Liban: dynamiques de recomposition et diplomatie de fin de conflits 
©Ici Beyrouth

Les incidences de l’accord américano-iranien laissent les Libanais perplexes quant aux négociations libano-israéliennes arbitrées par l’administration américaine. Il ne faudrait pas se risquer dans des conjectures avant d’en évaluer l’impact sur les tractations diplomatiques en cours. Il convient de souligner que l’administration américaine et l’État libanais ont soutenu la démarche en cours et continuent de le faire. Les rumeurs propagées par le pouvoir iranien quant à l’annexion du dossier libanais sont à prendre en compte et correspondent à sa stratégie de diversion et de sabotage en perspective. 

La stratégie de désinformation du régime iranien risque de faire capoter les négociations à coup de manipulation des faits, de mensonges délibérés et de trucage des enjeux concernés. Loin d’être restreinte, cette campagne répercute les équivoques d’une diplomatie où le mensonge, les sous-entendus et la mauvaise foi définissent de part en part le processus en cours. Ce phénomène peut faire dérailler la démarche diplomatique : dans ce type de scénario, les diplomates se retrouvent coincés dans les paralogismes d’une négociation dévoyée où l’objectivité, la discursivité et l’équité n’ont pas leur place. Rien d’étonnant lorsqu’on a affaire à une dictature totalitaire : comment peut-on réussir une négociation avec une dictature meurtrière où la dissonance cognitive définit la trame communicationnelle ?

Les premières informations dénotent des incohérences en termes de contacts exploratoires, de cadre de négociation, d’agenda de négociation et de corpus de résolutions. Le colloque se caractérise par le court-circuitage, l’unilatéralisme, la coercition morale et l’absence de toute intention irénique. D’ailleurs, les résolutions diffusées dévoilent les inconséquences de la présumée négociation. Les enjeux sécuritaires, juridiques, politiques et stratégiques sont équivoques et peuvent difficilement servir dans des scénarios de résolution des conflits. Les Iraniens ne veulent aucune concession et s’enferment dans une posture purement manœuvrière. 

Aucune référence au droit international des mers n'est faite pour régler la question du détroit d’Ormuz. Il y a, en outre, un rejet de tout arrangement qui restreindrait leur pouvoir discrétionnaire en matière sécuritaire et stratégique. Par ailleurs, il y a aussi une objection frontale en vue de déjouer les sanctions économiques et une demande de réhabilitation de la latitude opérationnelle sur l’ensemble du Moyen-Orient. Alors que les campagnes militaires successives ont réduit à néant les capacités opérationnelles du régime iranien. L'impertinence de ce virage diplomatique abrupt est explicite au niveau des dynamiques géopolitiques régionales. L'administration américaine met en difficulté ses partenaires israéliens et ses alliés régionaux. Les aléas du réalignement stratégique et leurs conséquences sur les équilibres régionaux sont fortement compromettants et de nature à susciter des contre-alliances inopinées qui sortiraient le régime iranien de son isolement. L’accord-cadre et la trêve des soixante jours sont peu convaincants quant aux reconversions requises d’un régime totalitaire impénitent qui affiche ouvertement ses intentions belliqueuses et ses ambitions impériales. 

La mise à mort des négociations libano-israéliennes est explicitement affichée par le régime iranien, tandis que la communauté chiite libanaise est loin de se départir du narratif à l’origine des cycles institutionnalisés de violence qui se sont étalés sur sept décennies. La nouvelle démarche politique de l’État libanais est plus que jamais liée à la poursuite des négociations arbitrées par l’administration américaine. L'objectif est de sanctuariser l’hypothétique autonomie nationale libanaise, de circonscrire des enjeux sui generis et de contenir le retour en force de la politique impériale iranienne qui se croit victorieuse à terme. L’État libanais est tenu de réaffirmer sa souveraineté, de casser les extraterritorialités et de poursuivre les négociations bilatérales avec l’État israélien sur la base d’un traité de paix qui vise à ratifier la fin des hostilités entre les deux pays. À défaut, les mécaniques d’une violence institutionnelle peuvent reprendre leur cours.

Toute négociation étriquée et dépourvue de perspectives iréniques ne pourra pas durer longtemps ; il est déjà temps de mettre fin aux négociations qui se limitent à des arrangements sécuritaires provisoires et à des scénarios de guerre reportée, car cela maintient le pays dans un état latent de conflictualité. La politique de subversion du Hezbollah tente de se réarticuler sur une hypothétique contre-dynamique iranienne qui remettrait en cause la destruction des “plateformes opérationnelles intégrées” du régime iranien. La politique israélienne rejette les scénarios révisionnistes et les stratégies renouvelées de subversion. Alors que l’État libanais n’a pas d’autre chance que celle offerte par l’administration américaine afin de mettre fin aux cycles infernaux de violence qui ont scandé la vie du Liban tout au long des soixante-quinze dernières années et à ceux de la dystopie chiite meurtrière et de ses avatars. 

Ce retournement diplomatique et stratégique abrupt n'est pas de nature à maîtriser les impondérables stratégiques d'un environnement régional en état d'éclatement. La région se retrouve de nouveau projetée dans un maelström, où les cadres régulateurs sont absents et où l'instabilité règne tous azimuts. Reste à savoir si, en l'absence d'un nouvel équilibre géostratégique, il y a lieu de rétablir les règles de civilité internationale et de redonner une chance à des règlements négociés des conflits.

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