Le blocage d'engrais dans le détroit d'Ormuz risque de provoquer «une crise humanitaire majeure»
Le navire indien « Nanda Devi », transportant du gaz de pétrole liquéfié (GPL), arrive au port de Vadinar, dans le district de Jamnagar, dans l'État du Gujarat, le 17 mars 2026, après que l'Iran lui a permis de franchir le détroit d'Ormuz, un corridor énergétique stratégique qui reste perturbé par la guerre au Moyen-Orient. ©Photo by STR / AFP

Le blocage persistant d'engrais dans le détroit d'Ormuz risque de provoquer d'ici «quelques semaines» une «crise humanitaire majeure», a déclaré lundi à l'AFP le chef d'un groupe de travail de l'ONU chargé de libérer le passage de ces matières cruciales.

«Nous avons quelques semaines pour éviter ce qui sera probablement une crise humanitaire majeure. Nous pourrions assister à une crise qui plongera 45 millions de personnes supplémentaires dans la faim», a déclaré Jorge Moreira da Silva dans un entretien à l'AFP.

L'Iran bloque depuis plusieurs mois le détroit d'Ormuz, par lequel transite habituellement un tiers des engrais mondiaux depuis des mois, en représailles à la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël le 28 février. Les exportations transitant habituellement par ce passage stratégique du commerce maritime mondial sont généralement destinées au Brésil, la Chine, l'Inde et l'Afrique.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a créé en mars un groupe de travail, dirigé par le directeur exécutif du Bureau des Nations unies pour les services d'appui au projet (Unops) Jorge Moreira da Silva, afin de mettre en place un mécanisme permettant le passage des engrais et de matières premières connexes, telles que l'ammoniac, le soufre et l'urée.

M. Moreira da Silva dit avoir rencontré plus de 100 pays pour rallier notamment le soutien des États membres de l'ONU à ce mécanisme. Mais les parties impliquées dans le conflit – États-Unis, Iran et pays du Golfe – ne sont pas encore convaincues.

Saison des semailles

«Le problème, c'est que la saison des semailles n'attend pas», souligne M. Moreira da Silva, certaines semailles se terminant dans quelques semaines dans les pays africains.

Il estime que le passage de cinq navires chargés d'engrais et de matières premières connexes par jour permettrait d'éviter une crise pour les agriculteurs.

«C'est une question de temps. Si nous ne nous attaquons pas rapidement à la source de la crise, nous devrons en gérer les conséquences avec de l'aide humanitaire», a-t-il poursuivi.

En cas d'accord, le mécanisme pourrait être opérationnel en sept jours, affirme le responsable onusien. Mais même si le détroit rouvrait immédiatement, il faudrait selon lui trois à quatre mois pour un retour à la normale.

Bien que les prix des denrées alimentaires n'aient pas encore explosé, M. Moreira da Silva relève une «forte augmentation» du coût des engrais qui, selon les experts, entraînera mécaniquement une baisse de la productivité agricole, puis une flambée des prix alimentaires.

«Nous ne pouvons pas tergiverser sur ce qui est possible et urgent: permettre le passage des engrais à travers le détroit et ainsi minimiser le risque d'une grave insécurité alimentaire mondiale, insiste-t-il.

AFP

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