La jeunesse libanaise a encore fait parler le chrono et le décamètre. Lors de la première étape des “Lebanese Challenge Athletics Days”, organisée par la Fédération libanaise d’athlétisme au stade du Collège Notre-Dame de Jamhour, six records nationaux ont été battus en deux jours. En tête d’affiche, Eliana Mouawad, née en 2013, a signé trois records à elle seule dans les lancers. Sama Moustafa en a ajouté deux sur 2.000 m steeple, tandis que Mahmoud Abou Zeid a amélioré son propre record du 1.000 m U20.
En athlétisme, les grandes histoires se jouent parfois à un centimètre, à un souffle, à un dixième. À Jamhour, elles se sont écrites en série. La première étape des “Lebanese Challenge Athletics Days”, consacrée aux catégories d’âge, a offert un joli tir groupé au sport libanais: six records nationaux battus en deux journées, entre concours de lancers et courses.
Pas besoin d’égrener tout le tableau des résultats pour comprendre l’essentiel: la relève pousse, et elle pousse fort. Sur une piste où l’on venait surtout jauger les jeunes talents, certains ont fait beaucoup plus que participer. Ils ont déplacé les lignes.
Eliana Mouawad, triple frappe
Le grand nom du week-end est celui d’Eliana Mouawad. La jeune athlète de Batroun Stars, née en 2013, a frappé trois fois dans la catégorie U14 filles. Trois concours, trois records libanais. Un triplé rare, surtout dans des disciplines aussi techniques que les lancers.
Au marteau 2 kg, Mouawad a expédié l’engin à 47,15 m, pulvérisant son précédent record de 38,11 m. L’écart est énorme. Ce n’est plus une simple amélioration: c’est un bond. Au javelot 400 g, elle a porté la marque nationale à 31,53 m, améliorant là aussi son ancien record de 30,42 m. Et au poids 2 kg, elle a lancé à 12,46 m, effaçant un record vieux de plus de vingt ans, détenu depuis 2003 par Sophie Hayar avec 12,07 m.
Dans le jargon de l’athlé, cela s’appelle une journée pleine. Pas seulement parce qu’elle gagne. Mais parce qu’elle confirme sur trois registres différents: puissance, coordination, vitesse d’exécution, placement, relâchement. Les lancers ne pardonnent pas l’à-peu-près. Il faut de la force, certes, mais surtout de la technique et du timing. Mouawad a coché toutes les cases.
Sama Moustafa, double ligne dans les tablettes
Le deuxième jour, la piste a pris le relais des aires de lancer. Sama Moustafa, du club de Jamhour, a signé une performance majeure sur 2.000 m steeple, en 7:20.68. Un chrono qui lui permet de battre deux records à la fois: celui des seniors dames et celui des moins de 20 ans.
Le steeple est une épreuve à part. Il ne suffit pas de courir vite. Il faut garder le rythme malgré les barrières, franchir sans casser la foulée, repartir après chaque obstacle, gérer l’effort et la lucidité. C’est une course de résistance, mais aussi de précision. Une erreur d’appui, une réception lourde, une relance mal négociée, et le chrono s’envole.
Moustafa a fait l’inverse: elle a serré la course, tenu son tempo, et inscrit son nom deux fois dans les tablettes nationales. Son chrono efface l’ancien record senior de Loaa Zaarour, fixé à 7:26.83 en 2021, ainsi que l’ancien record U20 de Jana Termos, établi à 7:45.80 en 2022.
Mahmoud Abou Zeid, le record grignoté au couteau
Chez les hommes, Mahmoud Abou Zeid a, lui aussi, ajouté une ligne à son parcours. L’athlète d’Inter Lebanon a bouclé le 1.000 m en 2:30.09, améliorant le record libanais U20 qu’il détenait déjà en 2:30.23.
Ici, pas de grande claque au chronomètre. Plutôt une correction chirurgicale. Quatorze centièmes gagnés. En demi-fond, cela peut sembler minuscule. En réalité, c’est tout le sel de l’athlétisme: la lutte contre soi-même, contre ses propres marques, contre cette frontière invisible que le corps finit par déplacer à force d’entraînement.
Abou Zeid n’a pas seulement défendu son statut. Il l’a consolidé. Et dans une épreuve comme le 1.000 m, entre vitesse prolongée et résistance lactique, chaque fraction de seconde compte.
Une relève qui ne demande qu’à courir
Au-delà des noms, ces “Challenge Athletics Days” rappellent une chose: l’athlétisme libanais continue de fabriquer de la matière première. Dans un pays où le sport avance souvent avec des moyens limités, les catégories d’âge sont plus qu’un vivier. Elles sont une promesse.
Les records chez les jeunes ne garantissent pas toujours les podiums seniors de demain. Mais ils donnent des signaux. Ils montrent que les clubs travaillent, que les entraîneurs construisent, que les enfants et adolescents acceptent la répétition, la discipline, les gestes recommencés mille fois.
À Jamhour, Eliana Mouawad, Sama Moustafa et Mahmoud Abou Zeid n’ont pas seulement battu des records. Ils ont rappelé que l’athlétisme reste le sport des fondamentaux: courir, lancer, franchir, tenir. Et surtout recommencer. Au Liban, la relève n’a pas encore tout gagné. Mais elle commence déjà à effacer les anciennes lignes.

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