Une nouvelle étape vers un dégel entre la France et l'Algérie: le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, s'est longuement entretenu lundi à Alger avec son homologue de coopération judiciaire et de lutte contre la criminalité organisée, ainsi que du journaliste français emprisonné Christophe Gleizes.
M. Darmanin et Lotfi Boudjemaa «ont acté, après deux années d'interruption totale, de la reprise concrète de notre coopération judiciaire opérationnelle», a dit à l'AFP la chancellerie française.
Arrivé la veille, le ministre français a précisé lundi sur X avoir tenu avec son homologue «plusieurs réunions de travail en présence de hauts magistrats français», au cours desquelles ont notamment été évoqués «le dossier de la DZ mafia, les biens mal acquis ou encore des dossiers individuels comme celui de notre compatriote Christophe Gleizes».
La «DZ mafia» est un cartel d'organisations criminelles originaire de Marseille. Christophe Gleizes, journaliste sportif arrêté en Algérie dans le cadre d'un reportage en mai 2024, a été condamné à sept ans de prison pour «apologie du terrorisme».
Sa famille a annoncé qu'il avait retiré en mars un pourvoi en cassation, une démarche visant à ouvrir la voie à une possible grâce du président Abdelmadjid Tebboune.
Gérald Darmanin doit être reçu dans l'après-midi par le chef de l'État, a indiqué à l'AFP une source ministérielle algérienne.
«Rétablir la confiance»
Les signes d'une décrispation entre les deux pays se multiplient ces derniers mois après deux ans d'une crise profonde et acrimonieuse.
Les tensions ont éclaté à l'été 2024 lorsque Paris a apporté son soutien à un plan d'autonomie sous "souveraineté marocaine" pour le territoire disputé du Sahara occidental. L'Algérie, qui appuie les indépendantistes du Front Polisario, avait immédiatement rappelé son ambassadeur en France.
Depuis, une série d'épisodes sont venus entretenir les tensions. Parmi eux, la détention et la condamnation en Algérie de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, finalement gracié, celle de Christophe Gleizes et ou encore l'incarcération en France d'un agent consulaire algérien accusé d'être impliqué dans l'enlèvement d'un influenceur.
«L'enjeu aujourd'hui est de rétablir la confiance, gravement ébranlée par près de deux ans de grave crise entre les deux pays», estime le média TSA Algérie.
La détente entre l'ancienne puissance coloniale française et l'Algérie, indépendante depuis 1962, a été confirmée par une visite à la mi-février du ministre français de l'Intérieur, Laurent Nuñez, suivie en mai de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo.
Signe supplémentaire du réchauffement, le ministre algérien de l'Intérieur, Saïd Sayoud, se rendra pour sa part à Paris dans «quelques jours», a annoncé M. Nuñez dans un entretien paru dimanche.
«C'est un signal très positif. Une coopération sécuritaire se réinstaure progressivement», a-t-il salué dans La Tribune Dimanche.
Embellie
Pour la visite de Gérald Darmanin, la priorité consiste à relancer une collaboration judiciaire «extrêmement ralentie» et à surmonter un «manque de coopération pour des raisons diplomatiques».
L'embellie s'illustre déjà par une «reprise importante» des laissez-passer consulaires pour les expulsions d'individus dangereux vers l'Algérie. Ce nombre est passé de zéro à «quelques centaines» ces derniers mois, selon la chancellerie.
La «DZ mafia» a également été au menu des discussions à Alger.
La justice française a formulé «une dizaine de demandes» d'entraide judiciaire visant des dirigeants de ce réseau, réfugiés de l'autre côté de la Méditerranée.
Fait notable, le ministre français est notamment accompagné de manière inédite par le procureur national financier, Pascal Prache. La présence de ce haut magistrat vise à répondre aux requêtes algériennes concernant des biens acquis par la France durant la période coloniale.
Par ailleurs, le sort de l'agent consulaire algérien en détention provisoire en France devait être abordé.
Fin avril, le président français, Emmanuel Macron, avait lancé une pique aux partisans en France d'une ligne dure avec le pouvoir algérien, fustigeant «tous les mabouls» qui veulent «se fâcher avec l'Algérie».
Son ex-ministre de l'Intérieur et patron du parti de droite Les Républicains, Bruno Retailleau, qui s'était senti visé, avait vertement répliqué. «Avec le régime d'Alger, la politique des bons sentiments est condamnée à l'échec», avait jugé le candidat à l'élection présidentielle.
AFP
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