La police nord-irlandaise et les autorités britanniques ont multiplié les appels au calme mardi, craignant des violences au lendemain d'une attaque à Belfast imputée à un réfugié soudanais, dont la vidéo, relayée par l'extrême droite, a choqué le pays.
Le suspect, dont l'identité n'a pas été révélée, a été arrêté et placé en garde à vue, soupçonné de tentative de meurtre.
Alors que des personnalités anti-immigration réclamaient des détails sur l'attaquant, dont Nigel Farage, chef du parti Reform, ou Rupert Lowe, responsable du parti anti-immigration Restore, le ministère de l'Intérieur a confirmé qu'il s'agissait d'un réfugié soudanais, titulaire d'un permis de séjour valable jusqu'en 2028.
Selon le chef de la police nord-irlandaise, Jon Boutcher, il était arrivé au Royaume-Uni en 2023, via Paris puis Dublin.
La police ne recherche aucun autre suspect et la piste terroriste est, à ce stade, écartée, a précisé le commissaire adjoint de la police nord-irlandaise, Ryan Henderson.
Le motif de l'attaque, survenue vers 22H30 locales dans un quartier du nord de Belfast, reste incertain.
La victime, un homme d'une quarantaine d'années, a été hospitalisée dans un état grave, avec d'«importantes blessures aux yeux et de graves lacérations au dos et au visage», selon M. Henderson, précisant qu'un «couteau de cuisine» avait été retrouvé sur les lieux.
Attaque «révoltante»
Largement diffusée sur les réseaux sociaux, la vidéo montre l'assaillant assis sur un homme à terre, en sang, lui portant des coups. On voit aussi trois hommes intervenir, dont l'un neutralise l'assaillant en le frappant avec une espèce de batte.
Elle a suscité l'émoi dans le pays et une condamnation unanime de la classe politique britannique.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a dénoncé sur X une attaque «révoltante».
Après le ministre britannique en charge de l'Irlande du Nord, Hilary Benn, la Première ministre nord-irlandaise, Michelle O'Neill, a réitéré mardi soir ses appels au calme.
Des figures d'extrême droite, dont le militant Tommy Robinson, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon - ont lancé via les réseaux sociaux des appels à manifester à travers le pays. Avec le soutien du patron de X, Elon Musk, qui les a encouragés à «manifester souvent et fortement».
«Colère»
Dans le quartier où s'est déroulée l'attaque, c'était la sidération.
«C'est fou, c'est un quartier calme ici (...), un petit quartier avec ses petites maisons mitoyennes où tout le monde s'entend bien», «jamais je ne me serais attendue à ce qu'il se passe quelque chose comme ça», a déclaré à l'AFP une mère de 24 ans résidant près des lieux de l'attaque, qui n'a pas voulu donner son nom.
Évoquant les appels à manifester, elle a dit «comprendre que tout le monde soit en colère» face aux multiples attaques au couteau. «Maintenant ça se passe devant nos portes, ce que je n'aurais jamais imaginé, il faut vraiment faire quelque chose».
Le commissaire Henderson a enjoint la population à manifester «pacifiquement», soulignant que la police allait «renforcer sa présence» dans les rues nord-irlandaises.
Éviter une «répétition» des émeutes
Rappelant les violentes manifestations anti-immigrés qui ont secoué l'Irlande du Nord depuis deux ans, il a ajouté: «Personne ne veut voir une répétition» de ces évènements.
En juin 2025, un quartier à forte population immigrée avait été pris pour cible et des dizaines de policiers blessés après l'arrestation de deux adolescents roumanophones, accusés d'avoir tenté de violer une jeune fille à Ballymena, au nord-ouest de Belfast.
À l'été 2024, des émeutes avaient secoué une trentaine de villes du Royaume-Uni, y compris en Irlande du Nord, après la mort de trois fillettes tuées à l'arme blanche par Axel Rudakubana, jeune Britannique né de parents rwandais.
Alors que plusieurs comptes de «patriotes» autoproclamés sur les réseaux sociaux appelaient les commerces de Belfast à fermer tôt mardi, M. Henderson a souligné que la police «ne leur conseillait absolument pas de fermer» et que les gens devaient continuer à «vivre normalement».
Tommy Robinson a encouragé à participer à un nouveau rassemblement mardi soir à Southampton (sud de l'Angleterre).
L'attaque de Belfast survient une semaine après une manifestation émaillée de violences déjà à Southampton, pour dénoncer la façon prétendument «raciste» dont la police locale a géré, en décembre, le meurtre d'un étudiant blanc, Henry Nowak, par un jeune homme sikh.
Des figures de l'extrême droite, dont Tommy Robinson, y ont participé.
Sur les 21 personnes interpellées depuis la manifestation, deux ont déjà été condamnées pour troubles à l'ordre public, écopant de peines de prison de près de trois ans chacune.
AFP
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