La relance du projet du gazoduc arabe (Arab Gas Pipeline), qui relie dans sa configuration initiale l’Égypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban, s’inscrit dans une dynamique plus large d’intégration énergétique au Moyen-Orient. Présenté comme un partenariat régional à bénéfices partagés, il pourrait, à plus long terme, s’intégrer à un vaste réseau d’interconnexion reliant l’Asie à l’Europe.
Un projet ancien, longtemps freiné
Lancé au début des années 2000, le gazoduc arabe a été progressivement ralenti par des contraintes sécuritaires, politiques et juridiques. Parmi les principaux obstacles figuraient notamment les sanctions américaines imposées à la Syrie dans le cadre de la loi Caesar, ainsi que les tensions régionales ayant affecté la stabilité du projet.
Ces freins ont, au fil du temps, conduit à une suspension partielle du dossier. Toutefois, certains assouplissements récents dans sa mise en œuvre régionale ont permis une forme de réactivation des discussions.
Long d’environ 1.200 kilomètres, le gazoduc devait initialement transporter plus de 10 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an. Il visait à accompagner une transition énergétique vers une production d’électricité plus compétitive et moins polluante dans les pays concernés.
Un déploiement progressif interrompu en 2011
Le projet a été réalisé par étapes. La première section, reliant l’Égypte à la Jordanie, a été achevée en 2003. Le réseau a ensuite été prolongé vers la Syrie via deux axes distincts: l’un raccordé à Homs, l’autre à Banyas sur la côte méditerranéenne. La connexion avec le Liban, via Tripoli, a été finalisée en 2008.
Le chantier a toutefois été suspendu en 2011, alors que plusieurs extensions étaient envisagées:
- une liaison Syrie–Turquie, ouvrant la voie à des exportations vers l’Europe;
- un raccordement Liban–Irak, destiné à renforcer l’approvisionnement régional;
- et une connexion Jordanie–Golfe, visant à relier le réseau au marché asiatique.
Des enjeux géopolitiques et énergétiques élargis
Dans sa configuration élargie, le projet aurait permis de fluidifier les flux énergétiques régionaux et de réduire la dépendance aux routes maritimes stratégiques, souvent exposées aux tensions géopolitiques.
Il aurait également contribué à diversifier les sources d’approvisionnement énergétique, en réduisant notamment la dépendance de l’Irak au gaz iranien et celle de l’Europe au gaz russe.
Le Liban face à une opportunité énergétique
Dans ce contexte, le Liban cherche à capitaliser sur cette dynamique pour atténuer progressivement une crise énergétique qui dure depuis plusieurs décennies.
Le plan élaboré en 2021-2022 reposait sur deux volets complémentaires :
- l’importation de 250 mégawatts d’électricité jordanienne via le réseau syrien, permettant d’ajouter environ deux heures de courant par jour;
- l’acheminement de gaz égyptien via le gazoduc arabe pour alimenter les centrales de Deir Ammar et de Zahrani.
Ce second volet pourrait fournir jusqu’à 900 mégawatts supplémentaires, soit près de huit heures d’électricité additionnelles. Au total, ces apports combinés pourraient porter l’alimentation quotidienne à environ dix heures, tout en réduisant significativement les coûts de production par rapport au fioul et aux générateurs privés.
Accords avec l’Égypte et relance des discussions régionales
Le Liban a récemment accéléré ses démarches avec une avancée concrète: la signature d’un accord avec l’Égypte.
Dans ce cadre, la société Technical Gas Services (TGS), affiliée au secteur pétrolier égyptien, sera chargée de réhabiliter la portion libanaise du gazoduc arabe entre Deir Ammar et la frontière syrienne, sur environ 30 kilomètres. Le projet inclut également la modernisation de plusieurs équipements techniques, notamment les systèmes de contrôle à distance.
Les travaux devraient débuter dans les prochaines semaines pour une durée estimée entre trois et quatre mois.
Parallèlement, des discussions sont en cours avec la Jordanie et l’Égypte afin de finaliser des accords commerciaux sur l’achat de gaz. Des négociations se poursuivent également avec la Syrie concernant les modalités de transit. Un accord pourrait être conclu dans les prochaines semaines.
Dans le même temps, des pourparlers portent sur une éventuelle réactivation de l’interconnexion électrique tripartite entre le Liban, la Syrie et la Jordanie.
FSRU et diversification des sources d’approvisionnement
Le gaz importé depuis l’Égypte alimenterait principalement les centrales de Deir Ammar et de Zahrani. Exploitées à pleine capacité, celles-ci pourraient produire environ 450 mégawatts chacune, soit près de 15% des besoins électriques du Liban. Elles permettraient également de réduire de moitié les coûts de production par rapport au fioul, selon l’évolution des prix des deux combustibles.
Dans cette perspective, le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Joe Saddi, affirme piloter simultanément sept chantiers pour relancer le secteur énergétique. Parmi les projets prioritaires figure l’installation d’une unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU), destinée à diversifier les sources d’approvisionnement en gaz via les importations maritimes.
D’ailleurs, le Premier ministre Nawaf Salam et le ministre Saddi ont tenu récemment une réunion en visioconférence avec des responsables de la Société financière internationale, le bras financier de la Banque mondiale. Les discussions ont porté sur le financement privé de la modernisation de la centrale de Deir Ammar (465 MW), la prolongation de sa durée de vie, ainsi que la construction d’une nouvelle centrale d’une capacité de 825 MW.


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