Détroit d’Ormuz: la réouverture annoncée ne signifie pas un retour immédiat à la normale
Des navires à l'ancrage dans le détroit d'Ormuz, au large de la ville portuaire de Khasab, sur la péninsule de Musandam, au nord d'Oman. ©AFP

L’annonce d’un accord entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la guerre et rouvrir le détroit d’Ormuz a provoqué un soulagement sur les marchés pétroliers. Les prix du brut ont commencé à reculer, les investisseurs anticipant une reprise progressive des exportations d’hydrocarbures en provenance du Golfe.

Mais selon les experts du secteur, la réouverture du principal corridor énergétique mondial ne se traduira pas par un retour immédiat à la normale. Même si le détroit rouvre dans les prochains jours, il faudra des semaines, voire des mois, avant que les flux pétroliers retrouvent leurs niveaux d’avant-guerre.

Des centaines de navires toujours bloqués

Avant le conflit, près d’un cinquième du pétrole mondial transitait par le détroit d’Ormuz. Depuis sa fermeture, des centaines de navires commerciaux sont restés bloqués dans le golfe Persique.

Selon la société d’intelligence maritime Kpler, environ 500 navires demeurent actuellement dans la région. Même en cas de réouverture complète, ils ne pourront pas tous quitter la zone simultanément en raison de l’étroitesse du passage.

Les compagnies maritimes, les assureurs et les capitaines pourraient également attendre davantage de garanties avant de reprendre un trafic normal.

Une reprise progressive des exportations

La réouverture du détroit ne suffira pas à elle seule à rétablir rapidement les exportations de pétrole.

Les navires devront d’abord entrer dans le golfe, charger les stocks déjà disponibles puis effectuer leurs trajets vers les principaux marchés asiatiques. Un aller-retour vers le Japon peut prendre jusqu’à cinquante jours.

Selon plusieurs analystes, le rétablissement complet des chaînes logistiques pourrait nécessiter plusieurs mois. Certains estiment qu’il faudra entre deux et trois mois pour que les navires évacuent les stocks accumulés et reprennent leurs rotations habituelles.

Les producteurs face au défi du redémarrage

La crise a également affecté la production pétrolière de plusieurs pays du Golfe.

Faute de capacités de stockage suffisantes, certains producteurs ont réduit ou interrompu une partie de leur extraction. La remise en service de certains champs pétroliers pourrait prendre du temps.

L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui ont pu utiliser des itinéraires alternatifs pour exporter une partie de leur production, devraient être parmi les premiers à retrouver un rythme normal. D’autres producteurs, comme l’Irak, pourraient avoir besoin de davantage de temps pour revenir à leurs niveaux d’avant-guerre.

Un accord dont les contours restent flous

Si le président américain Donald Trump affirme que le détroit sera «ouvert à tous» et sans frais de passage, plusieurs questions demeurent en suspens.

Téhéran laisse entendre qu’il entend conserver un rôle central dans la gestion du trafic maritime, considérant le contrôle du détroit comme l’un des principaux acquis stratégiques de la guerre. Des responsables iraniens ont évoqué la possibilité de maintenir certains mécanismes administratifs ou de facturer des services liés à la navigation dans le détroit.

Cette question dépasse le seul enjeu financier. Elle touche au contrôle même de l’une des voies maritimes les plus stratégiques du monde. Les modalités définitives de gestion du détroit devraient figurer dans le texte final de l’accord, mais plusieurs zones d’ombre demeurent.

Le défi du déminage

Même si un accord politique est conclu, un autre obstacle majeur subsiste: la sécurisation du détroit.

Selon plusieurs sources du secteur maritime, la présence d’engins explosifs dans la zone pourrait retarder pendant plusieurs semaines le retour à une circulation normale. Des opérations de déminage menées par des navires spécialisés et des drones sous-marins seraient nécessaires avant que les compagnies pétrolières, les armateurs et les assureurs ne considèrent la route comme suffisamment sûre.

Certaines estimations évoquent une période de quarante à cinquante jours pour neutraliser les risques les plus immédiats. Or, la prudence restera de mise tant que la menace ne sera pas totalement écartée. La valeur d’un superpétrolier et de sa cargaison pouvant atteindre plusieurs centaines de millions de dollars, les opérateurs exigeront des garanties solides avant de reprendre leurs activités à pleine capacité.

Le pétrole sous pression malgré l’optimisme des marchés

Les marchés ont réagi favorablement à la perspective d’une réouverture du détroit, mais les spécialistes soulignent que l’amélioration du sentiment des investisseurs ne se traduira pas immédiatement par une augmentation de l’offre.

La production devra être relancée, les chaînes logistiques réorganisées et les stocks reconstitués. Plusieurs experts considèrent que les flux énergétiques ne retrouveront que progressivement leurs niveaux antérieurs.

Selon Capital Economics, les exportations pourraient atteindre environ 80% de leurs volumes d’avant-guerre d’ici septembre.

L’inflation restera élevée pendant plusieurs mois

Même si les prix du pétrole poursuivent leur détente, les effets de la crise énergétique continueront de se faire sentir.

Les économistes estiment que l’inflation restera supérieure aux objectifs des principales banques centrales pendant encore plusieurs mois. Les hausses de coûts déjà enregistrées dans les secteurs du transport, de l’industrie et de l’agriculture continueront de se répercuter sur les consommateurs.

La réouverture du détroit d’Ormuz constitue ainsi une étape majeure vers la normalisation du marché énergétique mondial. Mais pour les producteurs, les transporteurs et les économies dépendantes du pétrole du Golfe, le retour à la situation d’avant-guerre s’annonce long et progressif. Entre les opérations de déminage, la reprise de la production, l’évacuation des stocks accumulés et les interrogations persistantes sur le rôle que l’Iran entend conserver dans la gestion du détroit, les conséquences de la crise continueront de se faire sentir bien après la signature de l’accord.

 

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