Le 3 novembre, les électeurs américains se rendront aux urnes pour des élections de mi-mandat, ou «midterms». Ce scrutin, qui ne concerne pas la présidence, n'en demeure pas moins déterminant pour l'équilibre des pouvoirs à Washington. Les 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 des 100 sièges du Sénat seront contestés afin de déterminer la composition du 120ᵉ Congrès américain, qui entrera en fonction en janvier 2027.
Un mécanisme historiquement défavorable au parti présidentiel
Les midterms obéissent à une logique bien établie: le parti du président en exercice y perd presque systématiquement du terrain. Sur les 22 élections de mi-mandat recensées depuis 1938, le parti présidentiel a reculé dans 20 cas, avec une perte moyenne de 28 sièges à la Chambre et de 4 sièges au Sénat entre 1934 et 2018.
La composition actuelle du Congrès place les républicains dans une position relativement fragile. Les élections de 2024 leur avaient permis d'obtenir une courte majorité à la Chambre des représentants, avec 220 sièges contre 215 pour les démocrates. Cette avance s'est depuis réduite à la suite de plusieurs départs et vacances de sièges.
Au Sénat, les républicains disposent de 53 sièges, contre 47 pour le camp démocrate, qui comprend deux sénateurs indépendants. Avec 47 sièges contre 53 pour les républicains, les démocrates ont besoin de gagner quatre sièges pour retrouver la majorité au Sénat.
Une opinion publique de plus en plus défavorable à Trump
Les sondages de juin dessinent un climat dégradé pour le président. Selon Associated Press / National Opinion Research Center, 37% des Américains approuvent son action, un chiffre inchangé depuis mai et proche des 36% de février, avant la guerre contre l'Iran. Pour Economist/YouGov, 61% des Américains désapprouvaient son action fin mai-début juin, un record pour les deux mandats.
Le signal le plus préoccupant pour la Maison Blanche concerne les indépendants: seuls 21 % d'entre eux approuvent Trump, contre 71% de désapprobation, un plancher inédit. Cette défiance se traduit dans les intentions de vote: les indépendants penchent vers les démocrates avec 12 points d'écart (46% contre 34%) sur le contrôle du Congrès.
Le coût de la vie, premier sujet de préoccupation
Selon une analyse de Brookings, le coût de la vie occupe depuis la pandémie la première place des préoccupations des Américains. Le logement illustre cette dégradation: depuis 2020, le prix médian d'un logement a bondi de 28%, et il faut désormais un revenu de 120.000 dollars pour financer l'achat d'un bien médian, contre un revenu médian de 85.000 dollars seulement.
L'âge médian du premier achat immobilier, longtemps stable autour de 30 ans, atteint aujourd'hui 40 ans. Les dépenses de santé suivent une trajectoire comparable: entre 1999 et 2024, la part des primes payée par les salariés a bondi de 308%, presque trois fois plus vite que les salaires. L'institut souligne en outre que la hausse des prix de l'énergie liée à la guerre contre l'Iran devrait alourdir encore la facture alimentaire, une large part des engrais utilisés par les agriculteurs américains provenant du golfe Persique.
Ce mécontentement s'est déjà traduit dans les urnes, avec les victoires de Zohran Mamdani à la mairie de New York et de Mikie Sherrill et Abigail Spanberger aux postes de gouverneurs du New Jersey et de la Virginie en novembre dernier. Brookings relevait en mars une approbation de 34% pour la gestion de l'inflation par Trump; ce chiffre s'est encore détérioré depuis, Economist/YouGov le situant fin mai à seulement 24%, contre 72% de désapprobation.
Les Américains rejettent par une marge de deux contre un l'idée que le président aurait simplement hérité de ces difficultés: à leurs yeux, c'est désormais son économie.
Le Congrès et les marges de manœuvre en politique étrangère
Une analyse du Council on Foreign Relations (CFR) éclaire un point souvent négligé: un Congrès divisé changerait-il vraiment la politique étrangère américaine? La comparaison de deux précédents opposés est opportune. En 1918, la défaite de Woodrow Wilson avait livré le Sénat à des républicains hostiles à la Société des Nations, condamnant la ratification du traité de Versailles, le président ayant besoin du consentement sénatorial.
À l'inverse, en 2006, la victoire démocrate portée par le rejet de la guerre en Irak n'a pas empêché George W. Bush d'ordonner, deux mois plus tard, l'envoi de troupes supplémentaires, le président pouvant agir seul. Pour le CFR, la situation de Trump en 2027 ressemblerait davantage à celle de Bush: un Congrès divisé ne le rendrait pas soudainement prudent à l'international. Les démocrates disposeraient surtout d'un pouvoir de pression indirect – auditions, enquêtes, assignations à comparaître – plutôt que d'un véritable droit de veto.




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