Plastique: les conséquences en Europe de la guerre au Moyen-Orient
Une vue aérienne de bouteilles en plastique écrasées prêtes au recyclage, illustrant une pratique respectueuse de l’environnement. ©Polina Tankilevitch - Pexels

Dérivé du pétrole et notamment produit en Asie, le plastique et son économie sont perturbés par la guerre au Moyen-Orient. En Europe, les conséquences sont multiples, entre hausse des prix, industriels fragilisés, tentation de s’approvisionner aux États-Unis et relance du recyclage.

Comment est fabriqué le plastique? 

Incontournable dans nos vies quotidiennes, le plastique est un dérivé du pétrole dont on extrait du naphta, puis de l’éthylène, à l’origine de plastiques comme le polyéthylène, de fibres synthétiques ou de produits chimiques.

L’impact de la guerre au Moyen-Orient est donc double: d’abord les pays du Golfe sont en temps normal des exportateurs majeurs de polyéthylène. Ensuite, les groupes pétrochimiques asiatiques, très importants producteurs de matière plastique, peinent à s’approvisionner en naphta, qui venait notamment du Moyen-Orient.

Quelle disponibilité de la matière? 

La raréfaction de la matière disponible a fait grimper les prix, déjà tirés à la hausse par ceux du pétrole. Le contraste est d’autant plus marqué qu’auparavant, la planète disposait de capacités de production supérieures à la demande, d’où des prix relativement bas.

Fin avril, le syndicat des fabricants de câbles électriques français Sycabel expliquait que la hausse des prix «affecte très durement» ses adhérents, qui utilisent beaucoup de polyéthylène et d’aluminium, également fortement produits dans le Golfe.

«La hausse a été très violente», expliquait aussi à l’AFP mi-avril Christophe Desbrosses, président de l’association des Acteurs économiques de la Plastics Vallée (AEPV), dans l’Ain. «Sur certaines matières, les prix ont presque doublé au lendemain du début du conflit».

Depuis, «la capacité de sortie du détroit d’Ormuz a un impact sur les prix du fret», détaille Jean-Pierre Masson, de la société de conseil Inverto France, filiale du Boston Consulting Group. L’acheminement des matières premières coûte donc plus cher.

Quelles alternatives? 

Les alternatives de transport autour du détroit, notamment par la route, n’offrent pas les mêmes capacités, poursuit-il.

En revanche, il observe davantage d’exportations de plastique dans les données douanières américaines: les États-Unis, premier producteur mondial de pétrole, peuvent se positionner comme alternative à l’approvisionnement en plastique vierge.

L’existence d’autres sources d’approvisionnement et les capacités de production mondiales limitent le risque de pénurie, mais tout dépendra de la durée du conflit et du niveau de blocage du détroit.

Le recyclage peut-il en profiter? 

Virginia Janssens, directrice générale de Plastics Europe, estime que le conflit rappelle «à quel point l’Europe est exposée aux chocs liés aux ressources fossiles».

«Une économie européenne des plastiques circulaires solide n’est pas un +plus+, mais un impératif non négociable», affirme-t-elle, en référence aux plastiques recyclés mécaniquement, chimiquement ou issus de ressources biosourcées.

Ces dernières années, le recyclage européen a souffert de la concurrence du plastique vierge à bas coût venu d’Asie, entraînant des fermetures d’usines.

Mais la situation pourrait s’inverser, selon Jean-Yves Daclin, directeur général de Plastics Europe France, qui évoque un possible effet d’aubaine, le recyclé devenant parfois moins cher que le vierge.

À plus long terme toutefois, les problèmes de compétitivité de la production européenne, notamment liés au coût de l’énergie, restent entiers.

 

AFP

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