Canicule: la chaleur reflue mais le bilan sanitaire inquiète
Un couple se rafraîchit dans la fontaine du Trocadéro, avec la tour Eiffel en arrière-plan, lors d’une vague de chaleur à Paris, le 26 juin 2026. ©Dimitar Dilkoff / AFP

Une grande partie de la France retrouve dimanche des températures plus respirables après 11 jours d'une canicule historique qui laisse place à d'importants orages, mais hôpitaux et services de secours restent sous tension, faisant craindre une forte surmortalité.

L'Organisation mondiale de la santé a annoncé dimanche que plus de 1.300 décès étaient déjà imputables à cette vague de chaleur en Europe.

En France, Santé publique France comptabilise depuis mercredi «environ 1.000 décès supplémentaires» par rapport aux mois précédents, avec notamment une hausse de 40% des décès à domicile. Un premier bilan probablement voué à s'alourdir.

À Paris, Ian Brossat, sénateur PCF et conseiller à la mairie, a évoqué dimanche sur RMC des indicateurs «préoccupants, à la fois sur la saturation des hôpitaux, la saturation des services funéraires».

«Impréparation»

Depuis le 18 juin, les interventions de secours à la personne ont augmenté de 20% par rapport à la même période de l’année dernière, pour atteindre «en cumulé 122.000 interventions», a indiqué dimanche le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

À l'hôpital, si l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a évoqué une activité des urgences «exceptionnellement élevée» depuis la fin de la semaine, elle note aussi une baisse des passages aux urgences (-10%) lors des dernières 24 heures de même que des appels au Samu (-9%), même si leur niveau reste nettement supérieur à la normale.

Le gouvernement avait «bien anticipé» la crise, a répété M. Nuñez. «On devrait avoir l'humilité de reconnaître que dans un certain nombre de domaines, il y a une forme de faillite collective», a réfuté M. Brossat.

La cheffe des Écologistes Marine Tondelier a aussi dénoncé  sur X dimanche «l'impréparation totale de nos gouvernants».

L'ex-Premier ministre Édouard Philippe a lui appelé, sur X, à aller plus «vite» et «plus loin» en matière d'adaptation au réchauffement climatique.

Dimanche, la vigilance rouge ne concerne plus que l'Alsace, avec une levée prévue à 22H00. Au pic de l'épisode, jeudi, 72 départements étaient au niveau d'alerte maximal.

Un soulagement pour les millions de Français éprouvés par le tunnel de nuits tropicales, aux températures supérieures à 20°C.

Louise Stockmanns, une Strasbourgeoise de 73 ans, se déclare «épuisée». Elle a «très mal» vécu cette canicule: «J’ai suffoqué», «j’étais à la maison, enfermée», raconte-t-elle à l'AFP.

Orages et grêle

Dimanche, la chaleur persiste de l' Alsace au Rhône-Alpes avec 35°C à 39°C attendus selon la Chaîne Météo. Tout comme en Europe: au moins 191 millions d'habitants, notamment en Allemagne, Pologne, Hongrie et en République tchèque, devraient encore connaître des températures supérieures à 35°C, selon les calculs de l'AFP.

Lundi, l'Île-de-France, l'Alsace, dix départements de l'Est/Sud-Est et la Corse resteront en alerte orange, tandis que la moitié ouest du pays devrait repasser en vert.

Le reflux des températures s'est accompagné d'orages parfois violents, un risque qui perdurera jusque dans la nuit de dimanche à lundi.

En prévision, la dernière journée du festival Europavox, où étaient attendus dimanche Big Flo & Oli ou encore Benjamin Biolay, a été annulée à Clermont-Ferrand, tout comme la dernière journée du festival de musique Garorock à Marmande (Lot-et-Garonne), et de même que la célébration de la victoire de l’équipe de rugby de Toulouse sur la place du Capitole (18.000 personnes prévues).

Dans l'Aisne, la foudre a provoqué plusieurs incendies, dont un à Laon où cinq personnes ont été légèrement blessées.

Au plan national, Enedis comptait encore dimanche à 14H00 36.000 clients privés d’électricité en raison des orages, contre 63.000 à 7H00 , principalement dans le Nord et l'Aisne.

Cet épisode caniculaire, phénomène intensifié par le changement climatique, principalement causé par la combustion des énergies fossiles , «dépasse celui d'août 2003 en termes d'intensité et est équivalent en termes de durée», a souligné samedi Météo-France.

Ce dernier avait causé quelque 15.000 morts

Mais «on ne sera pas probablement dans la même situation d'un point de vue sanitaire», en particulier, on n'aura «probablement pas la même surmortalité», a estimé dimanche la ministre de la Santé Stéphanie Rist sur BFMTV.

Malgré tout,  les effets sanitaires de cette canicule «restent devant nous», ont prévenu samedi les services du Premier ministre Sébastien Lecornu, évoquant un niveau élevé de «déshydratations», de «décompensations» de maladies chroniques et d'«hospitalisations différées» à prévoir pendant plusieurs jours.

Dans les funérariums, on constate «une saturation des chambres funéraires, avec une grande disparité selon les régions», expliquait samedi Gautier Caton, porte-parole de la Fédération nationale du funéraire (FNF). Même si on n'en est pas non plus aux «solutions de gestion de crise avec des conditions telles que Rungis pour la canicule de 2003», a-t-il ajouté.

AFP

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