Au début d’une visite historique en Algérie, Léon XIV appelle au «pardon»
Le pape Léon XIV se rend au monument aux martyrs de Maqam Echahid à El Madania, près d’Alger, le 13 avril 2026. Le pape Léon XIV entame aujourd’hui une visite de 11 jours en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale, pour son premier grand voyage international depuis son accession au pontificat l’année dernière. ©ALBERTO PIZZOLI / POOL / AFP

Léon XIV a appelé lundi au «pardon» dès son arrivée pour une visite historique en Algérie, la première d’un pape dans le pays musulman, perturbée avant même son début par de vives critiques du président américain.

Dans l’avion le menant de Rome à Alger, première étape d’une tournée de 11 jours dans quatre pays d’Afrique, le pontife américain a répondu aux journalistes l’accompagnant qu’il n’avait pas «l’intention d’entrer dans un débat» avec Donald Trump et qu’il n’avait pas «peur» de son administration.

Dans un contexte international tendu par la guerre au Moyen-Orient, le président américain s’est livré à une violente diatribe contre le pape, disant ne pas être «un grand fan» de lui. Léon XIV avait auparavant prononcé une allocution contre le conflit.

«Le pape Léon est FAIBLE face à la criminalité, et catastrophique en matière de politique étrangère», a ensuite écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Répondant à ces critiques, les évêques italiens et américains ont apporté leur soutien au chef de l’Église catholique, tandis que la Première ministre italienne Giorgia Meloni, pourtant proche de M. Trump, lui a souhaité un voyage fructueux, dans ce qui peut être interprété comme un geste de soutien au pape.

Au premier jour de sa visite de deux jours en Algérie, ce dernier a rendu hommage, devant le monument des martyrs à Alger, aux victimes de la sanglante guerre d’indépendance contre la France (1954-62), un geste de reconnaissance de la douloureuse histoire nationale.

Par un temps pluvieux et sous haute sécurité, Léon XIV, visiblement ému, y a déposé une gerbe de roses blanches avant de s’y recueillir en silence quelques instants.

«Esprit réconcilié» 

La «paix qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié n’est possible que par le pardon», a-t-il déclaré en anglais, appelant à ne «pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération».

La colonisation de l’Algérie par la France, à partir de 1830, a été marquée par des tueries massives et la destruction de ses structures socio-économiques, ainsi que par des déportations à grande échelle, selon des historiens.

Quelques minutes plus tôt, le pape avait été accueilli avec les honneurs par le président Abdelmadjid Tebboune. L’évêque de Rome prononcera ensuite un discours devant les autorités et le corps diplomatique.

L’après-midi, il visitera la Grande Mosquée, complexe monumental au plus haut minaret du monde (267 m), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d’Afrique, site chrétien emblématique du pays qui surplombe la baie d’Alger.

Au cours d’une célébration à dimension interreligieuse mêlant chrétiens et musulmans, le chef des 1,4 milliard de catholiques y lancera un appel à la fraternité dans le pays où l’islam sunnite est religion d’État et où les catholiques représentent moins de 0,01 % de la population de 47 millions d’habitants.

Ce déplacement ouvre la première grande tournée internationale du pape de 70 ans, qui le conduira ensuite au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale (13-23 avril), un périple de 18.000 km à l’agenda très dense.

Fleurs et drapeaux 

Pour cette visite historique, Alger a sorti ses plus beaux atours et les routes ont été ornées de fleurs et de drapeaux jaune et blanc du Vatican. Aucun bain de foule n’est cependant prévu dans la capitale.

Lundi, Léon XIV se recueillera aussi en privé dans la chapelle des 19 «martyrs d’Algérie», des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002).

Dans un pèlerinage à la dimension plus personnelle, le pape se rendra mardi à Annaba (est), près de la frontière tunisienne, l’antique Hippone dont Saint Augustin (354-430), grand penseur chrétien, fut l’évêque.

Ce voyage en Algérie «est très spécial», a dit Léon avant son arrivée en Algérie. Saint Augustin, dont l’héritage irrigue son pontificat, est «un pont très important dans le dialogue interreligieux», a-t-il ajouté.

Aussitôt après son élection en mai 2025, depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre, Léon XIV s’était présenté comme «un fils de Saint Augustin» en référence à l’ordre qui porte son nom.

Avant son élection à la tête de l’Église catholique en mai 2025, Robert Francis Prevost s’était rendu deux fois en Algérie, en tant que responsable de cet ordre, fondé au XIIIe siècle sur des préceptes de vie commune et de partage.

AFP

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