Longtemps menée, bousculée dans les duels et exposée aux transitions ivoiriennes, l’Allemagne a sérieusement douté avant de renverser la Côte d’Ivoire (2-1), samedi à Toronto. Entré à l’heure de jeu, Deniz Undav, 29 ans, a signé un doublé et envoyé la Mannschaft en phase à élimination directe.
Cette fois, l’Allemagne n’a pas récité. Elle a transpiré. Après le 7-1 contre Curaçao, la Mannschaft a vite compris que le niveau d’opposition avait changé. Moins d’espaces, plus d’impact, plus de courses dans le dos, plus de pression à la perte: la Côte d’Ivoire a longtemps transformé le match en séance d’angoisse collective pour les supporters allemands.
Pendant près d’une heure, l’équipe de Julian Nagelsmann a joué avec le frein à main dans les trente derniers mètres. Elle a eu le ballon, mais pas toujours les bonnes zones. Elle a attaqué, mais sans assez de profondeur. Elle a combiné, mais souvent loin du but. Et derrière, chaque perte allemande ouvrait une fenêtre aux Éléphants.
Le plan ivoirien était clair: fermer l’axe, densifier le cœur du jeu, puis sortir vite sur les ailes. Yan Diomandé a posé des problèmes à Joshua Kimmich, Amad Diallo a flotté entre les lignes et Franck Kessié a donné du volume au milieu.
Le but est venu d’une séquence typique. Diomandé a accéléré côté gauche, Amad a enchaîné dans la surface, Nathaniel Brown a contré une première tentative, mais Kessié a suivi pour ouvrir le score à la 30e minute. Second ballon, mauvais repli, sanction immédiate.
L’Allemagne avait pourtant cru marquer deux fois avant la pause. Aleksandar Pavlovic a vu son but refusé après une faute sur Yahia Fofana. Une autre action allemande a été annulée pour une faute de Jamal Musiala dans la construction. Deux décisions frustrantes, mais pas de quoi masquer le fond: l’Allemagne avait du mal à fixer, à déséquilibrer et à défendre ses pertes.
Le banc change le tempo
Nagelsmann a fini par couper dans le vif. À l’heure de jeu, Sané, Musiala et Pavlovic sont sortis. Amiri, Leweling et Undav sont entrés. Ce triple changement a changé la hauteur, le rythme et la présence dans la surface.
Huit minutes plus tard, Amiri a trouvé la bonne zone depuis le demi-espace droit. Undav a attaqué l’intervalle, échappé au marquage et repris de volée pour égaliser (68e). Un but de vrai numéro 9: appel court, timing, finition sèche.
L’Allemagne n’a pas tout maîtrisé pour autant. La Côte d’Ivoire a encore eu des ballons de break, notamment en transition, et Goretzka a dû intervenir dans une séquence chaude. Mais le rapport de forces avait bougé. Les Allemands poussaient plus juste. Les Ivoiriens reculaient davantage. Le bloc se fissurait.
Undav, le finisseur venu de loin
Dans le temps additionnel, Felix Nmecha a cassé la ligne avec un ballon vertical appuyé. Undav a contrôlé dos au but, pivoté et frappé. 2-1 à la 90e+4. Le genre d’action qui ne demande pas un discours tactique de dix lignes: un bon appel, un bon contrôle, un vrai finisseur.
Avec son gabarit compact et son centre de gravité bas, Undav n’a rien de l’attaquant filiforme. Il joue au contact, résiste à l’épaule et finit vite. C’est précisément ce profil qui a manqué à l’Allemagne pendant une heure: un point d’appui dur à déplacer, capable d’attaquer la surface sans demander beaucoup d’espace.
Allemand né en Basse-Saxe, d’origine kurde-yézidie, Undav n’a pas eu le parcours balisé des grands talents de centre de formation. Passé par Havelse, Braunschweig II, Meppen, l’Union Saint-Gilloise, Brighton puis Stuttgart, il s’est construit à l’étage inférieur avant de forcer la porte du très haut niveau.
Deuxième meilleur buteur de Bundesliga cette saison derrière Harry Kane, l’attaquant de Stuttgart confirme aujourd’hui son instinct en sélection. Avec ce doublé, il poursuit une série folle: neuf buts sur ses huit dernières apparitions avec l’Allemagne. Il devient aussi le premier Allemand depuis Miroslav Klose en 2002 à marquer lors de ses deux premiers matchs de Coupe du monde.
Le débat est désormais ouvert: joker de luxe ou titulaire à installer? Havertz garde son utilité par son jeu dos au but, ses décrochages et sa capacité à fixer. Mais Undav donne autre chose: plus de surface, plus de spontanéité, plus de finition.
Qualifiée, mais pas totalement rassurée
L’Allemagne est qualifiée. Mieux encore, le nul entre l’Équateur et Curaçao lui a offert la première place du groupe avant la dernière journée. Après les échecs de 2018 et 2022, la Mannschaft retrouvera donc enfin un match couperet en Coupe du monde.
Mais ce 2-1 laisse aussi des dossiers sur la table. Les couloirs ont souffert. Le contre-pressing n’a pas toujours verrouillé les pertes. Kimmich a été secoué par Diomandé. Pavlovic a alterné stabilité et déchet. Schlotterbeck, touché à la cheville, doit passer des examens. Et l’animation offensive a longtemps manqué de poids dans la surface avant l’entrée d’Undav.
La Côte d’Ivoire peut nourrir des regrets. Son plan a fonctionné pendant une heure: bloc compact, sorties rapides, duels gagnés, largeur exploitée. Mais à force de défendre bas et de reculer, les Éléphants ont fini par subir la profondeur du banc allemand.
L’Allemagne n’a pas livré un match propre. Elle a livré un match de tournoi: imparfait, nerveux, parfois inquiétant, mais gagné au mental, au coaching et à la finition. Contre Curaçao, elle avait déroulé. Face à la Côte d’Ivoire, elle a douté. Undav, lui, n’a pas tremblé.

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