53% des travailleurs libanais sur le fil du rasoir
©Ici Beyrouth

53%: C'est la part de la main-d’œuvre libanaise qui travaille aujourd’hui dans des secteurs fortement exposés aux conséquences de la guerre, selon un rapport publié en mai par l’Organisation internationale du Travail (OIT). Un chiffre qui illustre l’ampleur du choc économique en cours et la fragilité extrême du marché du travail libanais.

L’étude ne se limite pas à mesurer des pertes d’emplois. Elle met en évidence une déstabilisation plus large de l’économie réelle, touchant simultanément les revenus des ménages, la production, la consommation et la continuité des activités économiques.

Le rapport classe les travailleurs en trois niveaux d’exposition aux effets du conflit: élevé, moyen et faible. Résultat: 53% des travailleurs libanais se trouvent dans des secteurs à forte vulnérabilité, contre 14% dans des secteurs moyennement exposés, et seulement 33% dans des activités relativement moins touchées.

Un salarié sur deux est affecté 

Concrètement, cela signifie que plus d’un salarié sur deux est directement menacé par une réduction des heures de travail, une baisse des salaires, des licenciements ou encore la fermeture de son entreprise. À cela s’ajoute un recul généralisé de la demande de biens et de services, conséquence directe du ralentissement économique provoqué par l’instabilité sécuritaire.

Le Liban apparaît d’ailleurs comme l’un des pays les plus affectés de la région hors Golfe. À l’échelle mondiale, la proportion de travailleurs fortement exposés aux effets de la guerre atteint 15% contre 40 % dans le monde arabe. Le Liban dépasse largement ces moyennes, avec 53% de ses travailleurs exposés, révélant un niveau de vulnérabilité particulièrement élevé.

Les secteurs touchés

Les secteurs les plus touchés sont ceux qui dépendent directement du mouvement économique quotidien, de la confiance et de la stabilité: tourisme, hôtellerie, restauration, commerce, transport, loisirs, services de proximité et activités saisonnières. Une partie des activités industrielles et agricoles situées dans les zones affectées figure également parmi les plus fragilisées.

Lorsque les tensions s’intensifient, le mécanisme économique se grippe rapidement: les dépenses des ménages diminuent, la fréquentation chute, les investissements sont reportés et les coûts d’exploitation, d’assurance et de transport augmentent fortement. Pour de nombreuses entreprises, la guerre ne signifie donc pas seulement une baisse d’activité, mais une remise en question de leur capacité même à survivre.

Diaspora et chômage

Le risque déborde également des frontières libanaises. L’OIT souligne qu’en cas d’escalade régionale majeure, les travailleurs libanais employés dans les pays du Golfe pourraient eux aussi subir les conséquences du ralentissement économique. Les heures de travail dans les pays du Conseil de coopération du Golfe pourraient reculer de 11,5%, tandis que l’emploi y diminuerait de 7,1%.

Derrière le chiffre de 53%, c’est donc toute l’économie libanaise qui apparaît exposée à une spirale de contraction: baisse des revenus, recul de la consommation, fragilisation des entreprises et montée des risques sociaux.
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