France: quand l'université fait une remise à niveau obligatoire en ...français
Face à la baisse du niveau de français, de plus en plus d'universités imposent des modules de remise à niveau à leurs étudiants. ©pexels

Constatant des lacunes chez une grande partie des nouveaux étudiants, les universités françaises sont de plus en plus nombreuses à imposer des modules de maîtrise de la langue française.

«On assiste à une chute phénoménale du niveau de français», assure à l'AFP Arnaud Thauvron, vice-président chargé de la formation de l'Université Paris-Est Créteil (Upec), affirmant que ce constat fait «consensus» parmi ses collègues.

Comme de nombreux enseignants-chercheurs interrogés, il rapporte des difficultés de compréhension des énoncés ou de rédaction: des juxtapositions d'idées sans articulation, une confusion entre cause et conséquence, exemple et argument, indicatif et conditionnel.

Des notions qui auraient dû être acquises au cours de la scolarité, jalonnée de plusieurs évaluations nationales à l'école primaire, au collège et au lycée. Mais il n'en existe plus dans le supérieur.

Pour essayer de remédier à cette détérioration, de plus en plus d'universités ont recours à des modules en ligne.

Une trentaine d'universités et environ 200.000 étudiants utilisent ainsi aujourd'hui écri+, plateforme publique de formation en expression et compréhension écrites, développée depuis 2018.

Face au manque de professeurs, l'outil numérique permet de «toucher la masse» des étudiants, souligne Jean-François Caulier, économiste et vice-président chargé de la formation et du numérique à Paris-1 Panthéon-Sorbonne.

«La maîtrise de la langue est discriminante. C'est pour ça qu'il faut la travailler», souligne Ana Chiaruttini, professeure des universités en sciences de l'éducation, qui a participé à l'élaboration d'écri+ et à son déploiement à l'université Nice-Côte d'Azur (sud).

Sur trois ans de licence, il y a eu «une progression, avec néanmoins des difficultés qui demeurent», relève Mme Chiaruttini.

«Le grand problème c'est que notre école élémentaire et le secondaire ne sont pas capables de réduire les inégalités», souligne-t-elle, rejetant les discours selon lesquels «certains étudiants n'auraient plus leur place à l'université».

Entre 1960 et aujourd'hui, le nombre d'inscrits à l'université française est passé de quelque 215.000 à environ 1,7 million, en raison de la croissance démographique et de l'accès élargi au baccalauréat. Le profil des étudiants s'est donc diversifié.

«Si on se focalise sur l'orthographe et la grammaire, (...) le premier effet sera une discrimination sociale puisqu'il y a un lien très direct entre la maîtrise de l'écrit correct et le milieu social», explique Christophe Benzitoun, directeur du département des sciences du langage à Nancy (est).

Une plateforme privée d'entraînement et de certification existe depuis 2008, le Projet Voltaire. La société revendique parmi ses clients 900 établissements et 500.000 utilisateurs dans l'enseignement supérieur.

«Chaque année, il y a une progression forte du nombre d'établissements utilisateurs, ce qui correspond à une exigence des employeurs» en matière d'expression écrite et orale, même à l'ère de l'intelligence artificielle, estime Philippe Armand, son président.

AFP

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