Pétrole, guerre et volatilité: le grand retour du hedging
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Se prémunir aujourd'hui contre les hausses ou les baisses brutales de prix de demain: tel est l'objectif du « hedging », ou couverture des risques. Grâce à des instruments financiers spécifiques, les entreprises et investisseurs peuvent verrouiller certains coûts à l'avance et se protéger contre les fluctuations des marchés.

Avec les tensions croissantes autour du détroit d'Ormuz, la volatilité du pétrole et la hausse des coûts de transport, cette stratégie retrouve une place centrale dans la gestion des risques.

Le hedging, la spéculation et le pari

Le hedging se situe à mi-chemin entre la protection financière et la prise de position sur les marchés, tout en se distinguant de la pure spéculation.

Contrairement au spéculateur, qui cherche «à profiter» des variations de prix, l’acteur — entreprise, individu, fonds — qui pratique le hedging cherche avant tout à «se protéger» contre un risque réel.

Une compagnie aérienne, par exemple, ne parie pas sur la hausse du Brent Crude Oil pour gagner de l’argent ; elle tente surtout d’éviter qu’une flambée des cours ne fasse exploser ses coûts.

Le hedging répond donc à une logique de couverture et de stabilisation. La frontière devient toutefois plus floue lorsque certains fonds utilisent les mêmes instruments financiers de hedging— options, futures ou produits dérivés — non pour se protéger, mais pour anticiper et exploiter les mouvements du marché. Dans ce cas, la logique se rapproche davantage du pari financier.

Futures, options et produits dérivés: comment se couvrir contre les risques ?

Le hedging, ou couverture de risque, repose sur l'utilisation de produits dérivés permettant aux entreprises et aux investisseurs de se protéger contre les fluctuations des prix, des taux de change ou des marchés financiers.

Le contrat à terme (future) engage deux parties à acheter ou vendre un actif à un prix fixé aujourd'hui pour une date future. Par exemple, une compagnie aérienne peut verrouiller son prix d'achat du pétrole à 90 dollars le baril pour les trois prochains mois. Si les cours grimpent à 120 dollars à cause d'une crise géopolitique, elle reste protégée. En revanche, si le prix chute à 70 dollars, elle devra tout de même payer 90 dollars. Le futur offre donc une protection, mais implique un engagement ferme.

L'option, en revanche, offre davantage de flexibilité. Moyennant le paiement d'une prime, son détenteur acquiert un droit, mais pas une obligation. Une option d'achat (call) permet d'acheter un actif à un prix fixé. Si le pétrole passe de 100 à 140 dollars, l'investisseur peut acheter au prix convenu et réaliser un gain. Si le prix baisse, il renonce simplement à exercer son option et perd uniquement la prime versée.

À l'inverse, une option de vente (put) donne le droit de vendre un actif à un prix déterminé à l'avance. Elle est principalement utilisée pour se protéger contre une baisse des cours, notamment sur les marchés boursiers ou sur les marchés des matières premières. Comme le call, le put confère un droit et non une obligation. Son acheteur paie une prime qui peut être perdue si l'option n'est pas exercée.

Le hedging peut aussi devenir un piège  

Si le hedging est souvent présenté comme une assurance contre les turbulences des marchés, il peut aussi se transformer en piège lorsque les anticipations se révèlent erronées.

En verrouillant un prix à l'avance, une entreprise se protège contre une hausse, mais renonce également à profiter d'une éventuelle baisse des cours.

L'actualité récente en fournit plusieurs exemples. En 2025, la compagnie aérienne américaine «Southwest Airlines» a décidé d'abandonner son programme historique de couverture sur le carburant, jugeant son coût excessif. Quelques mois plus tard, la flambée des prix du pétrole provoquée par les tensions géopolitiques a démontré l'utilité de cette protection, les analystes estimant que la compagnie aurait pu économiser plusieurs milliards de dollars si elle avait conservé ses couvertures.

À l'inverse, certaines entreprises ayant couvert leurs achats ou leurs ventes à des niveaux jugés trop élevés ont subi d'importantes pertes lorsque les marchés ont évolué dans le sens opposé. Le cas du raffineur américain «Phillips 66», qui a annoncé en 2026 près de 900 millions de dollars de pertes liées à des positions de couverture devenues défavorables après une envolée des cours de l'énergie, rappelle que le hedging n’élimine  pas le risque: il le transforme. Mal calibrée, une stratégie de couverture peut ainsi devenir une source de coûts supplémentaires, voire priver l'entreprise d'opportunités de gains.

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