Après la démission de Starmer, le couronnement annoncé d’Andy Burnham?

Pendant de longs mois, Sir Keir Starmer aura gouverné davantage en sursis qu’en véritable maître du jeu politique britannique. Affaibli par une série de revers électoraux et contesté au sein même du Parti travailliste qu’il dirige depuis plus de six ans, le Premier ministre a finalement annoncé sa démission lundi matin, mettant un terme à une séquence dont l’issue semblait, pour beaucoup, n’être plus qu’une question de temps.

Les résultats calamiteux enregistrés lors des élections locales anglaises et générales en Écosse et au Pays de Galles en mai avaient considérablement effrité son autorité. Mais la pression la plus dangereuse est venue d’Andy Burnham, populaire maire de Manchester et principal rival potentiel de M. Starmer pour la direction du parti.

Longtemps tenu à l’écart de Westminster en raison de son mandat local, M. Burnham ne pouvait prétendre ni à la direction du parti ni, a fortiori, à la fonction de Premier ministre sans disposer d’un siège à la Chambre des communes. Son élection, le 18 juin dernier, dans la circonscription de Makerfield a donc changé la donne. En retrouvant un mandat parlementaire, il devenait éligible à briguer la tête du Parti travailliste et à déclencher une procédure visant à destituer Sir Keir Starmer de la direction du parti et, de facto, de Downing Street.

Une démission loin de clore la crise

Le Premier ministre a finalement choisi de partir avant qu’une bataille interne ouverte ne lui soit imposée, une qu’il était quasiment garanti de perdre. La démission de Sir Keir Starmer ne clôt toutefois pas la crise politique britannique qui dure depuis des années ; elle n’en ouvre peut-être qu’un nouveau chapitre.

Qui aurait pu imaginer, il y a à peine deux ans, que Sir Keir Starmer serait contraint à la démission moins de vingt-quatre mois après avoir signé l’une des plus éclatantes victoires électorales de l’histoire contemporaine britannique ? En juillet 2024, le chef travailliste conduisait son parti à la troisième plus importante majorité parlementaire depuis 1945, à quelques sièges seulement du raz-de-marée remporté par Tony Blair en 1997, tout en infligeant au parti conservateur sa plus sévère défaite depuis sa création en 1834.

Celui qui avait ramené les travaillistes au pouvoir après quatorze années d’opposition semblait alors solidement installé à Downing Street. Sa chute spectaculaire relance aujourd’hui un débat de fond sur la stabilité du système politique britannique. Pour certains observateurs, le Royaume-Uni serait devenu un pays « ingouvernable », où il est désormais relativement facile de pousser un Premier ministre vers la sortie. D’autres y voient moins une défaillance institutionnelle qu’une conséquence des pratiques politiques contemporaines.

En tout état de cause, le successeur de M. Starmer deviendra ainsi le septième Premier ministre britannique en l’espace de dix ans, dont cinq auront accédé à Downing Street sans avoir remporté d’élection générale. Il sera également le quatrième chef de gouvernement du règne du roi Charles III en moins de quatre ans, quand sa défunte mère, la reine Elizabeth II, en avait connu quinze au cours de ses sept décennies passées sur le trône.

Soutien majoritaire au sein des travaillistes

Dans son discours de démission, Sir Keir Starmer a confirmé qu’il demeurerait à Downing Street jusqu’à la désignation de son successeur dans le cadre de la procédure interne du Parti travailliste. Si le calendrier définitif relève formellement des instances dirigeantes du parti, le Premier ministre sortant a indiqué que les candidatures seraient ouvertes le 9 juillet et clôturées avant la suspension estivale des travaux parlementaires, prévue le 16 juillet. Dans l’hypothèse où une compétition serait nécessaire, celle-ci devrait être achevée avant la rentrée parlementaire du 1er septembre.

Toutefois, s’il n’y avait qu’un seul prétendant dans la course de succession, ce dernier serait automatiquement proclamé chef du parti et accéderait à Downing Street dès la mi-juillet. À l’heure où nous écrivons ces lignes, ce scénario apparaît de loin le plus probable. Andy Burnham semble en effet bénéficier d’un soutien si largement majoritaire qu’il décourage toute candidature concurrente crédible.

Son principal rival potentiel, l’ancien ministre de la Santé Wes Streeting, qui avait quitté le gouvernement au lendemain des revers électoraux du mois de mai, a annoncé lundi son retrait de la course et apporté son soutien à M. Burnham. Plusieurs observateurs avancent qu’un accord politique pourrait avoir été conclu entre les deux hommes, certains évoquant la perspective pour M. Streeting d’occuper l’un des plus prestigieux portefeuilles du gouvernement, celui de chancelier de l’Échiquier.

Quant aux autres noms qui circulaient encore il y a quelques semaines, ils se sont jusqu’à présent murés dans le silence, sans disposer d’une assise politique comparable à celle du maire de Manchester. À tel point que les médias britanniques parlent désormais de « couronnement » d’Andy Burnham et non de « course de succession ».

Légitimité politique en question

Cependant, deux défis majeurs se profilent déjà à l’horizon d’une éventuelle arrivée d’Andy Burnham à Downing Street. Le premier touche à la question de sa légitimité politique et populaire. Le maire de Manchester s’apprête à accéder à la fonction suprême sans avoir sollicité le verdict des électeurs lors d’une élection générale.

Plus remarquable encore, son ascension pourrait s’être opérée à une vitesse fulgurante : en l’espace de cinq jours seulement, M. Burnham est passé du statut de maire métropolitain à celui de député, puis de successeur désigné du Premier ministre. N’ayant occupé aucun poste ministériel sous Sir Keir Starmer et pouvant potentiellement accéder à la direction du parti sans opposition formelle, il pourrait être porté au pouvoir sans véritable campagne interne, sans débat d’idées et sans avoir été contraint d’exposer en détail sa vision du pays.

Cette situation soulève inévitablement des interrogations quant à la nature du mandat dont il disposerait. Entend-il gouverner sur la base du programme électoral de 2024, celui sur lequel les travaillistes ont obtenu la confiance des électeurs, ou cherchera-t-il à imprimer sa propre marque idéologique ? La question est loin d’être anodine tant Andy Burnham est souvent perçu comme plus ambitieux et plus radical dans l’exercice du pouvoir que le Premier ministre démissionnaire sur plusieurs dossiers majeurs.

Dès lors, certains pourraient être tentés de voir émerger un gouvernement appliquant un programme qui n’aurait jamais été explicitement soumis aux électeurs.

Le risque d’une arrivée précipitée

Le second défi est celui du temps. Selon le Daily Telegraph, M. Burnham aurait préféré une accession au pouvoir à la rentrée de septembre plutôt qu’au cœur de l’été, afin de disposer de plusieurs semaines pour constituer son équipe, définir ses priorités et élaborer une stratégie gouvernementale cohérente.

Or, l’absence probable de véritable concurrence dans la course à la succession pourrait précipiter son arrivée à Downing Street dès la mi-juillet ; une perspective qui nourrit certaines inquiétudes à Westminster. L’histoire politique britannique regorge en effet d’exemples de dirigeants arrivés au pouvoir sans préparation suffisante, avant d’être rapidement rattrapés par les exigences de l’exercice gouvernemental. Car l’une des erreurs les plus coûteuses pour un Premier ministre consiste à conquérir le pouvoir avant d’être véritablement prêt à l’exercer.

Tout porte à croire qu’Andy Burnham en est conscient ; encore faut-il que le calendrier politique lui soit clément et coopératif.

Des interrogations en suspens

Si l’arrivée d’Andy Burnham à Downing Street semble désormais davantage relever de la certitude que de l’hypothèse, les circonstances de cette succession risquent néanmoins de façonner durablement son mandat. Entre interrogations sur sa légitimité politique, attentes considérables au sein du Parti travailliste et nécessité de démontrer rapidement sa capacité à gouverner, le présumé futur Premier ministre héritera d’un pouvoir qu’il aura conquis avec une remarquable rapidité.

Reste à savoir si cette ascension éclair constituera le prélude d’un renouveau travailliste ou, au contraire, la confirmation des difficultés structurelles des travaillistes à s’ancrer durablement au pouvoir et à enrayer l’érosion de sa popularité auprès de l’électorat britannique.

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