En autorisant de nouveau leurs ressortissants à voyager au Liban, les Émirats arabes unis envoient un signal politique et économique encourageant. Mais pour les touristes du Golfe, la stabilité ne se décrète pas: elle se constate. Leur retour dépendra moins des annonces diplomatiques que de l'évolution durable de la situation politique et sécuritaire du pays.
Les Émirats arabes unis ont autorisé leurs ressortissants à se rendre au Liban, une décision saluée à Beyrouth comme un premier pas vers une normalisation des relations. Pour autant, elle ne marque pas un retour à la situation d'avant-crise. Aux yeux d'Abou Dhabi, le Liban demeure un pays où les risques sont désormais jugés maîtrisables, sans pour autant avoir disparu.
Cette appréciation reflète la logique qui prévaut dans les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), où les décisions de voyage reposent avant tout sur l'évaluation de la situation sécuritaire. Les voyageurs du Golfe suivent l'évolution des événements presque en temps réel et ajustent leurs déplacements en fonction des réalités du terrain, bien davantage qu'au gré des déclarations politiques. Plus qu'un changement de cap, la décision émiratie traduit donc un assouplissement prudent.
Quand le tourisme du Golfe s'est évaporé
Avant 2019, les visiteurs arabes représentaient 28 à 30% des arrivées touristiques au Liban, soit entre 550.000 et 574.000 visiteurs. Les clientèles saoudienne, émiratie, koweïtienne et qatarie figuraient parmi les plus rentables, grâce à des séjours prolongés et à un niveau de dépenses largement supérieur à la moyenne, alimentant les revenus des hôtels, des restaurants, des commerces et du secteur immobilier.
La crise financière de 2019, conjuguée aux tensions diplomatiques et aux restrictions de voyage imposées par plusieurs États du Golfe, a profondément bouleversé cette dynamique. Malgré une reprise progressive de l'activité touristique en 2023 et 2024, le Liban reste loin de ses performances d'avant-crise. La fréquentation repose désormais essentiellement sur la diaspora et sur des visiteurs régionaux hors Golfe, tandis que la clientèle du CCG, historiquement la plus rémunératrice, n'a toujours pas retrouvé son niveau d'avant 2019. Le secteur continue ainsi de se priver d'une source majeure de recettes en devises.
Les Émirats, un partenaire économique de premier plan
L'importance des Émirats pour le Liban dépasse largement le seul secteur touristique. En 2023, les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint 1,5 milliard de dollars, dont 1,01 milliard de dollars d'exportations libanaises vers les Émirats et 536 millions de dollars d'importations, selon United Nations Commodity Trade Statistics Database (UN Comtrade). Les Émirats se sont ainsi imposés comme le premier débouché des exportations libanaises, absorbant plus de 22% des ventes extérieures du pays.
Les liens économiques se traduisent également par les transferts financiers de la diaspora. D'après la Banque mondiale, les envois de fonds des Libanais établis à l'étranger ont représenté 33,3% du PIB en 2023, une part importante provenant des communautés installées dans les pays du Golfe, notamment aux Émirats. Dans une économie confrontée à une pénurie chronique de devises, ces transferts demeurent essentiels pour soutenir la consommation des ménages et financer les importations.
En définitive, la décision d'Abou Dhabi constitue moins un aboutissement qu'un test de confiance. Si le Liban parvient à inscrire sa stabilité dans la durée, elle pourrait ouvrir la voie à un retour progressif des visiteurs du Golfe et, au-delà, à un renforcement des échanges commerciaux, des investissements et des flux financiers entre les deux pays.

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