Australie: l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans a peu d'impact
Six mois après l'entrée en vigueur de l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, une étude publiée dans le British Medical Journal conclut que la mesure a eu peu d'effet sur les habitudes des adolescents. ©Mamun Sheikh / Shutterstock.com

L'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans en Australie n'a eu que peu d'impact sur les habitudes de navigation des adolescents, ont indiqué jeudi des chercheurs dans l'une des premières évaluations de cette mesure pionnière à l'échelle mondiale.

Entrée en vigueur en décembre, la législation interdit aux moins de 16 ans d'accéder à des plateformes comme Facebook, Instagram et TikTok afin de les protéger contre le harcèlement en ligne et les «algorithmes prédateurs».

Mais il n'y a pas «suffisamment de preuves» montrant que les adolescents se sont détournés des réseaux sociaux depuis l'entrée en vigueur de cette loi, conclut une étude évaluée par des pairs et publiée dans le British Medical Journal (BMJ).

«Nous n'avons pas trouvé suffisamment de preuves pour conclure que l'application de cette loi ait eu des effets substantiels à court terme sur l'utilisation des réseaux sociaux chez les adolescents de moins de 16 ans», écrivent les chercheurs.

Cette législation est suivie de près à travers le monde, plusieurs pays – dont le Royaume-Uni, la Malaisie, les Émirats arabes unis et la Nouvelle-Zélande – envisageant ou mettant en place des mesures similaires.

Les chercheurs ont interrogé plus de 400 jeunes utilisateurs avant l'entrée en vigueur de la loi, puis trois mois plus tard.

Les résultats montrent peu de changements chez les 12-13 ans, une légère baisse chez les 14-15 ans et, paradoxalement, une hausse de l'utilisation chez les 16 ans et plus.

Les adolescents ont principalement contourné les restrictions en utilisant des comptes appartenant à des adultes, en créant de faux profils ou en naviguant via des modes privés.

«Les résultats suggèrent que la période qui a suivi immédiatement l'entrée en vigueur de la loi a été marquée par une mise en œuvre limitée, un respect incomplet et un contournement important des restrictions relatives aux réseaux sociaux», souligne l'étude.

Géants de la tech sous pression

Les entreprises technologiques risquent des amendes pouvant atteindre 49,5 millions de dollars australiens (plus de 30 millions d'euros) si elles ne démontrent pas qu'elles mettent en place des mesures efficaces pour empêcher l'accès des mineurs.

En mars, le régulateur australien a menacé TikTok, Instagram et YouTube de sanctions, estimant qu'ils ne respectaient pas suffisamment cette interdiction.

«La législation australienne en matière de réseaux sociaux, à la pointe au niveau mondial, n'est pas défaillante. Ce sont les géants de la tech qui ne respectent pas la loi», avait alors déclaré la ministre des Communications, Anika Wells.

«Rien de tout cela n'est même difficile pour les géants de la tech, qui sont des entreprises innovantes valant des milliards de dollars», avait-elle ajouté.

De nombreuses études montrent qu'un usage excessif des réseaux sociaux peut nuire au bien-être des adolescents, ce qui explique le soutien de nombreux parents à cette interdiction.

Les plateformes concernées assurent vouloir respecter la loi, mais estiment qu'elle pourrait pousser les jeunes vers des services moins réglementés et potentiellement plus dangereux.

Elles restent seules responsables de vérifier que leurs utilisateurs australiens ont au moins 16 ans, notamment grâce à des outils d'intelligence artificielle permettant d'estimer l'âge à partir de photos ou, dans certains cas, via le téléchargement d'une pièce d'identité.

AFP

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