Championne du monde en titre et redevenue numéro 1 au classement FIFA, l’Argentine lance la défense de sa couronne face à l’Algérie, dans quelques heures, à Kansas City. L’Albiceleste arrive avec Messi, son étoile, son vécu et son statut. Les Fennecs, eux, avancent sans complexe, portés par leur retour au Mondial, leur orgueil et cette vieille capacité algérienne à rendre les grands soirs beaucoup moins confortables qu’annoncé.
L’Argentine remet son titre en jeu. Rien que cela suffit à installer le décor. Quatre ans après la nuit de Doha, l’Albiceleste revient sur la scène mondiale avec le statut le plus lourd du football: celui d’équipe à abattre. Elle n’est pas seulement championne du monde. Elle est aussi redevenue la première nation au classement FIFA, comme si le présent avait décidé de prolonger le souvenir.
En face, l’Algérie n’a pas la même vitrine, ni le même cortège de superstars planétaires. Mais elle a ce que les favoris redoutent toujours dans un premier match: des joueurs décidés à ne pas demander la permission, une sélection qui retrouve le Mondial après douze ans d’absence et un groupe prêt à courir, presser, gratter, souffrir, repartir. Une poignée de combattants, oui. Mais pas une poignée de figurants.
Une couronne à défendre
Pour l’Argentine, ce premier rendez-vous est déjà un test de ton. Les champions savent que la première marche d’un Mondial est rarement une formalité. Elle peut servir de tremplin, mais aussi de rappel à l’ordre. L’Argentine elle-même en sait quelque chose: en 2022, avant de soulever la Coupe, elle avait d’abord chuté contre l’Arabie saoudite. Depuis, personne dans le camp albiceleste ne peut regarder un outsider avec condescendance.
Lionel Scaloni l’a d’ailleurs rappelé à la veille du match: l’Algérie est une équipe à respecter, avec de la vitesse devant et assez de qualité pour poser des problèmes. Le sélectionneur argentin sait que le premier match n’est pas décisif, mais il peut déjà donner le ton, installer une dynamique ou réveiller des doutes.
Lionel Messi, lui, concentre encore tous les regards. À 38 ans, le capitaine argentin s’apprête à disputer un sixième Mondial. Gêné récemment sur le plan musculaire, il est attendu dans le onze de départ. Sa simple présence change la température du match et rappelle que l’Argentine, même vieillissante par endroits, reste une équipe construite autour d’un génie qui n’a jamais vraiment appris à jouer petit.
Autour de lui, l’Albiceleste conserve une ossature de champions: Emiliano Martinez dans le but, Otamendi en vieux soldat, De Paul, Enzo Fernandez, Mac Allister, Julian Alvarez ou Lautaro Martinez pour tenir le fil d’une équipe qui connaît les sommets. Il reste quelques interrogations physiques, notamment autour de Nicolas Tagliafico, mais l’Argentine arrive avec ses repères, ses automatismes et cette certitude que seules les grandes équipes possèdent: elle sait gagner même quand elle ne brille pas.
Les Fennecs, pas venus pour décorer
C’est là que l’Algérie entre dans l’histoire de cette affiche. Les Verts arrivent avec moins de bruit international, mais avec un vrai coffre. Sous Vladimir Petkovic, la sélection s’est reconstruite autour d’un mélange intéressant: l’expérience de Riyad Mahrez, le tempérament de Ramy Bensebaïni, le volume de Nabil Bentaleb, la qualité de Houssem Aouar, l’activité de Mohamed Amoura, la fraîcheur d’Ibrahim Maza, sans oublier Amine Gouiri ou Rayan Aït-Nouri.
Ce n’est pas une équipe bricolée pour survivre. C’est une sélection qui veut exister. Peut-être pas en confisquant le ballon face à l’Argentine. Peut-être pas en imposant sa loi dès les premières minutes. Mais en refusant de reculer sans répondre. En mettant du corps dans les duels, de la vitesse dans les transitions, du cœur dans les replis et suffisamment de culot pour rappeler que le football ne se joue pas au classement FIFA.
Petkovic ne veut d’ailleurs pas réduire le match à un plan anti-Messi. Le danger argentin est trop large, trop collectif pour être enfermé dans une seule mission. L’Algérie devra donc défendre ensemble, sortir ensemble, souffrir ensemble. Et croire ensemble. Car si l’affiche est immense, elle n’est pas injouable.
À Lawrence, dans le Kansas, les Fennecs ont aussi trouvé une forme de chaleur inattendue. Leur camp de base s’est transformé en point de ralliement, avec des habitants venus les accueillir et les encourager. Ce soutien ne marque pas de buts, bien sûr. Mais il ajoute une énergie, un supplément d’âme, une impression rare: l’Algérie n’arrive pas seule face au champion du monde.
1982, le vieux frisson
Dans le football algérien, les grands souvenirs ne sont jamais très loin. En 1982, pour sa première apparition en Coupe du monde, l’Algérie avait renversé l’Allemagne de l’Ouest, alors puissance majeure du football européen, dans l’un des plus grands coups de tonnerre de l’histoire du tournoi. Ce jour-là, les Fennecs avaient fait plus que gagner un match: ils avaient imprimé une idée. Celle d’une équipe capable de défier plus grand qu’elle, sans trembler.
Trente-deux ans plus tard, en 2014, ils avaient encore donné du fil à retordre à l’Allemagne, future championne du monde, poussée jusqu’à la prolongation en huitième de finale. L’Algérie n’avait pas gagné, mais elle avait marqué les esprits par son intensité, son courage et cette manière de jouer sans complexe contre une nation qui semblait devoir passer sans secousse.
C’est cette mémoire qui accompagne les Verts à Kansas City. Elle ne garantit rien. Elle ne ferme pas les espaces devant Messi. Mais elle nourrit une certitude: l’Algérie a déjà regardé des géants dans les yeux. Et parfois, les géants n’ont pas aimé ce qu’ils ont vu.
Le piège du premier round
Le danger pour l’Argentine serait de croire que l’écart de prestige fera le travail. Un premier match de Mondial ne pardonne pas ce genre de raccourci. L’Algérie n’aura pas besoin d’avoir la possession pour déranger. Elle aura besoin d’être compacte, agressive dans le bon sens du terme, propre à la relance et lucide dans les temps faibles.
Le match pourrait donc se jouer dans ces détails qui ne font pas toujours la une: un deuxième ballon gagné, une faute évitée près de la surface, une transition bien menée, un corner défendu avec autorité, un temps fort argentin traversé sans panique. Face à l’Albiceleste, il faut souvent accepter de souffrir. Mais souffrir n’est pas subir.
L’Argentine part favorite, très favorite même. Elle a les étoiles sur le maillot, Messi dans le moteur et l’habitude des sommets. Mais l’Algérie a son orgueil, sa ferveur, son peuple derrière elle et cette vieille promesse des Fennecs: quand le monde les croit condamnés, ils peuvent encore mordre.




Commentaires