Les data centers, infrastructures qui portent désormais la croissance mondiale
Un data center de 49,5 mégawatts, réparti sur trois niveaux, en cours de construction le 14 avril 2026 à Vernon, en Californie. ©Mario Tama / Getty Images North America / Getty Images via AFP

En janvier 2026, l'agence des Nations Unies pour le commerce et le développement (Cnuced) révélait que les investissements directs étrangers annoncés dans les data centers avaient dépassé 270 milliards de dollars en 2025, représentant plus d'un cinquième de la valeur totale des projets « greenfield » dans le monde.

La France s'est hissée en tête des destinations mondiales avec 69 milliards de dollars d'engagements, devant les États-Unis et la Corée du Sud. Ce chiffre, à lui seul, résume la transformation silencieuse à l'œuvre : les centres de données sont devenus l'infrastructure stratégique de notre époque.

Des entrepôts numériques au cœur du monde digital

Un data center est, dans sa définition la plus simple, une installation industrielle conçue pour stocker, traiter et distribuer de grandes quantités de données numériques. Serveurs, systèmes de refroidissement, équipements réseau et sources d'alimentation redondantes y cohabitent dans des bâtiments sécurisés, opérés en continu.

Mais cette description technique masque leur rôle central : ce sont les data centers qui rendent possible le cloud computing, les services en ligne, les plateformes de streaming, et désormais l'intelligence artificielle générative. Selon McKinsey, la demande mondiale en capacité de data centers pourrait plus que tripler d'ici 2030, avec un taux de croissance annuel composé d'environ 22 %. La société JLL, spécialisée dans le conseil en immobilier d’entreprise et dans la gestion d'investissements immobiliers, confirme cette trajectoire : la capacité mondiale devrait passer de 103 gigawatts en 2025 à 200 gigawatts en 2030, soit un doublement en cinq ans porté à 14 % de croissance annuelle.

L'intelligence artificielle en est le principal moteur – elle ne représentait qu'un quart des charges de travail en data centers en 2025, mais pourrait en constituer la moitié dès 2030.

Un supercycle d'investissement sans précédent

L'ampleur financière du phénomène est vertigineuse. JLL estime que quelque 3 000 milliards de dollars devront être mobilisés d'ici 2030 pour répondre à la demande : environ 1 200 milliards en valeur immobilière créée par les nouvelles infrastructures, auxquels s'ajoutent entre 1 000 et 2 000 milliards que les locataires consacreront à l'équipement informatique – processeurs graphiques, serveurs, infrastructure réseau.

McKinsey avance un chiffre encore plus élevé, évaluant à près de 7 000 milliards de dollars les dépenses en capital consacrées aux data centers à l'échelle mondiale d'ici la fin de la décennie, dont plus de 40 % aux États-Unis. Il ne s’agit pas simplement d'une bulle sectorielle. Selon S&P Global, 80 % de la croissance de la demande intérieure privée finale aux États-Unis au premier semestre 2025 provenait des data centers et des dépenses technologiques associées.

Les investissements dans ces infrastructures auraient rendu le PIB américain supérieur d'environ 0,5 point de pourcentage au deuxième trimestre 2025 par rapport à un scénario de croissance tendancielle. En d'autres termes, sans cette vague d'investissement, l'économie américaine aurait frôlé la stagnation.

Des retombées locales plus limitées qu'annoncées

Malgré cette puissance macroéconomique, les effets au niveau local sont plus nuancés. L'institution Brookings rappelle que le modèle traditionnel du data center a longtemps fonctionné comme un entrepôt industriel : un pic d'emplois durant la construction, puis une activité opérationnelle très réduite. Plusieurs études compilées par l'économiste Michael J. Hicks illustrent cet écart : un grand projet peut mobiliser entre 1 000 et 10 000 travailleurs durant les travaux, mais ne générer que 50 à 400 emplois permanents une fois opérationnel.

McKinsey affine ce tableau en soulignant les effets d'entraînement : chaque emploi créé à l'intérieur d'un data center générerait environ 3,5 emplois supplémentaires dans l'économie locale, via les services, la construction d'infrastructures énergétiques ou l'immobilier. La Virginie du Nord en est l'illustration la plus frappante – elle concentre 13 % de la capacité mondiale et a généré quelque 31 milliards de dollars de production économique soutenue en 2023 selon le Northern Virginia Technology Council.

Entre concentration et inégalités géographiques

La Cnuced souligne une tension fondamentale : les investissements en data centers se concentrent dans un petit nombre de pays développés, accentuant les inégalités géographiques mondiales. En 2025, les flux d'investissements directs à l'étranger (IDE) vers les économies développées ont bondi de 43 %, tandis que les pays en développement enregistraient un recul de 2 %. Les trois quarts des pays les moins avancés ont vu leurs entrées de capitaux stagner ou diminuer.

Brookings formule un avertissement similaire à l'échelle des États américains : la frénésie d'attraction des data centers pousse les collectivités à se livrer à une concurrence stérile, acceptant des accords asymétriques qui profitent davantage aux géants technologiques qu'aux communautés d'accueil. Les vrais gagnants de ce supercycle seront ceux qui auront su convertir l'implantation d'un data center en ancrage durable pour un écosystème technologique local – talent, recherche, startups – plutôt qu'en simple contrat de construction.

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