La visite du secrétaire d’État américain Marco Rubio en Inde ce week-end sera inédite à au moins un égard: il se rendra dans plusieurs villes du pays, soucieux de tisser des liens au-delà des réunions gouvernementales organisées dans la capitale New Delhi.
Mais le déplacement de M. Rubio soulève une question. Quelle place occupe l’Inde — courtisée depuis longtemps par les États-Unis — pour le président Donald Trump, lui qui bouscule l’ordre mondial?
Depuis la fin des années 1990, les présidents américains, tous partis confondus, ont accordé une priorité absolue au rapprochement avec l’Inde, passant outre leurs désaccords, convaincus — même s’ils ne le disaient pas ouvertement — que la plus grande démocratie du monde constituerait un contrepoids idéal face à la montée en puissance de la Chine.
Mais Donald Trump a changé de stratégie. La semaine dernière, il s’est félicité de l’accueil qui lui a été réservé lors de sa visite d’État en Chine, malgré des résultats concrets limités, et avait auparavant critiqué l’Inde contre laquelle il a imposé des droits de douane.
Le Pakistan, adversaire historique de l’Inde, est également revenu sur le devant de la scène, plusieurs décennies après que les États-Unis se sont retirés sans ménagement d’un partenariat historique avec Islamabad au profit de leurs relations avec l’Inde.
Les dirigeants pakistanais n’ont cessé de flatter Trump et ont attribué à sa diplomatie le mérite d’avoir mis fin à une brève guerre avec l’Inde l’année dernière.
Reprenant leur rôle issu de la guerre froide en tant qu’allié des États-Unis, ils ont mené la médiation sur la guerre en Iran ayant conduit à la visite du vice-président JD Vance le mois dernier.
Lorsque l’administration Trump a publié sa stratégie de sécurité nationale, l’Inde n’y était pratiquement pas mentionnée, l’accent étant mis sur la primauté américaine en Amérique latine et sur la confrontation avec les Européens sur des questions culturelles.
Les relations entre l’Inde et les États-Unis ont néanmoins continué à se développer, notamment sur le plan commercial et militaire, souligne Aparna Pande, du Hudson Institute.
«Mais la dimension stratégique fait défaut», dit-elle. «Tous les points de friction de la guerre froide sont de retour. Et l’aspect stratégique qui garantissait que ces points de tension ne puissent jamais nuire à la relation n’existe plus».
Taj Mahal et la cité des palais
M. Rubio, plutôt habitué à des visites officielles éclair, se rendra dans quatre villes indiennes à partir de samedi et assistera à un gala à New Delhi pour célébrer le 250ᵉ anniversaire de l’indépendance des États-Unis.
Il ira d’abord à Calcutta, où se trouve l’un des plus anciens consulats américains, ainsi qu’à Agra, où se dresse le célèbre Taj Mahal, et à Jaipur, la cité des palais.
Le chef de la diplomatie américaine rencontrera également à New Delhi ses homologues du Quad — l’Australie, l’Inde et le Japon — un groupe qui préoccupe la Chine depuis longtemps.
C’est l’ambassadeur des États-Unis en Inde, Sergio Gor, un proche de Marco Rubio, qui a été le principal instigateur de cette visite. À son arrivée à New Delhi en janvier, M. Gor a rapidement mis en place un accord commercial qui a allégé les droits de douane punitifs imposés par la Maison Blanche.
Donald Trump avait initialement noué des liens étroits avec le Premier ministre indien Narendra Modi. Il avait été ravi par l’invitation de ce dernier à prendre la parole lors d’un immense rassemblement organisé dans un stade de cricket au cours de son premier mandat.
Mais Narendra Modi a aussi irrité son homologue américain en minimisant son rôle de médiateur auprès du Pakistan lors de la guerre déclenchée l’année dernière à la suite d’un massacre de civils, pour la plupart hindous, dans le Cachemire sous administration indienne. Le Pakistan, lui, avait assuré que le président américain méritait le prix Nobel de la paix.
Pour Tanvi Madan, chercheuse à la Brookings Institution, l’Inde s’est gardée de s’engager dans une escalade avec Trump, estimant qu’une relation solide avec les États-Unis servait ses intérêts à long terme, et a tiré profit «du fait que la concurrence avec la Chine constituait presque un principe directeur» des administrations américaines.
Mais avec la visite de M. Rubio, «je pense que l’Inde voudra mieux cerner dans quelle mesure cette convergence stratégique, qui perdure depuis plusieurs années, continuera à animer cette relation», ajoute-t-elle.
AFP



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