Peter Magyar, l'homme du sérail tombeur de Viktor Orban

En à peine deux ans, Peter Magyar, novice en politique, a relancé un parti moribond, Tisza, pour mener l'assaut et faire tomber la forteresse Viktor Orban, qui briguait un cinquième mandat consécutif de Premier ministre après avoir mis la Hongrie en coupe réglée.

Communicant habile sur les réseaux sociaux comme sur le terrain qu'il a parcouru sans relâche, ce conservateur de 45 ans a séduit en promettant un changement total, jurant de démanteler "brique par brique" le système mis en place par M. Orban, auquel il a pourtant été étroitement lié jusqu'à récemment.

En 2022, il applaudissait encore un discours de Viktor Orban, assis au premier rang avec Judit Varga, alors son épouse et ministre de la Justice. Mais ne se privait déjà pas de donner des coups de griffes à la galaxie Orban.

"Ils m'appelaient +l'éternelle opposition+ au sein du Fidesz", le parti au pouvoir, se targuait-il auprès de l'AFP en 2024, peu après son irruption sur le devant de la scène politique.

Son statut d'"ancien initié" a contribué à son ascension fulgurante, estime Andrzej Sadecki, analyste au Centre d'études de l'Est (OSW) à Varsovie.

"Il paraît plus convaincant aux yeux de certains anciens électeurs du Fidesz quand il affirme que le système est pourri de l'intérieur", ajoute l'expert, estimant que "d'une certaine manière, Magyar, c'est Orban il y a 20 ans, sans tout le bagage, la corruption et les erreurs commises au pouvoir".

Né le 16 mars 1981 dans une famille de conservateurs influents, Peter Magyar s'intéresse à la politique dès le plus jeune âge.

Pendant ses années universitaires, où il étudie le droit, il se lie d'amitié avec Gergely Gulyas, l'actuel chef de cabinet d'Orban, et rencontre sa future épouse, avec laquelle il a eu trois enfants.

Après avoir travaillé comme avocat, il devient père au foyer à Bruxelles lorsque Judit Varga est embauchée en 2009 comme assistante d'un député européen Fidesz.

Au retour au pouvoir de Viktor Orban en 2010, il est nommé diplomate chargé des affaires européennes.

La famille revient en Hongrie en 2018, lorsque Judit Varga est nommée secrétaire d'Etat, puis ministre de la Justice.

Peter Magyar prend de son côté la tête de l'organisme de prêts étudiants Diakhitel Kozpont et siège au conseil d'administration de plusieurs autres entreprises publiques.

Inconnu du grand public avant début 2024, quand il dénonce au grand jour le système Orban, dans le sillage d'un scandale retentissant de grâce accordée dans une affaire de pédocriminalité, il affirmait alors ne pas avoir d'ambition politique.

Quelques semaines plus tard, il organisait son premier rassemblement, attirant des dizaines de milliers de personnes.

Peter Magyar a rapidement été perçu comme "courageux, dans l'action et prêt à prendre des risques personnels", estime Veronika Kovesdi, spécialiste des médias à l'université ELTE de Budapest.

Sa communication sur les réseaux sociaux a eu un grand écho "émotionnel", selon elle, et contribué à l'émergence d'une communauté forte de soutiens.

Il prend rapidement les rênes d'un parti jusque-là en sommeil, Tisza, qui réussit à arriver en deuxième position aux élections européennes de 2024, derrière la coalition au pouvoir.

A mesure que sa popularité grandissait, Peter Magyar s'est retrouvé confronté à une série d'accusations, notamment celle de violences domestiques de la part de Judit Varga, dont il a divorcé en 2023, un "tsunami de haine et de mensonges", selon lui.

Pour Mme Kovesdi, cela a peut-être contribué à "le légitimer davantage".

Côté programme, Peter Magyar propose d'améliorer les services publics comme la santé et l'éducation, dans un état lamentable, et de lutter contre la corruption qui "est partout".

Il a également esquissé une politique étrangère pro-occidentale, affirmant qu'il s'efforcerait de faire de la Hongrie un allié fiable de l'Otan et un membre loyal de l'UE.

Comme M. Orban, il refuse l'envoi d'armes à l'Ukraine et s'oppose à une intégration rapide du pays dans l'UE, même s'il ne partage pas sa rhétorique hostile envers Kiev.

Il défend des positions très strictes sur l'immigration, tandis que sur les droits LGBT+, attaqués par Viktor Orban, il se montre vague, sans doute pour éviter de braquer l'électorat le plus conservateur, selon Andrea Virag, la directrice stratégique du groupe de réflexion libéral Republikon.

"Certains doutent de sa capacité à opérer une véritable rupture avec le régime d'Orban" et "les électeurs de gauche ne sont peut-être pas entièrement satisfaits de son programme, mais ils le soutiennent quand même, car il représente la meilleure chance de changement", souligne M. Sadecki.

AFP

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