Apple: Tim Cook s’en va après avoir invité à «décrocher» des écrans
Le PDG d’Apple, Tim Cook, fait un geste en quittant une réception de dirigeants d’entreprise en présence du président des États-Unis, en marge du Forum économique mondial (WEF) à Davos, le 21 janvier 2026. ©Fabrice Coffrini / AFP

Il y a quelques semaines, le dirigeant d'Apple invitait à passer plus de temps dehors, loin des écrans. Une déclaration remarquée pour celui qui, depuis quinze ans, dirige l’entreprise dont les produits occupent une place majeure dans le quotidien de millions d’utilisateurs. Le désormais ex-patron quittera ses fonctions en septembre.

Le patron d’Apple s’apprête à tourner une page importante de l’histoire du groupe. Présent dans l’entreprise depuis 1998, il en prend la direction générale en 2011 après la démission de Steve Jobs, alors très affaibli par la maladie, décédé le 5 octobre 2011. Quinze ans plus tard, il quittera ce poste le 1ᵉʳ septembre 2026 et deviendra président exécutif du conseil d’administration. Sa succession est déjà organisée avec la nomination de John Ternus, cadre interne et actuel responsable de l’ingénierie matérielle.

Une entreprise devenue incontournable

Sous la direction du dirigeant américain, Apple a changé de dimension. Le chiffre d’affaires annuel est passé d’environ 108 milliards de dollars en 2011 à plus de 416 milliards en 2025, la capitalisation boursière ayant bondi d’environ 350 milliards à plus de 4 000 milliards de dollars. L’entreprise compte aujourd’hui plus de 2,5 milliards d’appareils actifs dans le monde, un écosystème qui constitue le socle de sa puissance.

Le responsable sortant a consolidé ce modèle en développant les services, qui représentent désormais une part essentielle des marges du groupe, et en renforçant une organisation industrielle qualifiée de très maîtrisée. L’iPhone reste au cœur de l’activité, avec des ventes toujours déterminantes, comme l’a montré encore début 2026 un trimestre record à plus de 85 milliards de dollars pour ce seul produit.

Son mandat est aussi marqué par l’installation de produits devenus incontournables dans l’offre Apple. L’Apple Watch domine le marché des montres connectées, alors que les AirPods se sont imposés comme un standard. Plus récemment, le casque Vision Pro a été présenté comme une nouvelle étape, sans rencontrer pour l’instant l’adhésion attendue.

L’angle mort de l’intelligence artificielle

C’est sur le terrain de l’intelligence artificielle que le débat s’est installé. Apple a été bousculé par l’arrivée des modèles génératifs, qui ont pris de court une partie de la Silicon Valley et obligé le groupe à réorganiser ses priorités. Depuis, l’entreprise a intensifié ses investissements et multiplié les initiatives, avec des acquisitions ciblées et des partenariats technologiques, notamment pour renforcer les capacités de son assistant Siri.

Malgré ces efforts, Apple reste souvent perçu comme en retrait face à des concurrents comme Google ou Microsoft, qui investissent massivement et déploient rapidement leurs solutions. Le groupe privilégie une approche différente, en intégrant l’intelligence artificielle directement dans ses produits plutôt qu’en la présentant comme un service autonome. Cette stratégie plus progressive s’accompagne de retards visibles, notamment sur la refonte de Siri ou sur certaines fonctionnalités annoncées mais encore absentes.

En interne, Apple a également dû revoir sa feuille de route, en particulier après l’abandon de projets ambitieux comme la voiture autonome. Certaines initiatives liées à l’intelligence artificielle ont été repensées pour être intégrées au cœur des appareils plutôt que développées à part.

Une transition sans rupture annoncée

L’annonce du départ du dirigeant a suscité des réactions mesurées sur les marchés financiers, avec un léger recul du titre Apple après la clôture. Du côté des partenaires industriels, comme en Asie, les premières réactions sont restées prudentes, dans l’attente de voir comment s’inscrira la stratégie du futur dirigeant.

Le choix de John Ternus, figure interne de longue date, confirme une volonté de continuité. Ingénieur de formation, il a participé au développement de plusieurs générations d’iPhone, de Mac et d’Apple Watch, et incarne une ligne centrée sur le produit et l’exécution.

Quelques semaines avant cette annonce, le patron d’Apple s’était exprimé dans une interview télévisée pour évoquer les usages liés aux technologies. Il y appelait à limiter le temps passé devant les écrans et à accorder davantage de place aux activités en extérieur, insistant sur la nécessité de trouver un équilibre, et rappelant que ces outils devaient rester «au service du quotidien sans en prendre toute la place».

À partir de septembre, le dirigeant quittera la direction opérationnelle après quinze années marquées par une expansion continue et une montée en puissance de l’entreprise à l’échelle mondiale. Il restera présent au sein du groupe dans ses nouvelles fonctions. La direction passera à une nouvelle génération issue de ses rangs.

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