Affiches absentes, rares rassemblements sans ferveur... À Addis-Abeba, aucun signe que l'Éthiopie élise lundi ses députés qui désigneront ensuite le Premier ministre, poste où devrait être reconduit Abiy Ahmed, dont le Parti de la prospérité (PP) affronte une opposition famélique. Dans les rues de la capitale du deuxième pays le plus peuplé d'Afrique (130 millions d'habitants), le seul signe de campagne sont quelques passants portant des t-shirts siglés d'une gerbe de blé, logo du PP.
La campagne électorale y a été amorphe. Quelques rassemblements du PP, dont le dernier mardi fut expédié en deux heures aux aurores, n'ont mobilisé que quelques milliers de personnes, dans une ville de plus de trois millions d'habitants.
L'opposition était aux abonnés absents. Les débats entre candidats, postés par la Commission électorale (Nebe) sur ses réseaux sociaux, ne réalisent que quelques centaines de vues.
Lorsqu'il est devenu Premier ministre en 2018, M. Abiy fut salué pour sa politique d'ouverture - libération de journalistes et d'opposants notamment - et ses réformes annoncées, rompant avec presque trois décennies d'autoritarisme du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Mais son pouvoir s'est depuis durci et les défenseurs des droits de l'Homme critiquent désormais la répression des voix dissidentes et des médias indépendants.
Le pays pointe au 148ᵉ rang sur 180 au classement 2026 de Reporters sans frontières (RSF) sur la liberté de la presse, perdant cinq places sur un an. Plusieurs médias internationaux n'ont pas été accrédités pour couvrir le scrutin.
Conflits armés
Sans moyens et absente de plus de 12% des circonscriptions, l'opposition se fait peu d'illusions. Et les citoyens montrent peu d'enthousiasme.
Designer dans la capitale, Tesfalem n'ira pas voter: «je ne pense pas que mon vote puisse avoir un impact significatif sur la politique», dit-il. Enseignant dans la région de l'Oromia, Amanuel votera lui sans entrain.
Car «la voix du peuple n'a jamais rien changé» en Éthiopie, «et je ne pense pas que ce sera le cas cette fois-ci non plus». Comme en 2021, lorsqu'un conflit y était en cours, le scrutin n'aura pas lieu au Tigré, l'un des 12 États régionaux du pays, où un million de personnes restent déplacées malgré la fin en novembre 2022 de cette guerre meurtrière ayant opposé les autorités locales et le gouvernement fédéral de M. Abiy, entre lesquels les tensions sont réapparues.
La Nebe entend en revanche organiser le scrutin sur la quasi-totalité du reste du territoire, malgré des conflits armés en cours en Oromia et Amhara, les deux États régionaux les plus peuplés. En Amhara, qui compte quelque 20 millions d'habitants, les milices nationalistes Fano, qui combattent les troupes fédérales, ont menacé de s'en prendre au processus électoral.
Malgré ces menaces et des affrontements réguliers dans les zones rurales et aux abords des grandes villes de Bahir Dar et Gondar, la Nebe n'a renoncé à organiser le vote que dans huit des 137 circonscriptions de la région. Et elle assure que les bureaux ouvriront dans l'ensemble de l'immense Oromia (un tiers du pays), où les rebelles de l'OLA ont repris les armes en 2018.
Raz de marée et fraudes
À Lalibela, ville de l'Amhara connue pour ses églises creusées dans la roche, inscrites au Patrimoine mondial de l'Unesco, ont lieu «de nombreux rassemblements politiques», rapporte à l'AFP Beza, un guide touristique. Mais hors de la ville, où Fano et forces fédérales s'affrontent régulièrement, «cela va être difficile de voter».
Le PP, que M. Abiy a fondé peu après son arrivée aux commandes, détient quelque 96% des sièges du Parlement sortant et s'achemine vers une nouvelle victoire écrasante, notamment grâce à l'appui des médias d'État et de moyens financiers considérables. Face à lui, une quarantaine de partis d'opposition présentent des candidats, mais aucun ne semble de taille à rivaliser.
Le mieux représenté, Ezema, n'a de candidat que dans moins de 60% des 501 circonscriptions en jeu dans le pays d'Afrique de l'Est. Et dans 64 d'entre elles, le PP sera seul en lice, faute d'adversaire.
Les pouvoirs en Éthiopie n'ont jamais laissé beaucoup de place aux oppositions. En 2015, la coalition dirigeante, menée par le TPLF, avait remporté 100% des sièges du Parlement.
Cinq ans auparavant, l'opposition n'en avait grappillé que deux. Des scrutins émaillés d'accusations de fraudes.
Des observateurs de l'Union africaine, dont le siège est à Addis-Abeba, ainsi que de l'Igad, le bloc régional de l'Afrique de l'Est, surveilleront les opérations. Mais la proposition de l'Union européenne d'envoyer ses observateurs «n'a pas été retenue par le gouvernement» éthiopien, a affirmé une source au sein de l'UE.
Dylan GAmba / AFP



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